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La suppression ou non des oreillettes en course… un débat sans fin

Analyse
Mis à jour le par Esteban DA COSTA
Photo : Sirotti

Faut-il supprimer les oreillettes en course ? Ce n’est pas un débat nouveau dans le monde du cyclisme, mais avec les Championnats du Monde qui se sont disputés à Montréal du 20 au 27 septembre dernier, le débat est de nouveau relancé. Plus de suspense, des courses assez plaisantes à regarder, comme en témoignent notamment les sacres assez fous des Américains Ashlin Barry, sur la course Espoirs (U23), et Brandon McNulty, sur la course Élites Hommes, ou encore la course historique Élites Femmes, qui a vu un scénario complètement rocambolesque avec la victoire finale de Demi Vollering : la suppression des oreillettes mènerait au développement d’une certaine intelligence de course. Imaginez les coureurs sans oreillettes sur des courses comme Paris-Roubaix ou Liège-Bastogne-Liège ? Ce sont en tout cas des propos défendus par certains acteurs eux-mêmes, parmi lesquels le médaillé de bronze à Montréal, le Néerlandais Mathieu van der Poel, qui avait déclaré, selon des propos retranscrits par NOS.nl : "C’est ce qu’il y a de mieux : courir sans oreillettes. C’est toujours ce qui donne les meilleures courses. J’en suis un grand fan. On doit alors vraiment courir à l’instinct, et c’est ce que je préfère faire."

Vidéo: Marc Madiot, au micro de Cyclism'Actu


Marc Madiot : "Ça reste un sport humain"

Absolument convaincu par les différentes courses des Mondiaux au Canada, Marc Madiot, l’un des plus grands défenseurs de ce débat sur les oreillettes en course, reste persuadé que la beauté des courses était en grande partie liée à leur absence : "Ils ont tous commis des erreurs à un moment ou à un autre et c’est formidable. Ça reste un sport humain. Ce n’est pas l’ordinateur qui décide, ce n’est pas une voix à distance qui décide derrière un écran, et ça, c’est formidable. Il faut redonner l’initiative du sport aux sportifs. Là, le vélo a une occasion en or de le faire puisqu’on vient de le démontrer à travers les Championnats du Monde, s’il fallait encore le démontrer", a-t-il déclaré dans un entretien pour Cyclism’Actu.

Avant de proposer une alternative au président de l’UCI, David Lappartient : "Une même oreillette pour tout le monde qui pourrait signaler les dangers, puisqu’il faut toujours penser à la sécurité, mais la même oreillette pour tout le monde avec des informations distribuées quand il y en a besoin. Par exemple, donner la composition d’une échappée quand elle a 30 secondes et signaler les incidents sur la route qui pourraient perturber la sécurité des coureurs. Mais ça se limiterait à ça, l’oreillette. Ensuite, cacher les capteurs de puissance, à l’aveugle. Que chacun enregistre ce qu’il veut de ses performances et de ses données, mais que ça ne serve pas en direct, en compétition. Qu’on ne voie pas des coureurs en permanence le nez sur leur écran pour savoir ce qu’ils doivent faire. Ce qu’il faut, c’est l’initiative totale du coureur dans sa décision et dans sa participation à la course", a déclaré Marc Madiot.

 

Quelles pourraient être les autres alternatives ?

L’ancien champion du monde, le Belge Philippe Gilbert, s’est notamment exprimé à ce sujet sur le plateau de Peloton, l’émission de RTL Sports : "Le système que j’avais proposé serait peut-être adapté un jour, mais l’idée serait d’avoir un ou deux coureurs maximum par équipe qui joueraient un peu le rôle de capitaines. Déjà, du côté des médias, ce serait intéressant. Chaque matin, on pourrait aller au bus ou à la conférence de presse et demander à Maxime (Monfort, présent à ses côtés sur le plateau, NDLR) : “Pour Liège-Bastogne-Liège, qui sont tes deux capitaines ? Qui aura la radio ?” Pour nous, cela signifierait du travail les jours précédant la course, dans les heures qui la précèdent, pendant la course et même après. Il faudrait aller voir les capitaines, essayer d’obtenir des informations et comprendre comment ils vont gérer la course. Cela dépendrait aussi de la tactique, puisqu’on aurait normalement un capitaine en début de course et un autre à la fin, ou un leader et un capitaine. Je pense que c’est une idée intéressante", a déclaré Philippe Gilbert sur le plateau de Peloton.

Un projet qui n’a pas vraiment séduit l’un des directeurs sportifs de la formation Lidl-Trek et ancien coureur professionnel, Maxime Monfort : "J’entends bien les arguments du public, qui veut voir de belles courses et qui constate que certaines sont belles sans oreillettes. Mais, dans ma position et au quotidien, avec ce que je vois, ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible dans un sport qui est devenu tellement moderne, où l’on analyse la moindre chose. Et, quand on est directeur sportif, c’est frustrant de ne pas pouvoir intervenir. Sans oreillettes, il y aurait d’énormes incertitudes et beaucoup d’inconnues tout au long de la journée. Les enjeux sont tellement importants pour les équipes, notamment sur le plan financier, qu’on ne peut pas jouer au hasard dans une course cycliste simplement parce qu’on n’a pas d’oreillettes. C’est mon point de vue. Après, forcément, quand on est devant la télévision et qu’on veut regarder une course, il y a beaucoup plus d’incertitudes et la course est parfois plus belle", a rétorqué Maxime Monfort aux propos de Philippe Gilbert, toujours sur le plateau de Peloton, l’émission de RTL Sports.

Un débat sans fin, donc, malgré les propositions de certains acteurs du cyclisme mondial.

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