Marc Fayet : «Le cyclisme, c'est de la Vélo-Politique»
Tour de FranceMarc Fayet, vous connaissez ? Vous avez déjà pu le découvrir et le lire il y a quelques temps déjà sur Cyclism'Actu ! Marc Fayet est donc de retour avec sa chronique ou plutôt sa rubrique "Les carnets secrets". Pour rappel, Marc Fayet, né en 1961, est un homme du théâtre et de la scène. Acteur et metteur en scène mais aussi passionné de vélo. Marc s'est toujours investi : il écrit, commente, agit autant qu'il le peut dans le cyclisme, notamment sur le Tour du Finistère dont il est aujourd'hui et depuis 2021, le président du comité d'organisation. Marc Fayet et "ses" carnets secrets, ce sera désormais à retrouver régulièrement sur Cyclism'Actu.
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"J’ai oublié la nature de ce chiffrage, je ne sais plus si c’était 60 pour cent ou soixante pour sang"
Pour la troisième fois de son histoire, le Tour de France est remporté par un Danois, ce qui donne une idée du talent des champions de cette nation et à fortiori de son équipe sous licence Hollandaise, ce train jaune qui a su écraser toutes les volontés en roulant tous les jours de la semaine et qui s’en seraient bien tapé une quatrième s’ils l’avaient pu (ASO constatant l’état de fatigue de l’ensemble des autres équipes a préféré envoyer les filles pour terminer en beauté ce mois de juillet Cycliste).
Cette suprématie spectaculaire laisse entrevoir aussi à quel point cette formation est en avance sur son temps puisque durant cette édition 2023 nombre de spécialistes à longueur d’articles et de déclarations n’avaient de cesse que de critiquer, voire se moquer de la stratégie mise en place par les « Jumbo Visse-moi » et pas des moindres, des managers esthètes, des journalistes pas si bêtes, des consultants triathlètes. Lorsqu’on ne comprend pas la manière de procéder d’un concurrent qui finit par l’emporter haut la gambette, c’est la preuve qu’on commence à être dépassés par les nouvelles approches physiques, techniques, technologiques, biologiques, chimiques, scientifiques, diététique et énigmatiques des adversaires.
"Il y a chez le champion venu du Danemark, quelque chose qui permet de ne laisser filtrer aucune émotion et de rester discret même dans le triomphe"
On sait aussi que dès qu’une nation est novatrice, les autres ne tardent pas à l’aide d’espionnages subtils, de tractations silencieuses, et de budgets adéquats d’imiter les pionniers. Ainsi on se souvient de ce premier champion Danois vainqueur du Tour et qui avait compris bien avant les autres que 60% était bien mieux que 50% et largement plus efficace que ceux qui plafonnaient à 42 % (Mais j’ai oublié la nature de ce chiffrage, je ne sais plus si c’était 60 pour cent ou soixante pour sang). Qu’importe ! l’essentiel est d’avancer et surtout d’étouffer les nations adverses parce que le cyclisme c’est un peu de la Géopolitique.
Ainsi l’objectif cette année était clairement d’écraser la Slovénie qui pourtant s’était associée avec de puissants émirats car ni l’Angleterre, ni la Belgique, ni la France, ni les USA, ni les autres ne proposaient une véritable armée pouvant leur provoquer le moindre frisson doreur sur leurs jaunes tenues, aussi jaunes que leur cadre, leur guidoline, leur casque et le soleil qui n’a cessé de laisser briller leurs rayons.
"Le Cyclisme n’est finalement pas seulement de la Géopolitique, c’est aussi de la Vélo-politique"
Il y a chez le champion venu du Danemark, quelque chose qui permet de ne laisser filtrer aucune émotion et de rester discret même dans le triomphe (On se souvient de ce deuxième vainqueur Danois des années 2000 qui préférant éviter l’excès d’exposition médiatique a préféré s’éclipser quelques jours avant l’arrivée afin de ménager sa timidité). Le vainqueur de cette année, et pour la deuxième fois, ce Jaune As, fait partie de ces jeunes générations qui ont su apprendre du passé, de leurs aînés, de leurs écarts, de leur histoire. Ils savent aussi que le professionnalisme est fait de la maîtrise de chaque seconde, à tel point qu’on n’a même pas le temps de manger une baguette sur son vélo un jour de repos, qu’on ne passe pas des heures à sourire sur les réseaux pour montrer sa joie de vivre et surtout qu’on ne change pas de monture dans un chrono en montée, qu’on ne tend jamais la joux Plane pour éviter de prendre une Tuile pour de la lauze, ni la Loze pour de la Loose.
Autant d’erreurs que celui qui s’est retrouvé bien trop court à Courchevel et encore plus blanc que son maillot a pu commettre car il n’a pas la chance d’avoir parmi ses aînés un exemple à suivre, puisque le seul et unique vainqueur Slovène du Tour, c’est lui. Quelle solution alors ? Puisqu’on les considère seuls au monde, il faut qu’ils continuent à s’imiter. Lorsque le Jaune As l’emporta en 2022 le Tour débutait dans son Pays au Danemark, le cannibale Slovène doit exiger la même chose de son Pays, ils en seraient alors à un départ de la maison chacun, car en dépit de toutes considérations purement sportives, malgré ce que peut affirmer son principal organisateur, le Cyclisme n’est finalement pas seulement de la Géopolitique, c’est aussi de la Vélo-politique.