Interview
Interview - Michel Callot : «Je n'ai pas peur pour l'avenir... » Photo : @FFCyclisme / P. Pichon

Interview - Michel Callot : «Je n'ai pas peur pour l'avenir... »

Michel Callot, le Président de la Fédération Française de Cyclisme, a répondu aux questions de Cyclism'Actu en cette fin d'année 2020. Impact de la crise sanitaire sur le cyclisme amateur, critiques envers la FFC, bilan de la saison écoulée... Michel Callot a abordé de nombreux sujets. Il a aussi évoqué son éventuelle candidature à un nouveau mandat de Président de la FFC, l'élection ayant lieu le 27 février 2021.

Vidéo - Le président Michel Callot candidat à sa propre succession?

 

"Je ressens de la tristesse de voir les gens souffrir... "

Michel Callot, vu la situation actuelle, est-ce que vous avez peur pour l'avenir du cyclisme amateur français ?

Non, peur ce n'est pas le bon mot. Je suis attristé parce que je sens bien qu'il y a une grande souffrance chez les passionnés de cyclisme, qu'ils soient d'ailleurs licenciés de la fédération ou pas. Les gens qui pratiquent avec assiduité notre sport, quelque soit la forme (route, VTT...) souffrent peut-être encore plus dans ce deuxième confinement. On avait repris goût à être dehors, à faire du vélo, et voilà, on est confinés à nouveau. Donc je mesure cette frustration, cette souffrance, et ça m'attriste. Par contre, je n'ai pas peur pour l'avenir, et pour plusieurs raisons.

Cette année, la ligne de conduite de la fédération a été de tout miser sur les activités, travailler avec notre ministère pour pouvoir reprendre le plus vite possible la compétition. On a eu des prémices de compétition dès fin juin avec des contre-la-montre, on a été de loin le premier sport d'été à pouvoir reprendre la compétition. Et ce qu'on a vu, c'est un engouement formidable sur nos courses, parce qu'il y avait un besoin de cette activité, de la compétition, et ça, ce n'est pas mort du tout ! Et on va retrouver le même phénomène dès que les courses reprendront normalement. Donc je n'ai pas peur pour ça, je ressens de la tristesse de voir les gens souffrir à cause de cette privation.

En revanche, là où j'ai un petit peu plus d'inquiétude et là où je sais qu'il faudra soutenir, c'est plutôt par rapport à la vie de nos clubs. La vie associative est durement mise à l'épreuve. Les associations fonctionnent car les gens se rencontrent, ils imaginent des projets ensemble, et tout ça est aujourd'hui mis entre parenthèses pour la deuxième fois cette année. Je pense que s'il y a une fragilité, elle peut être à ce niveau-là, et c'est la raison pour laquelle il faut qu'on soit très, très vigilant, et qu'il faut qu'on fasse tout notre possible pour aider les clubs à repartir dans leur dynamique associative et à se sentir soutenu.

 

"On va sauver notre championnat de France de cyclo-cross !"

Il y a une autre inquiétude, c'est celle du milieu du cyclo-cross. Est-ce que vous partagez cette inquiétude et comment la FFC compte procéder dans les prochaines semaines afin de sauver ce qui peut l'être encore ?

Là, on est dans le coeur de la crise, on est dans le présent. On se bat au maximum avec la même ligne de conduite qui est d'essayer de sauver le plus d'activités possible. Aujourd'hui, très concrètement, les seuls qui peuvent de faire de l'activité sont les professionnels et ceux qu'on a considéré comme les assimilés professionnels. Dans cette catégorie, on retrouve ceux qui appartiennent à des teams de cyclo-cross par exemple, à des structures de N1 ou qui possèdent une licence de première catégorie. Tous ces athlètes-là peuvent pratiquer leur sport, s'entraîner, et ils ont également le droit de faire des compétitions. Donc sur cette base-là, on travaille à essayer de maintenir quelques épreuves pour pouvoir leur donner un calendrier autre que celui qui se trouve à l'étranger, notamment à travers les coupes du monde.

 

Quand est-ce qu'on saura le nouveau calendrier pour le cyclo-cross ?

Je ne peux pas vous donner une date précise. On espère le plus vite possible, il y a beaucoup de tractations qui se font actuellement. Ce qui est difficile, c'est des convaincre des organisateurs de mettre en place un cyclo-cross uniquement pour certaines catégories et à huis clos. Donc il faut essayer de trouver des collectivités et des organisateurs locaux suffisamment forts pour pouvoir porter ça. On fait ce travail, j'espère qu'on y verra plus clair en début de semaine prochaine, mais il y a quand même une bonne nouvelle, c'est que pour les catégories que j'ai précédemment évoquées, on va sauver notre championnat de France. C'est maintenant quelque chose d'acquis, et c'est une très bonne nouvelle.

 

"Critiquer, c'est sans fin... "

La FFC a régulièrement fait l'objet d'attaques ces derniers temps. Comment vous expliquez par exemple la création du collectif "Prends ma roue", quelle interprétation vous donnez à tout ça ?

Malheureusement, dans une période de crise aussi dure que celle qu'a traversé notre pays cette année, il y a des frustrations qui se créent, et on peut le comprendre. Certains savent le gérer, d'autres ont plus de mal à se contenir et dans ce cas-là, on tape sur ceux qui essaient de gérer malgré tout dans la situation de crise. Je vois bien que le terreau sur lequel se sont formées les premières critiques est né de ça, des privations de la période du premier confinement. Et de fil en aiguille, quand on veut rentrer dans une logique où on est plus en train de démolir que de construire... Critiquer, c'est sans fin, on peut toujours critiquer les choses. ce que je souhaite pour notre fédération, c'est que le climat soit le plus apaisé possible pour pouvoir réfléchir ensemble, car on a besoin d'être nombreux à réfléchir, pour essayer de travailler le mieux possible pour l'avenir de notre sport, qui est un avenir porteur. Il est porteur parce que le vélo reprend une telle place dans notre société que c'est impossible que le sport cycliste n'en sorte pas grand gagnant. Mais pour ça, il faut pouvoir travailler sérieusement, dans la durée, ça ne se fait pas en claquant des doigts, et c'est ce qu'on essaie d'installer.

 

Personnellement, quel bilan tirez-vous de votre présidence ?

S'il y a deux points à mettre en évidence, parce que c'était deux objectifs majeurs pour moi, c'est la reconstruction de l'appareil fédéral et les résultats sportifs, notamment dans la dernière partie de ce mandat. Les superbes performances en VTT où on est devenu la première nation mondiale chez les hommes comme chez les femmes ; le BMX ; le cyclisme sur piste, qui a été un petit peu en retrait sur le sprint mais qui a été très performant en endurance ; le freestyle park, nouvelle discipline olympique qu'on a intégré en deux ans pour arriver à avoir une qualification chez les hommes aux Jeux Olympiques et chez les femmes, c'est encore possible ; et puis bien sûr, parce que la route est la vitrine, le titre mondial de Julian Alaphilippe, mais derrière ce titre il y a aussi la première place de la France au classement UCI en fin d'année 2020. Donc ce n'est pas qu'une performance individuelle, c'est bien la traduction d'un niveau de notre cyclisme professionnel.

 

D'autres nations sortent des jeunes de 20, 21 ans de grand talent, des coureurs comme Tadej Pogacar, Egan Bernal ou Remco Evenepoel. En France, on a l'impression qu'il y en a pas trop qui pointent le bout de leur nez...

Je suis prudent, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Quand vous regardez les performances des cyclistes professionnels, on constate qu'il y a de plus en plus de jeunes qui performent, à 20, 21 ou 22 ans, mais il y a aussi toujours des coureurs de plus de 30 ans qui continuent à être très bons. Ce n'est pas forcément le fait d'être plus ou moins présent dans telle tranche d'âge qui est important, l'essentiel c'est qu'on ait constamment des coureurs français qui s'affirment au plus haut niveau. Aujourd'hui, on a une génération qui est portée par des leaders qui ont encore moins de 30 ans, comme Julian Alaphilippe ou Arnaud Démare, pour citer les deux plus emblématiques de l'année. Les performances de David Gaudu à La Vuelta montrent qu'il a sans doute un très bel avenir devant lui, et peut-être qu'il lui aura fallu un peu plus de temps pour s'affirmer dans un rôle de leader, mais on voit bien qu'il va être capable de le faire. Donc je ne suis pas pessimiste simplement parce qu'on a une petite dizaine de coureurs étrangers très jeunes qui se sont affirmés très vite. C'est comme ça, mais pour autant, nos Français un petit peu plus âgés sont encore là pour un petit moment, donc ça laisse le temps à d'autres d'arriver derrière.

 

"Je ne suis pas dans un état d'esprit où je pense à mon cas personnel"

En conclusion, vous faut-il quatre ans de plus pour continuer le travail amorcé depuis le début de votre mandature ?

Je pense qu'au-delà de ma personne, certains des projets qui ont été entrepris, notamment un chantier de fond qui me tient à coeur qui est la transformation économique de notre fédération en lui apportant une dimension beaucoup plus forte sur le terrain du développement, méritent d'être poursuivis au moins pendant quatre ans pour arriver à porter vraiment leurs fruits. Ensuite, concernant la construction d'un siège solide dans notre fédération capable d'être stable financièrement, de porter du service vers les clubs, de se moderniser technologiquement, ça c'est sur les rails, et il faut le poursuivre. Et le sportif, c'est un éternel recommencement. Il faut continuer dans notre politique sportive, parce que je crois qu'elle est efficace, il ne faut rien lâcher là-dessus, notamment dans le management de nos sportifs, mais tous les ans c'est un défi.

 

Ça veut dire que vous êtes candidat à votre propre succession ?

Pas encore, mais ma réflexion s'affine. C'est le genre d'annonce qui doit trouver sa place si elle se fait dans un calendrier approprié, et au mois de novembre, on a été pris par cette tâche énorme que génère la gestion de la crise. Donc je n'ai pas eu trop le temps de me concentrer sur ce sujet-là, et très certainement que l'approche de la fin de l'année sera le moment d'avoir vraiment une réflexion sérieuse sur ce sujet. Mais surtout, je voudrais redire à quel point je suis marqué par la souffrance de nos pratiquants, et je ne suis pas dans un état d'esprit aujourd'hui où je penserais à mon cas personnel, on verra ça quand on sentira que les choses seront en train de s'améliorer et qu'on commencera à récolter les fruits de nos efforts à court terme par rapport à cette crise.

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Publié le par François BONNEFOY

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