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Cyrille Guimard : «Pogacar ? On va le retrouver à son meilleur niveau»

INTERVIEW
Mis à jour le par Titouan LABOURIE
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Alors que La Vuelta bat son plein, Cyrille Guimard se confie à Cyclism'Actu après l'abandon de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG), victime d'une lourde chute. Le "Druide" évoque les conséquences de cet incident, les chances de revoir le Slovène en fin de saison, mais aussi le nouveau visage de la course espagnole, désormais beaucoup plus ouverte. Enric Mas (Movistar), Primoz Roglic (Red Bull-BORA-hansgrohe), les chances françaises aux Mondiaux ou encore la victoire de Bryan Coquard (Cofidis): Cyrille Guimard livre son regard sur l'actualité du cyclisme.

Vidéo: La Chronique Cyrille Guimard... pour Cyclism'Actu

 

"Le cyclisme n'est pas un sport dénué de risques"

On se retrouve déjà à mi-Vuelta, finalement, ça passe vite ! L'actualité est chargée, notamment du côté de l'Espagne, avec la chute de Tadej Pogacar, qui l'a contraint à abandonner la course avec plusieurs blessures, notamment à la clavicule et à la nuque, ainsi qu'une commotion cérébrale. Une chute sérieuse...

Oui, une chute suffisamment sérieuse pour le contraindre à l'abandon alors que je ne vois pas très bien comment ses principaux adversaires auraient pu lui reprendre plus de quatre minutes, d'autant qu'il va encore y avoir un contre-la-montre de 32 kilomètres. Cette chute intervient à un moment où personne ne s'y attendait, mais c'est aussi comme ça que le peloton cycliste voyage tous les jours, avec de nombreuses chutes. Je crois d'ailleurs que c'est la première vraie grosse chute de Tadej Pogacar. Il en avait connu une autre à Liège-Bastogne-Liège, avec une fracture du poignet qui l'avait éloigné quelque temps des compétitions, mais c'est la première chute sérieuse.

Il faut reconnaître qu'il fait partie des coureurs qui tombent peu. Depuis qu'il est professionnel, il n'y a jamais véritablement eu de grandes conséquences. Là, c'est un petit peu plus sérieux, mais ça ne remet pas en cause sa carrière, ni même peut-être la fin ou la toute fin de sa saison, et c'est tant mieux. On remarquera d'ailleurs qu'un certain nombre de ses adversaires ont eux aussi connu des chutes, parfois beaucoup plus conséquentes. Si on parle de Remco Evenepoel, lui en a connu plusieurs. Rappelez-vous le Tour de Lombardie, lorsqu'il plonge au sud du parapet du pont. Au Pays basque, il est également victime d'une grave chute avec Jonas Vingegaard, qui sera lui aussi très touché. Et puis, la dernière pour Evenepoel, c'est cette voiture de La Poste qui ouvre une portière et qu'il percute. Vous avez vu aussi Wout van Aert, qui a connu de très grosses chutes. Et il faut bien dire que, que ce soit Evenepoel, Vingegaard ou Van Aert, j'ai l'impression qu'à aucun moment ils n'ont retrouvé 100 % de leur potentiel, parce que les blessures étaient graves.

On pourrait également ajouter Egan Bernal, qui, lui, n'a jamais retrouvé son niveau alors qu'il venait de gagner le Tour de France. Donc oui, on peut dire que Pogacar a été épargné jusqu'à maintenant par les gros pépins et que ça arrive sur ce Tour d'Espagne. J'espère que ce sera la dernière fois pour lui. Et puis n'oublions pas que les chutes peuvent avoir des conséquences très graves, comme pour Damien Touzé au Tour d'Oman, qui n'est toujours pas véritablement remis, ou encore Finlay Tarling, qui vient lui aussi de décéder en course. Il y a eu Gino Mäder quelques années auparavant. Le cyclisme n'est pas un sport dénué de risques et, lorsqu'on s'en sort bien, il faut être heureux.


Tous ces grands noms ont connu des chutes. Vingegaard ou Evenepoel expliquaient notamment que le cyclisme va aujourd'hui tellement vite que, si vous prenez un, deux ou trois mois de retard à cause d'une grave chute ou d'un problème quelconque, vous prenez du retard sur vos adversaires et il devient plus compliqué de retrouver son niveau d'avant. Est-ce que tu crains, à court ou moyen terme, de ne pas revoir le meilleur Pogacar ?

Non, je pense qu'on va le retrouver à son meilleur niveau parce qu'il n'a pas de blessures qui peuvent l'handicaper. Une clavicule, j'ai presque envie de dire qu'un coureur qui finit sa carrière aujourd'hui a pratiquement deux clavicules et un scaphoïde ! Bon, il y a quelques années, ce n'était pas forcément le cas, mais on pouvait finir sa carrière avec ça. Moi, je n'ai jamais eu de fracture de la clavicule. Non, là, il n'est pas touché de manière à avoir une diminution de son potentiel. Il sera peut-être simplement un peu plus attentif. Vous savez, quand vous avez connu des chutes, vous devez être attentif, mais vous ne pouvez pas non plus toutes les éviter. Je ne pense donc pas que, contrairement par exemple à Evenepoel ou Egan Bernal, cette chute aura un impact sur son niveau de performance. Non, absolument pas.


Et concernant la suite de sa saison, est-ce que tu t'attends à le revoir ? Il y a les championnats du monde, une semaine après les championnats d'Europe et encore une semaine plus tard le Tour de Lombardie. Est-ce qu'on reverra Pogacar en 2026, même si évidemment tu n'es pas médecin et que tu n'as pas la science infuse ?

Je n'ai pas la science infuse, mais j'ai un petit peu d'expérience et de vécu. Si on parle des championnats du monde, parce qu'on évoque le championnat du monde, j'ai lu ça quelque part dans la presse ce matin : ce ne serait pas impossible qu'il soit au championnat du monde. Le championnat du monde, c'est dans trois semaines et demie. Je ne vois pas comment il peut être compétitif au Canada sur un parcours qui est, en plus, exigeant. Ce n'est pas ce qui le gêne en règle générale, mais il ne va pas reprendre le vélo dans la semaine qui vient. Donc un arrêt d'une douzaine ou d'une quinzaine de jours de toute activité physique, ou avec très peu d'activité, ne permet pas d'être en condition physique pour le championnat du monde. Maintenant, on peut le revoir autour du Tour de Lombardie. Ça ne me pose pas de problème de le revoir sur la fin de saison, mais pas aux championnats du monde.

 

"Coquard ? Sa victoire devient presque anecdotique et c'est dommage"

Justement, pour évoquer un peu cette fin de saison avec les Mondiaux, les championnats d'Europe et le Tour de Lombardie, ça risque d'ouvrir les courses. Pourquoi pas un Français champion du monde, avec Paul Seixas ou d'autres ?

Ça ouvre la porte pour tout le monde, pas seulement pour les Français. Que ça ouvre des portes pour les Français, oui, mais les Français ne prennent pas le départ tout seuls ! Vous avez d'autres coureurs qui sont très performants, surtout sur des épreuves comme les championnats du monde. Disons que la course sera un peu plus ouverte qu'elle ne l'était avec un Pogacar au top de sa forme. On l'a vu quand même ces deux dernières années. Donc oui, ça ouvre des portes à beaucoup de coureurs qui vont retrouver, je pense, de l'ambition et se dire que c'est peut-être leur année. On risque donc d'avoir un championnat du monde très ouvert, où il faudra ne pas faire de fautes pour aller l'emporter. Mais oui, je confirme : c'est plutôt mieux de ne pas avoir Pogacar que Pogacar au départ des championnats du monde.


On a également un Français dont on n'a malheureusement pas assez parlé, alors qu'il vient de décrocher la plus grande victoire de sa carrière : Bryan Coquard, qui a remporté le sprint sur la 8e étape de la Vuelta.

Il n'a pas de chance, Bryan ! Il gagne le jour où Pogacar chute... Heureusement qu'il a pris le téléphone pour informer sa famille ! Sinon, personne ne le saurait puisque l'ensemble des médias étaient polarisés, à juste titre d'ailleurs, par la chute de Pogacar. Mais ce n'est pas d'aujourd'hui. À chaque fois, on a pu constater ce genre de choses. Sa victoire devient presque anecdotique et c'est dommage, parce que c'est quand même une très belle victoire, un très beau sprint. Heureusement d'ailleurs que son équipier Alex Aranburu a remporté la Bretagne Classic, ce qui a permis d'en reparler et de mettre en avant ces deux victoires WorldTour de l'équipe Cofidis, ce qui est très bien. En dehors de ça, en France, on a des chaînes payantes, mais sur les chaînes publiques, on ne peut pas regarder le Tour d'Espagne. Il y a donc finalement peu de Français qui sont au courant.

 

"Pour moi, le grand favori aujourd'hui, c'est Primoz Roglic"

Sur cette Vuelta, peut-être que les chiffres seront moins bons au niveau des audiences sans Pogacar, mais est-ce qu'on ne risque pas d'avoir une course plus intéressante ? En tout cas, plus de suspense pour la victoire, c'est sûr...

Qu'est-ce qu'on cherche ? Le téléspectateur, qu'est-ce qu'il veut ? Du spectacle ! Et il faut bien reconnaître que celui qui fait le spectacle, même si ça l'amène souvent à gagner, c'est Pogacar. Et puis, il a une personnalité, un charisme qui font que les téléspectateurs, les spectateurs vont venir voir Pogacar et veulent entendre parler de Pogacar. Ça, c'est évident. Ce n'est pas spécifique à Pogacar, ça a toujours été le cas avec les stars. Mais je pense qu'en Espagne, tout du moins, La Vuelta va garder quand même un intérêt important parce que c'est Enric Mas qui se retrouve avec le maillot de leader. Il a fait trois fois deuxième de La Vuelta, il ne l'a jamais gagnée. Et c'est son année. Les circonstances font que Pogacar n'est plus là : à lui de ne pas se rater. Parce que sinon, derrière lui, il y a un coureur qui s'appelle Primoz Roglic. Et Roglic, c'est le spécialiste de la Vuelta. Il en a déjà gagné quatre. Donc ce n'est pas encore gagné. Richard Carapaz, le 5e, n'est qu'à 3 minutes 26... oui, la fin de ce Tour d'Espagne risque d'être intéressante sportivement parlant. Pogacar n'est plus là, vive les autres !

 

Si tu devais mettre une petite pièce sur le vainqueur : Enric Mas, ce serait lui pour toi ?

Il y a 32 kilomètres contre la montre. Ce n'est pas la spécialité d'Enric Mas. Roglic est nettement supérieur sur ce genre d'exercice. Felix Gall, le contre-la-montre, c'est là où il perd un maximum de temps. Et Oscar Onley, ce n'est pas non plus le champion du monde du contre-la-montre. Le plus dangereux derrière, mais il est loin, c'est Carapaz. Pour moi, le grand favori aujourd'hui, c'est Primoz Roglic.

 

Il est toujours bien, mais sur toutes les arrivées au sommet, on le voit : il perd à chaque fois 15 ou 20 secondes sur Enric Mas. Malgré ça, tu penses qu'il peut inverser la tendance ?

Il est comme les taureaux : il commence à avoir le drapeau rouge devant lui ! C'est une course qui lui réussit, ce qui veut dire que c'est une période de l'année où, en règle générale, il marche très fort.

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