Route - Jakobsen : «Groenewegen aurait dû réfléchir aux conséquences»
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Photo : Sirotti

Route - Jakobsen : «Groenewegen aurait dû réfléchir aux conséquences»

En cette semaine de Noël, le journal néerlandais AD a publié une très longue interview de Fabio Jakobsen, plus de quatre mois et demi après son horrible accident survenu à l'arrivée de la première étape du Tour de Pologne. Projeté dans les barrières par son compatriote Dylan Groenewegen (Jumbo-Visma), suspendu jusqu'au 7 mai 2021 suite à cette manoeuvre, le sprinteur de la Deceuninck-Quick Step, passé tout près de la mort, est revenu en détail sur sa chute, les conséquences de celle-ci, son rétablissement et son ressentiment envers Dylan Groenewegen. Extraits.

Vidéo - Fabio Jakobsen "espère être prêt en mars"

 

Les premières secondes après l'accident : "Florian Sénéchal a vu la panique dans mes yeux"

"Mon coéquipier Florian Sénéchal s'est précipité à mon secours. Il y avait du sang partout. Les spectateurs n'ont rien fait, ils étaient trop choqués par ce qu'ils voyaient. Florian a remarqué que je m'étouffais dans mon propre sang et a vu la panique dans mes yeux. Dans un réflexe, il m'a levé un peu la tête pour que le sang puisse couler de ma bouche et de ma gorge. Après cela, je me suis calmé [...] J'ai également eu beaucoup de chance que le médecin d'UAE-Team Emirates, Dirk Tenner, ait sauté de sa voiture pour me venir en aide. En tant que médecin urgentiste, il a pris le contrôle de la situation jusqu'à l'arrivée de l'hélicoptère de secours."

 

Les premiers jours à l'hôpital : "Une vraie peur de mourir"

"J'ai reçu toutes sortes de médicaments qui m'ont fait somnoler. Mes pieds s'engourdissaient, puis mon bassin, mes mains, mes épaules... et finalement je m'assoupissais. À chaque fois, je pensais que j'allais mourir. Cela s'est produit cinquante, peut-être cent fois. C'était une vraie peur de mourir. Cela m'a fait paniquer, me battre pour survivre, me battre pour respirer |...] Ce furent les jours les plus longs de ma vie. Jamais je n'avais souffert comme ça auparavant . Je préfère disputer trois Grands Tours consécutifs plutôt que de passer une autre journée en soins intensifs."

 

Ses blessures : "Je n'ai pas pu m'asseoir pendant quatre semaines"

Fabio Jakobsen énumère les conséquences de l'accident sur son corps et son visage : "Contusion cérébrale. Crâne fracturé. Nez cassé. Bouche cassée et déchirée. Dix dents sont parties. Des parties de mes mâchoires supérieures et inférieures ont disparu. Des coupures sur mon visage. Une grosse coupure dans mon oreille. Pouce cassé. Contusion à l'épaule. Contusion pulmonaire. Le nerf de ma corde vocale a pris un coup. Fesses très meurtries. J'ai eu de grosses escarres la première semaine à l'hôpital. Je n'ai pas pu m'asseoir pendant quatre semaines."

 

Ses opérations au visage : "J'ai 80 points de suture dans mon palais"

"Mon visage n'a pas l'air trop mal. J'ai encore une sorte de bec de lièvre et mon nez ressemble à ce qu'il serait après une bagarre avec Mike Tyson. Mais la plupart des dégâts sont à l'intérieur. J'ai 80 points de suture dans mon palais. Ils ont prélevé du tissu osseux de mon bassin et l'ont mis dans ma mâchoire. En février prochain, je subirai à nouveau une intervention chirurgicale. Je vais recevoir des implants dans mes mâchoires pour reconstruire mes dents. Ce processus prendra un certain temps mais l'automne prochain, j'aurai à nouveau mes dents."

 

Son retour sur le vélo : "Je roule pendant deux heures tous les deux jours"

"Je suis maintenant arrivé à un stade où je roule pendant deux heures tous les deux jours [...] Il y a quelques semaines, quelques coéquipiers sont venus me rendre visite et nous sommes allés faire un tour ensemble. Nous n'allions pas très vite, peut-être 30 à l'heure, mais j'étais euphorique. J'avais l'impression de rouler sur les Champs-Elysées lors de la dernière étape du Tour de France. Cela m'a fait réaliser à quel point j'aime mon travail, à quel point j'aime rouler. Mon retour à la compétition ? Les médecins et mon entraîneur me disent de ne pas précipiter les choses, de procéder étape par étape. Personnellement, j'espère être prêt en mars, mais si je suis réaliste, ce sera probablement plus en août. Ne serait-ce pas génial si je pouvais à nouveau courir exactement un an après l'accident ?"

 

Son état d'esprit et ses chances de retour au plus haut niveau : "Je n'ai pas peur de tomber"

"Je pense que j'aurai de nouveau le courage de sprinter, mais je ne le saurai avec certitude qu'au moment où je serai au beau milieu d'un sprint. L'avantage est que je ne me souviens pas de l'accident. Je n'ai pas peur de tomber. Dans tous les cas, si je veux que mon retour réussisse, je devrai tout donner. Un sprinter qui freine trop ne gagnera jamais une course [...] Physiquement, je pense que ça ira. Jusqu'à présent, rien n'a été trouvé qui pourrait restreindre mes performances. Il est possible que je ne puisse pas retrouver 100% de mes moyens, mais je ne le saurai pas avant d'essayer."

 

L'acte de Dylan Groenewegen : "Il connaissait les risques"

"Je ne suis pas assez ouvert d'esprit pour dire qu'il n'est pas à blâmer. Mais surtout, je suis désolé. Désolé pour moi, pour lui, pour nos équipes. Nous étions les deux meilleurs sprinters néerlandais et parmi les meilleurs du monde [...] J'ai du mal à comprendre pourquoi il l'a fait. Il ne m'a pas vu ? A-t-il pris trop de risques ? Voulait-il gagner à tout prix ? Il connaissait les risques. Sprinter, c'est plus que voir le panneau des 200 mètres et d'y aller. C'est plus qu'appuyer sur les pédales comme un fou. Il aurait dû réfléchir aux conséquences. Nous sommes des êtres humains, pas des animaux. Le cyclisme un sport, pas une guerre sans limite."

 

Ses contacts avec Groenewegen : "Mieux je me sentirai, mieux ce sera pour lui"

"Il m'a envoyé un message afin de me demander comment j'allais. J'ai répondu. Tout récemment, il a demandé si nous pouvions nous rencontrer. Je peux comprendre que cette affaire pèse lourdement sur son âme et qu'il cherche à se soulager, mais je ne suis pas prêt pour ça. Je veux tout d'abord en savoir plus sur la progression de mon processus de guérison. Mieux je me sentirai, mieux ce sera pour lui. J'espère sincèrement que nous pourrons bientôt laisser tout cela derrière nous."

 

La sécurité : "Mes blessures ont également été causées par la vitesse élevée et les barrières"

"Nous devons arrêter de sprinter de façon kamikaze sans aucune considération pour les autres coureurs. Que cet incident serve de leçon. À l'heure actuelle, les réglementations sont souvent appliquées de manière incohérente. Dylan a lui-même été poussé une fois dans les barrières sans que des sanctions aient été prises contre le coupable, alors il sait ce que ça fait. Et il a lui-même fermé la porte à Oliver Naesen lors du Tour de l'Eurométropole 2016 sans être sanctionné. Si les commissaires ne réagissent pas après de tels incidents, ils envoient le signal que commettre ce genre d'actes n'est pas dangereux, ce message s'installant alors dans la tête des coureurs."

 "Mais laissez-moi être clair à ce sujet : mes blessures ont également été causées par la vitesse élevée et les barrières. Une enquête en cours permettra de préciser si ces dernières ont été assemblées correctement. L'UCI va devoir être beaucoup plus consciente de ce problème. Les arrivées dangereuses comme celle de Katowice doivent être interdites. Pour ma part, à partir de maintenant, je ne participerai plus à un sprint massif si les barrières ne sont pas sécurisées", conclut Fabio Jakobsen dans des propos relayés par Cyclingnews.

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Publié le par Nicolas GAUTHIER

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