La Chronique de Marc Fayet : «Sans commentaires...»
Les carnets secretsVous aimez les billets d'humeur de Marc Fayet, alors on remet ça pour cette saison 2026 ! Vous avez pu le découvrir et le lire sur Cyclism'Actu depuis quelques temps déjà avec sa chronique et/ou plutôt sa rubrique "Les carnets secrets". Pour rappel, Marc Fayet, né en 1961, est un homme du théâtre et de la scène. Acteur et metteur en scène, mais aussi passionné de vélo, Marc s'est toujours investi : il écrit, commente, agit autant qu'il le peut dans le cyclisme, notamment sur le Tour du Finistère dont il est aujourd'hui et depuis 2021, le président du comité d'organisation. Marc Fayet et "ses" carnets secrets, ça continue toute cette saison sur Cyclism'Actu. Bonne lecture.
Vidéo: Paul Seixas, vainqueur du Tour de Lombardie
Le souvenir de Guillaume Di Grazia plane sur une journée sans relief
Il y a à peine un peu plus d’un an s’envolait à jamais une des voix les plus exaltante du commentaire cycliste français, un des journalistes qui a su insuffler dans son métier cette part de fièvre qui correspond si bien à ce que les supporters de ce sport parviennent à vivre sans réussir à l’exprimer. Hélas ! Un an plus tard Guillaume Di Grazzia aura donc manqué l’avènement du prodige français concrétisant samedi un exploit dont on le savait capable puisqu’il était inimaginable il y a seulement quelques mois et un rêve pour le champion concerné qui n’a qu’un seul défaut, celui de n’avoir aucun doute sur ses capacités. Cette journée du 10 octobre correspondait donc quasiment à l’anniversaire d’un départ et au jour d’une arrivée. Départ d’un très grand journaliste, arrivée d’un immense champion.
Est-ce la concordance de ces faits qui a fait de la journée qui suivit, de ce dimanche 11 octobre, une journée d’un ennui réel alors que se déroulait la dernière épreuve officielle du calendrier ? Ni les chemins de vignes, ni le plateau correct de cette édition ne sont parvenus à envahir la cabine des commentateurs de France Télévision. Ils étaient trois, ceux que nous connaissons, dont deux qui doivent tant à Guillaume, à tenter, sans y parvenir, de nous partager l’enthousiasme dont ils étaient totalement dépourvus pour cette édition 2026. Il y avait dans leur voix comme quelque chose d’absent, était-ce le souvenir de leur collègue d’Eurosport à jamais disparu ? Etaient-ce les conséquences de l’extrême émotion vécue la veille par cette victoire historique du plus jeune vainqueur en 120 éditions Lombardes ? Quoi qu’il en soit, Ils eurent toutes les difficultés à remplir le temps et l’antenne, en tous les cas sur les 40 derniers kilomètres que j’ai suivi. Leur propos étaient empreints d’une tristesse, d’une absence d’enthousiasme tels qu’on les sentait anesthésiés, presque déprimés. Ils ne parvenaient pas à trouver dans cette épreuve, une quelconque grandeur, voir un quelconque intérêt. C’était parfois de très longues secondes de mutisme quand aucun des trois ne prenait l’initiative de rompre le silence de ses collègues ou bien seulement pour indiquer le nombre de kilomètres restants, que nous connaissions puisque c’est inscrit sur l’écran, ou bien l’annonce du nom du prochain chemin de vigne, dont on se fiche un peu puisqu’ils ne sont rien par rapport aux secteurs pavés de Paris-Roubaix dont on connaît souvent leur rôle décisif.
Des commentateurs en panne d’enthousiasme et de repères
Ainsi s’égrenaient les kilomètres d’un ennui profond. Le plus significatif de l’état de torpeur de nos trois commentateurs était leur incapacité de donner l’identité de ce coureur de chez Decathlon CMA CGM qui avait pris l’initiative de quitter le peloton de rejoindre les échappés qu’il quittait aussitôt. Un coureur qu’on voyait pourtant de face et qui non seulement n’inspirait pas le moindre enthousiasme, mais qu’aucun des trois n’était en mesure de reconnaître durant plusieurs kilomètres, tout simplement parce que le numéro de dossard, ni de cadre n’avait encore été vu. Les coureurs ne sont donc que des numéros ? Paul Seixas ne serait donc plus que le seul qu’on reconnaisse en course ? Il était pourtant visible ce garçon, reconnaissable puisqu’il y eut même un ralenti de son image, permettant d’en détailler les contours du physique et du visage. Comme si le réalisateur avait voulu aider ses collègues. Ainsi filmé on avait une véritable idée de sa corpulence, de son style, mais une fois encore, micros des trois coupés durant de longues secondes où on les imaginait se perdre en conjectures. Après avoir cité 3 ou 4 noms au hasard, ils finirent par indiquer le coureur concerné (C’était Pierre Gautherat) peut-être grâce à quelques bribes entendues sur radio Tour ou bien le texto d’un ami avisé qui les sentant tellement perdus, est venu à leur secours, ou bien encore était-ce le fantôme de Guillaume qui les visitant leur a soufflé le nom car d’où il est, il voit encore tout.
Le plus éloquent de cette journée morose appartenant à ce mois d’Octobre Rose fut l’arrivée du vainqueur Norvégien qui n’exultait pas, ni sur la ligne ni après, effectuant même un geste des mains comme pour expliquer qu’il n’y a pas à s’emballer, qu’il faut garder son calme, que ce n’est ni le moment, ni l’heure. La vitalité fabriquée des commentateurs pour cette arrivée ne parvenait pas à troubler l’incroyable vacuité de cette journée. Quelque chose de définitivement insipide et inodore la colorait. Peut-être est-ce le contrecoup d’après exaltation de Lombardie, mélangé avec la nostalgie d’une voix perdue. Bref de ce fameux et triste dimanche il doit rester sans commentaires.