Fayet : «Le visage préféré des Français... Madouas»
Les carnets secretsMarc Fayet, vous connaissez ? Vous avez déjà pu le découvrir et le lire il y a quelques temps déjà sur Cyclism'Actu ! Marc Fayet est donc de retour avec sa chronique ou plutôt sa rubrique "Les carnets secrets". Pour rappel, Marc Fayet, né en 1961, est un homme du théâtre et de la scène. Acteur et metteur en scène mais aussi passionné de vélo. Marc s'est toujours investi : il écrit, commente, agit autant qu'il le peut dans le cyclisme, notamment sur le Tour du Finistère dont il est aujourd'hui et depuis 2021, le président du comité d'organisation. Marc Fayet et "ses" carnets secrets, ce sera désormais à retrouver régulièrement sur Cyclism'Actu.
Vidéo: Valentin Madouas est le champion de France sur route 2023
"Le fameux Groupe à Marc de Groupama"
Daniel Mangeas nous a assez répété tout au long de la journée que Cassel était « le village préféré des Français », cette affirmation alors qu’on ne m’avait même pas demandé mon avis m’avait profondément irrité car je déteste qu’on décide à ma place. Il me fallait auparavant faire un tour de la petite cité avant que je puisse entériner cette décision. D’abord ces petites maisons d’architecture flamande dont certaines datent du XVIIème siècle et qui semblent indestructibles comme pour confirmer que ce n’est pas ici que les envahisseurs d’où qu’ils viennent pouvaient s’y installer comme chez eux.
Nombreux s’y sont cassés le nez et y ont même cassé leur pipe à tenter de prendre possession des lieux. C’est pourtant ce qu’il s’est déroulé ce dimanche 25 juin qui restera dans l’histoire des habitants comme le plus chaleureux, les plus admirable, le plus inoubliable de tous les envahissements. Il fallait la voir cette foule venue de toute la France pour découvrir la beauté de la porte de Dunkerque et de toutes les ruelles et venelles qui parsèment le minuscule centre village. La rue de Bergues, celle de Saint Omer, de Lille. Chaque parcelle représentant un revêtement spécifique, une difficulté singulière et puis l’inimitable porte de Dunkerque et l’intraitable côte de la porte d’Aire avec ses pavés, rampe d’accès à l’arrivée sur la droite 75 mètres plus loin.
C’était le lieu d’observation de toutes les souffrances, lieu de constat de tous les prodiges et c’est alors que je me suis rendu-compte que j’avais mal entendu les propos de Daniel Mangeas et il voulait parler du « Virage préféré des Français ». Ce virage avait en effet toutes les qualités pour présenter un terrain de combat sans pitié car c’est à son franchissement qu’on les voyait abandonner par grappes, vaincus par l’intensité de la douleur, abattus, qu’ils étaient, harassés, anéantis, vaincus par des forces supérieures. Mais au milieu de tous ces héros devenus des anonymes, il y en eut quelques-uns qui furent d’une bravoure EXCEPTIONNELLE ! Des valeureux dont le fameux Groupe à Marc de Groupama. On aurait dit que tous ses soldats étaient emplis d’une mission divine, celle de montrer la vie en bleu, couleur de leur uniforme où est toujours présent le FDJ qui veut dire Française Des Jeunes, qui veut dire Faites Danser la Joie.
Valentin Madouas devenait ici et pour longtemps, « le visage préféré des Français »
Et on a vibré, on a crié, on a dansé lorsque Valentin est parti seul, quand on l’avait vu déjà tellement fort pour guider son petit groupe, tournant, virant, grimpant, volant, et on aurait pu craindre de cette débauche d’énergie, cet enthousiasme physique, démonstration de sa force dont personne ne semble connaître les limites ni lui, ni son entraîneur, si son préparateur physique, ni son capteur de puissance, ni tous les ordinateurs des centres d’études de performance. La plus grande intensité relevée fut celle de notre émotion, celle de sa famille qui s’était déplacée, parents et grands-parents, celle des amis Bretons, Normands et même d’ailleurs qui tous subirent un dépassement de fréquence cardiaque propre à faire péter les électro cardiogrammes. J’en ai vu pleurer comme ces spectatrices émues par ce coureur au visage de petit prince de Bretagne, comme Vincent Barteau, comme Thierry Marie, coureurs Normands du siècle dernier mais avec toujours la même joie de vivre et de voir.
D’autres au commentaire comme Damien Martin ne parvenant pas à masquer leurs trémolos dans la voix et puis l’enthousiasme de Michel Callot Président de la Fédération Française de Cyclisme, lui habituellement si mesuré et puis la joie de Xavier Jan Président de la Ligue Nationale de Cyclisme, lui à l’accoutumée si maître de ses émotions. Ce dimanche à Cassel nous avons eu droit au meilleur champion de France dont nous pouvions rêver, celui qui rassemble toutes les qualités qui font honneur à l’humain et au sportif, à l’effort et à l’intelligence. Nos yeux ne sont pas encore secs des larmes de joie versées ce dimanche et c’est alors que j’ai compris que j’avais mal entendu les propos du plus grand speaker que la France a la chance d’entendre depuis plus de 50 ans, il préparait sa formule pour la fin de course et rappelait que si Cassel était bien le village préféré des Français et qu’il présentait le virage préféré des Français, Valentin Madouas devenait ici et pour longtemps, « le visage préféré des Français »