Tour de France - Guimard : «Faut peut-être pas attendre pour Pogacar...»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Tour de France - Guimard : «Faut peut-être pas attendre pour Pogacar...»

Le Druide Cyrille Guimard est de retour sur Cyclism'Actu en cette fin d'année pour une nouvelle chronique. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France a évoqué ses meilleurs moments de la saison écoulée, mais il est surtout revenu sur le changement de mentalité qu'il observe depuis quelques mois. Un changement initié par des coureurs comme Julian Alaphilippe, Tadej Pogacar, Wout Van Aert et Mathieu van der Poel, qui par leur façon de courir apporte un vent de fraîcheur au cyclisme.

Vidéo - Cyrille Guimard : "Le cyclisme a changé..."

 

Cyrille, quels sont les moments de la saison qui vous ont le plus marqué ?

Il y a les championnats du monde, qui restent pour moi une oeuvre d'art, et les deux premières étapes du Tour de France gagnées par Alaphilippe et Van der Poel. Pourquoi ? Parce que ce sont des moments très intenses, à la fois sur le plan sportif mais aussi sur le plan de la charge émotionnelle. C'est là qu'on s'aperçoit que, quand l'affect prend le dessus sur tout le reste, on est capable de se surpasser à un niveau difficilement imaginable en temps normal. Ce qu'a fait Van der Poel, en sortant dans la première ascension de Mûr-de-Bretagne puis en allant gagner ensuite, c'est un exploit hors norme.

 

"Le cyclisme a changé car les coureurs l'ont fait changer"

Avec Tadej Pogacar, Julian Alaphilippe, Wout Van Aert et Mathieu van der Poel, on a là quatre coureurs qui dominent leur disicpline, mais qui sont surtout vecteurs d'émotions grâce à leur style offensif et peu calculateur. Or, depuis bien longtemps, on était habitués à des coureurs plus stéréotypés et au style moins flamboyants. Assiste-t-on à un renouveau de ce point de vue ?

Oui, on a une forme de renouveau. Déjà, on a là des coureurs qui ont une grosse personnalité, beaucoup de charisme et bien sûr un potentiel bien au-dessus de la moyenne. Ces coureurs, et on peut y ajouter Evenepoel, ont modifié la façon de courir. On a pu le voir sur le Tour de France, mais pas que. Sur le Tour, en dehors des étapes réservées aux sprinteurs, la course n'est pas arrivée au sprint, la plupart du temps c'est un homme seul qui gagnait, partant de l'échappée de base. C'est peut-être le Tour où il y eu le plus d'arrivées en solitaire, aussi car la course a été moins cadenassée et que d'autres coureurs se sont libérés.

Le cyclisme a changé parce que les coureurs l'ont fait changer, au travers de leur comportement en course, mais pas que. Aujourd'hui, j'ai presque envie de dire qu'il n'y a plus de tabous, les coureurs ne fonctionnent plus automatiquement avec l'oreillette - toujours un peu malheureusement - et on voit des prises d'initiative par des coureurs qui ne s'occupent pas de savoir si ce qu'ils font est bien ou mal. C'est vrai pour Alaphilippe, Van Aert, Van der Poel et Pogacar, ce sont des coureurs qui faussent les codes et qui font exploser tout ce qui était normalisé. C'est important et j'espère qu'on va rester sur ce cyclisme offensif, virevoltant.

 

C'est une prise de conscience des coureurs, des équipes, ou c'est juste dû à cette nouvelle génération ?

Non, ne mettons pas ça sur tous les acteurs, car il y en a même que ça dérange un peu que ça bouge comme ça. C'est lié aux quatre personnalités qu'on a citées avant, qui sont des patrons. Ce ne sont pas des gens à qui on dit "tu fais ci ou tu fais ça", ils font la course avec leur intuition. Bien sûr, pour pouvoir faire ce qu'ils font, il faut le moteur. Ça n'interdit pas qu'il y ait un briefing, une stratégie, des consignes données avant les courses, mais ils ne sont pas bridés. Et heureusement, car les courses où une échappée de trois coureurs se forme dès le départ sans qu'il ne se passe rien après, c'est très mauvais pour le cyclisme. Ce cyclisme est dangereux pour l'image de notre sport, pour créer de l'émulation et de l'envie au niveau des jeunes. On a trop souvent vu ça ces dernières années, mais cette saison ça a beaucoup changé, surtout sur le Tour de France.

Ce qu'a fait Pogacar sur la Bretagne Classic illustre bien ce changement de mentalité. Il a suivi l'attaque de Cosnefroy et Alaphilippe loin de l'arrivée, puis il a rapidement explosé. Un Froome ou un Armstrong n'auraient pas suivi, ils n'auraient même jamais participé à cette course. Pogacar, il voit que les costauds sortent, il y va ! Alors à ce moment de la saison, il n'était pas prêt, et il a pété. Et alors ? C'est tout à fait logique, et il aurait pu ne pas péter s'il n'avait pas suivi. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il y est allé. Il s'est dit "ça passe ou ça passe pas", et finalement il a pris un coup de chaud, mais c'est ça la vraie course, pas l'inverse. Ça démontre qu'il a un véritable tempérament de gagneur. J'ai lu un certains nombres de documents le concernant, notamment de son entraîneur, et on apprend qu'il n'est pas obnubilé par les watts. Il s'en sert comme outil, c'est bien, mais il court beaucoup à la sensation. À Plouay, il y est allé, il a explosé, mais sur les grandes courses, il se rate rarement.

 

"Pogacar peut gagner les 5 Monuments"

En parlant de Tadej Pogacar. Il a déjà gagné Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie cette année, peut-il remporter les 5 Monuments dans sa carrière sachant que Milan-San Remo, Paris-Roubaix et le Tour des Flandres lui correspondent sans doute moins sur le papier ?

Sur son potentiel, je réponds oui. Il a fait du cyclo-cross et du VTT, Paris-Roubaix ne va pas lui faire mal. Il a la puissance, le poids nécessaire. Le seul problème pour gagner les cinq Monuments, c'est qu'il faut qu'il se mette dans la tête de les gagner. S'il se dit "pendant deux ans je fais le Tour des Flandres et Paris-Roubaix", il y a quand même de fortes chances qu'il aille en chercher un des deux. Bernard Hinault ne voulait pas faire Paris-Roubaix, pour lui ce n'était pas du vélo, mais quand il a voulu s'y mettre, il a fait 4e en 1980 sans préparer la course puis il a gagné l'année suivante. Après, il y a Milan-San Remo, mais s'il veut sortir dans le Poggio, voire avant car il est totalement capable de ça, il faudra du grand Alaphilippe, du grand Van Aert ou du grand Van der Poel pour aller le chercher. Et au pire, il peut même les régler au sprint. Et il faut rappeler que Pogacar n'a que 23 ans.

 

Il y a quelques jours, en marge de la présentation de son livre, Arnaud Démare évoquait "un peloton à deux vitesses" en expliquant que le peloton "avait beaucoup accéléré en une année". Êtes-vous d'accord avec ces propos ?

Non, je ne suis pas d'accord avec ça pour une seule raison, c'est qu'on aurait pu inverser la question l'an dernier quand il a été le coureur qui a gagné le plus de courses. C'est gratuit de dire ça, peut-être que l'an passé, ses adversaires se disaient "il y a un cyclisme à deux vitesses, regardez Arnaud Démare". Je pose juste la question, je n'ai pas d'avis particulier, mais il faut faire attention à ce qu'on dit à certains moments. Psychologiquement, c'est clair qu'il n'était pas dans la même dynamique que l'an dernier. Il se plante sur le Tour, puis sur la Vuelta, il n'est pas prêt physiquement, et d'ailleurs il a explosé sur tous les sprints. À côté, on avait Fabio Jakobsen qui sortait de l'enfer et qui avait un moral d'assassin, il a gagné trois étapes sur le Vuelta. Il a même engueulé son coéquipier Florian Sénéchal quand celui-ci l'a sorti de la roue avant d'aller gagner. Ça, c'est un vrai guerrier, quand il est au kilomètre, c'est un tueur.

 

"Tadej Pogacar a le temps pour faire le doublé Giro-Tour"

Le directeur du Giro espérait voire Tadej Pogacar sur sa course l'an prochain, mais il devrait privilégier une nouvelle fois le Tour de France. Qu'en pensez-vous ?

Ce que je trouve intéressant, voire intelligent, c'est la position de Pogacar. Apparemment, il a refusé de faire le Giro pour faire le Tour, alors que je pense que le contrat qu'on lui proposait pour faire le Giro devait être intéressant. Il a privilégié le Tour de France pour des raisons de prestige. Il est jeune, il a encore le temps d'aller sur le Giro, donc il reste sur l'objectif Tour de France. Peut-être qu'il fera la Vuelta derrière, mais ça il verra en fonction de sa saison. En tout cas, il met toutes les chances de son côté pour gagner un troisième Tour consécutif. Je trouve ça intelligent, car il y a du monde qui arrive derrière. C'est un phénomère assez nouveau, parce que je trouve qu'on n'a jamais eu autant de coureurs capables de gagner le Tour de France à la pédale. Et vu les jeunes qui arrivent, il ne faut peut-être pas attendre pour Pogacar. Quand on a la possibilité de faire le triplé, il faut le faire. Pogacar est sensible au palmarès, c'est important.

 

Mais réaliser le doublé Giro-Tour dans la même saison, ce qui n'a plus été fait depuis Marco Pantani en 1998, c'est aussi quelque chose de très prestigieux non ?

Il a le temps. Il a 23 ans et il a déjà gagné deux fois le Tour. Même Hinault n'a pas gagné le Tour de France trois fois d'affilée, il n'y a que Louison Bobet, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Miguel Indurain et Chris Froome qui ont réussi ça. Pogacar a le temps.

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Publié le par François BONNEFOY

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