Guimard : «Paul Seixas fait le parcours que l'on attendait»
Tour de FranceÀ l'occasion de la deuxième journée de repos du Tour de France, Cyclism'Actu a recueilli les analyses de Cyrille Guimard sur les principaux sujets qui animent cette "Grande Boucle". Le "Druide" revient notamment sur la chute et l'abandon de Jonas Vingegaard (Visma | Lease a Bike), les contrôles antidopage nocturnes qui font polémique, ainsi que sur les informations révélées par L'Équipe concernant l'intervention d'un juge des libertés et de la détention. Le consultant évoque également la lutte pour le podium entre Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe), Isaac Del Toro (UAE Team Emirates XRG) et Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), les performances du jeune Français, ainsi que les chances de voir enfin une victoire d'étape tricolore lors de cette dernière semaine du Tour.
Vidéo: La Chronique Cyrille Guimard... pour Cyclism'Actu !
"S'il y a des suspicions, elles devraient donc logiquement être révélées d'ici peu de temps"
Le dernier gros événement, c'est la chute de Jonas Vingegaard et l'abandon du Danois sur ce Tour. Un petit mot là-dessus...
C'est vrai que l'actualité aujourd'hui est un petit peu dépassée par la chute d'une part, mais également par le fait de contrôler les sportifs à deux heures du matin, on va dire, en pleine nuit. Et lorsque l'on voit la chute de Vingegaard, on ne peut pas ne pas penser qu'il peut y avoir, au travers de cette chute, une liaison avec un contrôle à deux heures du matin. Ce coureur n'a pas eu une nuit normale après une étape très difficile, après un déplacement en car relativement long pour rejoindre l'hôtel. On sait les conséquences qu'une nuit perturbée à ce niveau-là peut avoir sur la vigilance. Donc on peut toujours dire qu'il n'y a pas de lien, je suis désolé, il peut y avoir un lien. Cette chute a eu lieu à cet endroit-là où il fallait justement un surcroît d'attention, de vigilance. Visiblement, il a manqué quelques millièmes de secondes de vigilance. Ne pas penser qu'il peut y avoir un lien avec ce contrôle serait intellectuellement malhonnête. Maintenant, il peut ne pas y en avoir, mais on ne peut pas ne pas y penser.
Dans un terme purement sportif, il y avait assez peu de suspense sur le vainqueur du Tour de France. En plus, le premier concurrent de Pogacar est éliminé sur chute. Hormis s'il arrive la même chose au Slovène, le Tour est plié ?
Oui, alors lorsqu'on évoque les intérêts sportifs, les concurrents qui sont présents au départ, on part toujours avec ce qui semble évident. Et ce qui est évident, c'est qu'on prend toutes les forces en présence. Mais le Tour de France, c'est qu'au fil des trois semaines, il y a des coureurs qui vont quitter le Tour, soit parce qu'ils sont malades, soit parce qu'ils vont avoir une grosse défaillance, soit il y a le phénomène accidentel, donc la chute. Et aujourd'hui, Vingegaard a quitté le Tour. Entre guillemets, peu importe les raisons qui ont pu provoquer cette chute, ça redistribue un petit peu les cartes. Ça les redistribue sur le plan sportif au niveau des possibles coureurs arrivant sur le podium aux Champs-Élysées. Pour la première place, sauf accident, on va se répéter, je ne vois pas qui peut inquiéter Pogacar.
Au niveau des contrôles, sur les dernières informations, on aurait un juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Paris, pour reprendre les termes de nos confrères de L'Équipe, qui aurait été saisi par l'ITA avant les contrôles nocturnes de Pogacar et Vingegaard. Ces mesures ne pouvaient être autorisées sans soupçons graves et concordants. Un nouvel élément, qu'est-ce qu'on en pense ? Tout le monde se dit : "C'est bizarre, qu'est-ce qui se passe ?" On n'a pas vraiment de réponse, on n'a même pas d'élément sur des choses, sur des suspicions, on n'a rien, tout le monde est un peu dans le flou.
Oui, alors j'ai presque envie de dire : laissons les choses aller au bout et ne faisons pas des commentaires dans la mesure où on ne sait pas. Donc s'il y a des suspicions, on va dire concordantes, elles devraient donc logiquement être révélées d'ici peu de temps. Ou alors il n'y a rien. Mais il est pour moi relativement facile en matière de cyclisme de dire qu'on a des suspicions concordantes puisque, bien avant qu'il y ait quoi que ce soit, ça fait des années que le cyclisme a eu son historique des problèmes de dopage. Donc oui, pourquoi pas, mais attendons les résultats des différentes analyses.
Toi, en tant qu'amoureux du sport, ça te fait quoi ? Quel est ton premier sentiment personnellement ? C'est quoi : de la surprise, de la peur ? Comment tu te sens ?
Pour la surprise, non, puisqu'on sait qu'on est surveillé de A jusqu'à Z, donc je ne peux pas être surpris. J'aurais été surpris, par exemple, qu'on ait le même contrôle à deux heures du matin avant la finale de la Coupe du monde de football. Je ne pense pas qu'on l'aurait fait d'ailleurs, mais on n'est pas dans le même monde. Mais voilà, moi, de commentaire, je ne peux pas en faire plus. Je n'en sais pas plus, je ne vais pas parler de choses ou d'éléments dont je n'ai pas connaissance. Donc à partir de ce moment-là, laissons faire les choses et nous verrons bien dans huit jours ou dans dix jours, peut-être dans dix ans, je ne sais pas.
Tadej Pogacar a évoqué ce contrôle nocturne en interview
"Paul Seixas ? Il fait le parcours que l'on attendait"
Sur le plan sportif, on a eu une belle deuxième semaine Paul Seixas. Il est 4e au classement général, pas loin du podium, même s'il a perdu du temps sur Evenepoel et Del Toro lors de la 15e étape avec l'arrivée au plateau de Solaison. Qu'est-ce que tu en penses ?
Il fait le parcours que l'on attendait avant le départ, puisqu'il faut quand même rappeler que personne ne remet en cause son potentiel, on le connaît. On sait qu'il se situe dans la même zone que Vingegaard, qu'Evenepoel, très loin aujourd'hui de Pogacar. Donc son parcours, par rapport à son potentiel, reste logique, normal. Il est en course pour le podium, le Top 5 sûrement. Mais il fait un Tour tout à fait normal, tout à fait correct, je le dis bien, par rapport à son potentiel de base et par rapport à tout ce que l'on sait, puisque maintenant on n'a pas de surprise. On connaît les datas de tout le monde.
Un coureur sur lequel tu as émis quelques critiques ces dernières années, c'est Remco Evenepoel, qui a remporté sa première étape de haute montagne sur un Grand Tour hier...
Oui, mais on a pu remarquer qu'il a été en difficulté sur quelques ascensions, à commencer par celle du Tourmalet. Donc il reste dans cette zone où on n'a pas de certitude sur sa constance au niveau de la haute montagne. Hier, sur l'étape qu'il remporte, il a été à la hauteur. Alors, on évoque beaucoup le fait que Pogacar lui aurait un peu facilité la chose en ne se battant pas comme un mort de faim sur le dernier sprint. Personnellement, je n'ai pas trouvé Pogacar très saignant hier par rapport à d'habitude. Peut-être aussi que son réveil à cinq heures du matin n'est pas anodin non plus. Mais je pense qu'on n'était pas sur du grand Pogacar. Et puis, d'un autre côté, il était aussi un peu en protection de Del Toro, sachant que je pense que Del Toro a eu quelques difficultés dans cette ascension. N'oublions pas qu'il fait quand même un beau petit soleil, qu'il a eu pendant un certain temps quelques douleurs à la cuisse, donc il est resté en protection. Mais je pense qu'il n'était plus dans la gagne de l'étape.
Si tu dois pronostiquer un petit podium pour Paris dans une semaine...
Vous aimez les paris. On ne va quand même pas se mouiller. Pour l'instant, on parlait d'Evenepoel. Est-ce qu'il va être suffisamment constant ? Est-ce qu'il n'est pas plutôt aussi en train de prendre un petit cran à la veille de cette dernière semaine, sachant qu'il est resté très longtemps sans aucune compétition, ce qui, à mon avis, n'était pas la meilleure des choses ? Est-ce qu'il conserve le niveau où on l'a vu hier ? Parce que visiblement, il n'était pas en difficulté dans l'ascension, contrairement à ce qu'on a pu voir à certains moments. Reste donc Evenepoel. Et puis ensuite, on a Del Toro et Paul Seixas pour le podium. Mais entre Paul Seixas, Del Toro et Evenepoel, je ne vois pas quelle analyse objective on pourrait avoir aujourd'hui pour dire que Pierre sera plus fort que Paul, et Paul plus fort que Jacques... Je ne sais pas.
On a quand même d'abord un contre-la-montre. Je pense qu'Evenepoel risque de creuser des écarts. Entre autres, peut-être pas trop sur Seixas, mais certainement sur Del Toro. Et il reste trois énormes étapes de montagne. Personne, de façon objective et mathématique aujourd'hui, ne peut dire qui sera sur le podium et dans quel ordre. Donc mon pronostic, c'est qu'on ne peut pas en faire de façon objective et mathématique. On peut jouer, mais c'est un jeu.
On connaît ton amour pour le cyclisme français, mais toujours pas de victoire d'étape pour nos Tricolores. Est-ce que sur les six dernières journées, nous allons voir un Français lever les bras ?
Il y a ceux qui courent après les victoires et qui sautent dans les coups, enfin dans les échappées, si on peut appeler ça des échappées. Ce sont presque des moitiés de peloton qui s'en vont et qui se battent, comme Valentin Paret-Peintre ou Kévin Vauquelin. Beaucoup de Français qui sont dans les coups, mais soit ça n'arrive pas, soit ils sont battus par plus opportunistes ou plus forts. Il faut être le plus fort de l'échappée et que le peloton décide de laisser l'échappée arriver. Donc là, on est un peu au petit bonheur la chance. À la pédale, il ne reste pratiquement qu'un seul coureur capable de gagner une étape : c'est Paul Seixas ou éventuellement Lenny Martinez.
Mais je ne suis pas très optimiste quand même pour une victoire d'étape française. Je pense que, sauf une échappée qui part et va au bout, c'est quand même à la pédale qu'il faudra le faire. Mais ça n'est pas nouveau. On est sur les Tours de France depuis des années, on arrive souvent aux dernières semaines où on n'a pas de victoire.