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ITW - Warren Barguil : 'Je ne changerai pas d'équipe' Photos : Elen Rius & Sirotti

ITW - Warren Barguil : "Je ne changerai pas d'équipe"

 

En juillet, lors de la 101e édition du Tour de France, les jeunes Français ont brillé de mille feux ! En effet, Thibaut Pinot (FDJ.fr), 24 ans, a terminé sur la dernière marche du podium des Champs-Elysées et a remporté le maillot blanc du meilleur jeune, Romain Bardet (AG2R La Mondiale), 23 ans, a, lui, bouclé la Grande Boucle à la 6e place finale, à seulement 2'' du Top 5, et Tony Gallopin (Lotto-Belisol), 26 ans, a remporté une étape et a porté le maillot jaune le 14 juillet. Ce beau Tour de France des Français, auquel il faut, bien sûr, ajouter la 2e place de Jean-Christophe Péraud (AG2R La Mondiale), est de bon augure pour les années à venir ! Warren Barguil, qui devait découvrir le Tour en cette saison 2014, aurait pu faire partie de cette fête, mais son équipe, la Giant-Shimano, a décidé de le "protéger" encore un an de plus en l'envoyant plutôt sur la Vuelta, au mois de septembre, où il avait réussi deux coups d'éclat en 2013, en remportant deux victoires d'étapes. Cyclism'Actu est allé prendre des nouvelles du jeune Breton de 22 ans. Barguil, sur le coup, "déçu" de sa "non-sélection" pour le Tour, a, depuis, "compris le choix de l'équipe". Annoncé une fois du côté du Team Sky, puis une autre fois du côté de chez Astana, Warren Barguil a tenu à clarifier sa future situation : "Je ne changerai pas d'équipe". Avant de parler de son futur proche et lointain, Barguil est d'abord revenu sur sa première période d'objectifs, les Ardennaises, puis il a ensuité abordé le dernier Tour de France, qu'il a suivi de près, et enfin il a avoué ses objectifs pour la suite de sa saison 2014, où il visera le "Top 15 sur la Vuelta". Entretien "XXL" avec Warren Barguil !

 

Warren, pour commencer, comment allez-vous ?

Je vais très bien ! D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi cela n'irait pas (rires).

 

"Mon bilan est toujours très satisfaisant"

 

Avant les Ardennaises, vous nous aviez dit que le bilan de votre saison était "très satisfaisant". Qu'en est-il aujourd'hui ?

Mon bilan est toujours très satisfaisant ! Depuis le début de la saison, je me suis prouvé à moi-même que je pouvais faire un Top 10 sur une course World Tour d'une semaine et que je pouvais attaquer sur le final d'une course comme Liège-Bastogne-Liège. Cela est très satisfaisant ! Je n'aurais jamais pensé avoir ce niveau-là. Quand je suis passé dans la catégorie Espoirs et que j'ai fait mes premières courses de montagne, j'étais souvent dominé par Romain (Bardet, Ndlr) et aussi par Andrew Talansky. Je finissais loin... J'ai eu une belle progression depuis !

 

En parlant des Ardennaises, vous y alliez pour faire "du mieux possible". Ça a été le cas ?

Oui. Je n'ai juste pas eu trop de chance à la Flèche Wallonne... J'ai deraillé dans le final, mais c'est comme ça.

 

"Un Liège-Bastogne-Liège, ça ne doit pas se terminer à 30 au sprint"

 

Vous vouliez faire "mieux que le Top 20" sur le Flèche Wallonne. Au final, vous avez terminé 23e, après un problème de dérailleur. C'était rageant ?

Oui, c'était rageant, car toute la journée j'étais bien placé. Même au pied du Mur de Huy... Après, je ne sais pas si un Top 10 était envisageable sur cette Flèche Wallonne. Avec des si on peut changer beaucoup de courses !

 

Après votre déception de la Flèche Wallonne, vous avez fait un beau Liège-Bastogne-Liège. En effet, vous avez été un des seuls à attaquer dans le final. C'était la bonne stratégie à adopter ?

Ce n'était pas forcément la meilleure stratégie pour un résultat... Mais un Liège-Bastogne-Liège, ça ne doit pas se terminer à 30 au sprint, normalement... C'est pour cela que j'ai tenté !

 

"L'objectif était plus qu'atteint sur Liège-Bastogne-Liège"

 

Au final, vous terminez 29e. Le but pour vous à Liège était de "suivre les meilleurs et tenter quelque chose dans le final". L'objectif a donc été atteint à 100 % ?

Oui, l'objectif était plus qu'atteint ! J'ai réussi à terminer dans le premier groupe en attaquant 2 fois. Pour une première sur Liège, c'est très bien ! Maintenant, l'année prochaine, j'attendrai plus la partie finale pour attaquer, mais j'espère que Liège ne se terminera pas au sprint comme cette année...

 

Au final, que retenez-vous de cette période Ardennaises 2014 ?

Je retiens que c'est vraiment le type de courses qui me correspond ! C'est nerveux, ça ne fait que monter ou descendre, c'est toujours en prise. Il faut toujours être concentré. J'aime ça.

 

"En 2015, j'espère faire un Top 10 sur la Flèche Wallonne et pourquoi pas à Liège"

 

Dans un avenir proche, vous souhaitez un peu plus vous concentrer sur ces Classiques ? 

L'année prochaine, je pense vraiment faire une bonne préparation pour ces Classiques. Ensuite, je couperai pour préparer les Grands Tours. Cette année, c'était vraiment pour prendre de l'expérience sur Liège-Bastogne-Liège. L'année prochaine, j'espère faire un Top 10 sur la Flèche Wallonne et pourquoi pas la même chose à Liège.

 

"Être absent du Tour, c'était forcément une grosse déception"

 

La période des Ardennaises était votre premier gros objectif de la saison 2014. Le deuxième était le Tour de France. Malheureusement, vous n'avez pas été sélectionné par votre équipe, la Giant-Shimano. C'était une très grosse déception pour vous ?

Forcément c'était une grosse déception... Mais, j'ai compris le choix de mon manager. Il souhaite me protéger. J'ai longuement discuté avec lui et j'ai compris le pourquoi du comment. C'est cela le plus important. Le Tour de France, c'est une grosse pression médiatique pour un Français. On a pu le voir avec Thibaut (Pinot, Ndlr). Il a fait un super Tour en 2012. Il est arrivé sur celui d'après avec une pression monstre. Ses capacités étaient encore meilleures en 2013, mais le jour où il a eu un petit coup de moins bien, tout le monde lui a tourné le dos... Il ne faut pas oublier que nous sommes encore assez jeunes. D'accord, Bernard Hinault a gagné jeune, mais le cyclisme n'était pas aussi mondialisé que cela. Je ne dis pas qu'il n'y avait pas de niveau, mais c'est différent. L'autre point qu'il faut aussi dire, c'est que, chaque année, les meilleurs Espoirs arrivent bien chez les pros.

 

Sur ce Tour de France 2014, votre équipe a donc tout misé sur ses sprinteurs. Cette stratégie a été payante, puisque Marcel Kittel a remporté pas moins de 4 étapes. Mais, l'équipe aurait très bien pu vous prendre pour jouer sur deux fronts, sur les sprints et aussi en montagne ?

Oui et non. Vous m'imaginez faire le boulot en plaine et ensuite enchaîner avec les étapes de montagne ? Je ne suis pas surhumain... C'est impossible de faire cela et c'est ce que mon manager m'a expliqué. Il m'a dit qu'il valait mieux que je fasse la Vuelta en mode "protégé" que d'être sur le Tour pour rouler pour mes sprinteurs. Il ne voulait pas que je roule devant le peloton, car pour lui, je suis un leader de l'équipe pour les courses de montagne.

 

"J'ai compris le choix de l'équipe"

 

Vous vous étiez préparé depuis l'hiver à découvrir le Tour de France cet été. Finalement, ce rêve a été repoussé. Vous n'en voulez donc pas à votre équipe, malgré cela ?

Je suis déçu, mais j'ai compris le choix de l'équipe. Donc, non, je n'en veux pas à ma formation.

 

"Finalement, je pense que cette décision était la bonne"

 

Votre équipe a expliqué qu'il était "plus sage de se concentre sur la Vuelta en 2014", dans l'objectif de votre plan de carrière. Quel est votre avis sur cela ?

Mon avis ? Je suis simplement content que l'équipe me fasse confiance pour être le leader sur la Vuelta. Finalement, je pense que cette décision était la bonne. J'ai toujours pris mon temps pour décider quelque chose et je fais confiance à mes proches pour m'aider. Par exemple, Bernard Bourreau m'avait dit de rester un an de plus chez les Amateurs, en 2012, pour me faire un palmarès. À l'heure d'aujourd'hui, je ne regrette pas du tout ce choix. Je suis même super content de ce choix !

 

"Ce que je recherche, c'est d'être le meilleur de tous !"

 

Est-ce que vous avez suivi le Tour de France, malgré le fait que vous n'y soyez pas ? Les très belles performances des Français vous font certainement plaisir. Voir cela, ça ne vous a pas fait encore plus regretter votre absence ?

Oui, je l'ai suivi. Et non, je ne regrette pas, car c'est facile de dire "si j'avais été". Je ne suis pas du genre à dire : "Est-ce que je serais pas tombé ?" ou autre chose. Il y a tellement de facteurs (chutes, maladies...etc) à prendre en compte dans une performance. On ne peut donc pas tirer des conclusions. Après, à savoir si j'étais au niveau de Romain (Bardet, Ndlr) et de Thibaut (Pinot, Ndlr), je ne sais pas, mais je ne cherche pas à être le meilleur Français... Ce n'est pas cela que je recherche. Ce que je recherche, c'est d'être le meilleur de tous !

 

"Le cyclisme va mieux"

 

Les belles performances françaises sur le Tour sont quand même très bon signe pour l'avenir. Ces perfs' montrent aussi que le cyclisme va mieux, du point de vue du dopage ?

Oui, tout à fait ! La performance globale des Français est très bonne. Deux coureurs sur le podium du Tour, c'est vraiment exceptionnel. Ces performances montrent que le cyclisme va mieux. Enfin, je l'espère ! Tout va dans le bon sens et puis tout le monde me dit, depuis que j'ai commencé, que je suis arrivé à la bonne période. Et pour être honnête, j'y crois !

 

"Dans ma tête c'était un peu flou"

 

Pour revenir sur votre saison, après les Ardennaises vous avez coupé un petit peu. Puis, vous avez repris à la Bayern Rundfahrt, puis vous avez enchaîné avec le Tour de Suisse et le Championnat de France. Quel bilan tirez-vous de cette période de courses ?

Après avoir coupé à Liège, je n'ai pas pris de vacances. J'ai fait quelques jours sans vélo, mais dans ma tête c'était un peu flou, car je m'étais préparé pour le Tour de France... Je n'ai pas pu changer mon programme de courses. Je suis donc allé au Bayern en condition. Plus les jours avançaient, mieux je me sentais. Ça me faisait beaucoup de bien de reprendre la compétition. Ensuite, je suis tombé malade pendant un stage en altitude. Le temps du Bayern Rundfarth n'a pas du tout aider... On a eu beaucoup de pluie. Cela ne me dérange pas, mais ça use forcément les organismes. De ce fait, je suis arrivé sur le Tour de Suisse en forme moyenne. J'ai aidé Tom Dumoulin. Au final, chaque jour je me sentais de mieux en mieux. Et puis, je suis arrivé sur le Championnat de France avec une bonne condition. J'ai essayé d'attaquer à plusieurs reprises, mais cela n'a pas marché. Ensuite, pour le sprint, je n'ai pas pris de risques, car je savais que c'était impossible de gagner. Un Top 8 aurait été possible car c'était beaucoup de placement.

 

"C'est en attaquant que je prends du plaisir sur le vélo"

 

Sur le Tour de Suisse, vous vous êtes beaucoup montré à l'avant en attaquant. Le but était surtout de prendre du plaisir sur le vélo ?

Oui, je voulais me faire plaisir. Et personnellement, c'est en attaquant que je prends du plaisir sur le vélo. Je ne prends pas de plaisir en faisant les roues toute la journée et en terminant 10e au final. Je déteste ça... En Suisse, j'ai aussi beaucoup aidé Tom Dumoulin. J'étais content pour lui qu'il obtienne ce bon résultat (5e du classement général final, Ndlr).

 

"La tête tournée vers la Vuelta"

 

Depuis le Championnat de France, vous avez la tête tournée vers la Vuelta ?

Oui, j'ai la tête tournée vers la Vuelta. Elle s'annonce relevée, mais cela ne me dérange pas ! Je vais tout faire pour arriver au mieux de ma forme. Il faudra être là dès la deuxième semaine, car c'est à partir de là que les choses sérieuses vont commencer.

 

"Un Top 15 (sur la Vuelta) serait vraiment très très bien !"

 

Sur la Vuelta, votre objectif sera le classement général ?

Mon objectif premier sera le classement général. Un Top 15 serait vraiment très très bien ! Cette Vuelta, ce sera l'occasion de me tester sur 3 semaines avec seulement le classement général en tête.

 

Après vos deux victoires d'étape en 2013 sur le Tour d'Espagne, c'est quand même une bonne chose d'y retourner, même si vous auriez sûrement préféré être sur le Tour ?

C'est sûr, j'aurais préféré être sur le Tour, mais bon. Je fais quand même la Vuelta, c'est déjà pas mal ! L'an passé, l'équipe m'avait déjà fait confiance en m'amenant sur la Vuelta dès ma première année chez les professionnels.

 

"À La Plagne, j'ai pu reprendre le coup de pédale dans les cols"

 

Ces derniers jours, vous étiez en stage à la montagne avec une partie de l'équipe Giant-Shimano. Comment s'est déroulé celui-ci et quels étaient les objectifs ?

Nous étions en stage à La Plagne, à 2 100 mètres d'altitude. Nous y sommes restés pendant 20 jours, pour qu'il y ait des effets réels sur l'organisme. C'est la première fois que je fais cela. J'espère que cela servira à quelque chose, j'en suis même sûr d'ailleurs. J'ai pu reprendre le coup de pédale dans les cols et j'ai surtout pu m'entraîner dans de bonnes conditions avec une superbe équipe.

 

"Le plateau (de la Vuelta) est très relevé, c'est bien pour progresser"

 

Le plateau de la Vuelta sera conséquent cette année, avec, notamment la présence de Froome, Quintana et Rodriguez. C'est une bonne chose pour votre progression au haut niveau ?

Oui, le plateau est très relevé. C'est peut-être même le Grand Tour où il y aura le plus gros niveau. Cela est bien pour progresser, ça va me permettre de me surpasser.

 

"Je veux vraiment garder toute mon énergie pour le Tour d'Espagne"

 

Avant la Vuelta, quel sera votre programme de courses ?

Avant la Vuelta, je participe au Tour de Pologne. Ce sera une remise en jambes. Je ne vais pas essayer de jouer le classement général, car je veux vraiment garder toute mon énergie pour le Tour d'Espagne. Ensuite, je ferai un petit stage dans les Pyrénnés, comme l'an passé, et ce sera le départ de la Vuelta !

 

"Non, je ne changerai pas d'équipe !"

 

Après l'annonce de votre "non-sélection" pour le Tour, les médias ont évoqué le fait que vous alliez sûrement changer d'équipe cet hiver.

Non, je ne changerai pas d'équipe cet hiver ! Sauf si mon équipe s'arrête totalement.

 

"Je me sens bien dans cette équipe"

 

Avant cette "non-sélection", vous voyiez clairement votre avenir dans l'équipe Giant-Shimano. Depuis, est-ce que cette envie s'est un peu "ébranlée" ?

C'est vrai, j'ai eu un moment de doute... Mais, j'ai beaucoup discuté avec mon manager et mon entourage. Je me sens bien dans cette équipe et je sens qu'on me soutient. Par exemple, si je n'étais pas sur le Tour, cette année, c'est qu'on voulait me protéger. C'est plutôt rassurant de voir cela. De plus, il me reste 2 ans de contrat avec Giant-Shimano. C'est la preuve que l'équipe veut vraiment monter un projet sur le long terme !

 

On a entendu dire que vous étiez sur les tablettes d'Astana et du Team Sky. C'est quand même plaisant de voir cela, même si vous ne souhaitez pas aller voir ailleurs ?

C'est plaisant, c'est sûr. Mais Giant-Shimano a prouvé qu'elle était la meilleure formation pour les sprints. L'équipe déniche aussi de jeunes talents, comme Tom Dumoulin, par exemple. Vu que l'équipe ne s'arrête pas, je ne souhaite pas changer d'air !

 

"La pression médiatique est complètement différente à l'étranger"

 

Votre choix a l'air clair, mais juste pour avoir votre avis, pensez-vous les grosses équipes françaises n'ont plus grand-chose à envier aux grosses formations étrangères au jour d'aujourd'hui ?

Clairement, les équipes françaises n'ont rien à envier aux équipes étrangères ! Si, peut-être sur un seul point... La pression médiatique est complètement différente à l'étranger.

 

Propos recueillis par Alexis ROSE 

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Publié le par Alexis ROSE