ITW - Laurent Dufaux : «Faut jamais enterrer un coureur comme Froome»
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Photo : @LaurentDufaux

ITW - Laurent Dufaux : «Faut jamais enterrer un coureur comme Froome»

Ce mardi, la création d'une nouvelle équipe suisse, la Cogeas Cycling Team, a été annoncée pour 2021, avec à sa tête un certain Laurent Dufaux. Cyclism'Actu en a donc profité pour s'entretenir avec celui qui était l'un des principaux équipiers de Richard Virenque dans les années 90. Laurent Dufaux a notamment fait le bilan de la saison écoulée en évoquant différents sujets, des champions français à Chris Froome en passant par son compatriote Marc Hirschi, l'une des grandes révélations de l'année.

Vidéo - Laurent Dufaux : "Julian Alaphilippe n'est pas calculateur"

 

Laurent, qu'est-ce que vous retenez principalement ce cette saison 2020 perturbée par la crise sanitaire ?

On peut retenir plein de choses malgré la saison tronquée. Le cyclisme est l'un des rares sport qui s'en est très bien sorti, il a réussi à organiser un très beau calendrier en concentrant tout sur quelques mois. C'était un gros challenge et une très belle performance de pouvoir aller au bout de chaque Grand Tour, on a eu aussi de très beaux Monuments et chaque course était très disputée. Les coureurs étaient très en forme, ils ont eu le temps de bien se préparer et on a vu des courses fantastiques. Surtout, on a vu beaucoup de jeunes coureurs qui se sont révélés cette année : Remco Evenepoel jusqu'à son accident, Tadej Pogacar, Marc Hirschi et j'en passe. Ce sont des jeunes qui n'ont pas de complexes, qui s'affirment au plus haut niveau et c'est surtout ça qu'on retient, des jeunes vainqueurs de grandes courses.

J'ai aussi adoré les mondiaux, ça devait se tenir en Suisse mais ça a finalement eu lieu en Italie, et ça a été une course sensationnelle. On a vu une très belle équipe de France, elle a pris ses responsabilités et on a eu un magnifique vainqueur avec Julian Alaphilippe. C'est un coureur que j'admire beaucoup car il n'est pas calculateur, il est très offensif, très généreux dans l'effort et je crois que c'est quelqu'un qui est très apprécié du grand public. Donc ça fait plaisir d'avoir ce genre de coureur, qui n'est pas attentiste et qui prend ses responsabilités loin de l'arrivée, ça fait du bien.

 

"Marc Hirschi est quelqu'un de très mature pour son âge"

Parmi les jeunes qui ont explosé cette année, il y a votre compatriote Marc Hirschi. Quelles sont ses limites et le pensez-vous capable de gagner le Tour de France un jour ?

L'avenir nous le dira, c'est encore trop tôt pour affirmer quoi que ce soit. Lui-même a été surpris de sa progression fulgurante, il ne faut pas oublier qu'il n'était que dans sa deuxième année. C'est un coureur que je suis depuis les cadets et il a toujours super performé. Il dominait la catégorie des juniors en Suisse en terminant parfois avec trois, quatre minutes d'avance, puis il est devenu champion du monde et champion d'Europe en espoirs en 2018. Et dans sa première année pro, il avait déjà marqué les esprits en finissant notamment troisième de la Clasica San Sebastian gagnée par Evenepoel. Et cette année, il se révèle vraiment au grand public qui a découvert sur le Tour de France ce jeune coureur talentueux, qui a beaucoup de panache.

Sur le Tour, il faut se rappeler qu'il manque d'un rien la victoire sur la deuxième étape en étant battu par Alaphilippe, il a peut-être loupé un peu son sprint. Ensuite, il fait ce numéro fantastique dans les Pyrénées où il se fait rattraper dans les derniers kilomètres. Ce sont des images qui ont frappé les gens, ils ont vu sa générosité dans l'effort, et Hirschi a été récompensé par cette belle victoire. On voit aussi que c'est quelqu'un de très mature pour son âge. On l'a vu après Liège-Bastogne-Liège, il aurait pu gagner un Monument. Je pense que si Alaphilippe ne fait pas cette faute lors du sprint, Hirschi gagnait. Et pourtant, à aucun moment dans les interviews d'après-course, il n'a montré de l'agressivité et de la rancoeur. C'est quelqu'un de très réfléchi, de très pragmatique dans ses déclarations. Il fait très, très bien son métier et on va encore entendre parler de Marc Hirschi, ça c'est clair.

 

Hirschi, Pogacar, Bernal, Evenepoel... En France, on a l'impression de ne pas avoir de jeunes du niveau de ces coureurs-là, même si David Gaudu, qui a 24 ans, a montré de très belles choses sur la Vuelta. Par exemple, Bernard Hinault, le dernier vainqueur français du Tour, estime que la France n'a pas LE champion capable de lui succéder. Qu'en pensez-vous ?

 Le cyclisme français est quand même très bien garnis. Mais sans être trop critique, peut-être que le défaut du cyclisme français est la pression suscitée par les médias. On a beaucoup d'attentes, notamment dès qu'un coureur commence à performer sur un Grand Tour. On l'a vu avec David Gaudu l'année dernière, il a été un super coéquipier pour Thibaut Pinot, notamment lors de sa victoire au Tourmalet, et tout de suite on voit qu'il y a une certaine pression de la part des médias français, et cette pression peut devenir négative.

Alors aujourd'hui, c'est vrai que les années passent. Des coureurs comme Pinot et Bardet ont été aux avant-postes sur le Tour, avec des hauts et des bas. Il faudra voir Romain Bardet dans sa nouvelle équipe, il trouvera peut-être une nouvelle source de motivation. Il faudra voir aussi dans quel état d'esprit et dans quel rôle il prendra le départ du Tour de France, car il sera dans une équipe où il y a de la concurrence. Concernant Pinot, il y croit encore, même si cette année il a eu de la malchance en chutant dès la première étape. Mais au final, les années passent, et derrière, à part David Gaudu qui a montré sur la Vuelta qu'il pouvait être au rendez-vous... Maintenant, il faut faire confiance à ce genre de coureurs, tout en laissant le temps aux athlètes de progresser petit à petit. Ce serait déjà bien d'aller gagner une course d'une semaine comme le Critérium du Dauphiné ou Paris-Nice avant de penser à gagner le Tour de France. Mais la concurrence est rude, jeune et vient de partout.

 

Vous dites que la concurrence vient de partout. Il y a quelques années, on n'aurait jamais imaginé deux Slovènes aux deux premières places du Tour de France...

C'est vrai, mais Roglic et Pogacar ne sortent pas de nulle part, ils performaient déjà les années précédentes. Roglic, ça fait des années qu'il monte en puissance, et Pogacar, c'est un grand talent. C'est vrai que ça peut surprendre ce qu'il a fait sur le Tour de France, mais il était là au rendez-vous. Il a surtout profité du travail des autres formations, notamment de la Jumbo-Visma qui semblait sûre de gagner le Tour, et finalement c'est le petit jeune qui leur a coupé l'herbe sous le pied. Pourtant, je pensais que dès les premières étapes de montagne, Roglic allait faire la différence, mais finalement on a l'impression qu'il a été calculateur. J'espère qu'il ne pouvait pas faire plus, parce que sinon aujourd'hui il doit se mordre les doigts.

 

"Il ne faut jamais enterrer un coureur comme Chris Froome"

Pour conclure, on attend beaucoup de voir ce que Chris Froome sera capable de faire l'année prochaine avec sa nouvelle équipe. Le pensez-vous capable de gagner un cinquième Tour de France ?

C'est une bonne question. Déjà, je trouve extraordinaire la façon dont il a pu revenir après sa très grave chute sur le Dauphiné il y a un an et demi, il aurait vraiment pu y rester dans cet accident. Il s'est battu, et on sait qu'un athlète de haut niveau a cette capacité de rebondir après des accidents dramatiques. Maintenant, il n'est plus tout jeune. Cette année, on savait que ça allait être difficile pour lui. Il a été sur la Vuelta en pensant déjà à 2021, pour continuer sa préparation, et l'année prochaine il va se retrouver dans une grosse formation où il va être leader. Bien sûr, il va viser une cinquième victoire sur le Tour, mais le challenge est extrêmement élevé. Il pourrait avoir des doutes, des incertitudes, et il devra surtout faire face à une grande concurrence. Personnellement, je lui souhaite le meilleur, et je pense que ça pourrait être bien pour le spectacle qu'il redevienne compétitif. On sera vite fixé, il ne pourra pas se cacher lors des courses avant le Tour, donc on va tout de suite voir son niveau. Mais il ne faut jamais enterrer ce genre de coureurs, qui sont talentueux, qui ont une grande classe et qui ont déjà gagné ces courses.

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Publié le par François BONNEFOY

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