ITW - Guillaume Martin «en faveur de l'interdiction des cétones»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

ITW - Guillaume Martin «en faveur de l'interdiction des cétones»

Très occupé médiatiquement par la sortie de son deuxième livre, "La société du peloton", paru aux éditions Grasset, Guillaume Martin a pris le temps de se confier à Cyclism'Actu en ce milieu de semaine. Avant de reprendre sérieusement l'entraînement, puis de partir en stage en Espagne avec son équipe Cofidis au mois de décembre, le Normand a évoqué son livre à notre micro. Il a aussi jeté un dernier regard sur son année 2021 - marquée notamment par une hutième place sur le Tour de France et une neuvième sur le Tour d'Espagne - et s'est projeté sur la prochaine saison, lors de laquelle il espère poursuivre cette progression linéaire qu'il montre depuis le début de sa carrière.

Vidéo - Guillaume Martin s'est confié au micro de Cyclism'Actu

 

"Les parallèles sont assez faciles à faire entre notre société et le peloton"

Guillaume, votre deuxième livre, "La société du peloton", vient de paraître. Parlez-nous de ce livre, qu'y racontez-vous ?

Je m'appuie sur mon expérience personnelle de cycliste professionnel, sur ce que je vis et ce que je vois du peloton pour développer une réflexion philosophique sur la société en général. Je pars du microcosme qu'est la société du peloton, ce monde que je côtoie au quotidien, pour essayer de dire des choses sur la société en général, le peloton pouvant sortir de loupe pour étudier notre société.

 

Vous voyez donc beaucoup de points communs entre notre société et le peloton dans lequel vous évoluez tout au long de l'année ?

Oui, il y en a forcément beaucoup. Par exemple, dans le vélo, il y a des rivalités entre des équipes, comme il peut y en avoir dans la société entre les entreprises. Au sein du peloton, il y a une hiérarchie. Il y a des équipes qui ont plus facilement leur place en tête de peloton quand on roule à allure tempo plutôt que d'autres. Au sein même d'une équipe, il y a des leaders et il y a des coéquipiers, un peu comme dans un fonctionnement d'entreprise. Les parallèles sont donc assez faciles à faire.

 

"Le cyclisme, ce n'est pas seulement des watts"

Parlons désormais du cycliste Guillaume Martin et de ce fait qui est passé un peu inaperçu cette saison. Pour la première fois depuis Laurent Jalabert et Richard Virenque en 1995, un Français, vous en l'occurrence, a terminé dans le top 10 de deux Grands Tours lors d'une même saison. On imagine que c'est une statistique qui vous fait plaisir ?

Oui, bien sûr, d'autant plus que je sors d'une année que j'ai vécue comme étant compliquée. Tout le monde me dit que c'est ma meilleure saison alors que je n'ai pas eu les sensations que j'espérais. J'ai surtout eu pas mal de pépins de santé et de problèmes mécaniques. J'ai toutefois réussi à finir l'année avec deux top 10 sur les Grands Tours, ce que seuls trois coureurs (Egan Bernal, Enric Mas et donc Guillaume Martin, ndlr) ont réussi à faire en 2021. C'est donc une fierté et ça a une vraie valeur.  C'est assez paradoxal puisque j'étais arrivé sur le Tour de France avec l'objectif de délaisser le général pour viser une étape, mais le naturel est finalement revenu et j'ai pu aller chercher, grâce à une échappée, mon meilleur classement. 

 

Et cette façon de courir, à savoir de prendre des échappés, ce qui vous avait permis à chaque fois de vous replacer au classement général, c'est quelque chose qui peut perdurer ?

Depuis le début de ma carrière, je suis plutôt un coureur attaquant et opportuniste. C'est dans ma nature et je vais continuer à essayer de saisir les opportunités. Si on n'est pas le plus fort, il faut essayer d'être le plus malin. Le cyclisme, ce n'est pas seulement des watts. Je trouve intéressant ce côté stratégique et je vais continuer à jouer la-dessus aussi.

 

"En 2022, le Tour sera encore le moment le plus important de l'année"

Que peut-on attendre de Guillaume Martin en 2022 ? Avez-vous déjà des objectifs en tête ou des envies particulières ?

Ça va être de continuer ma progression. Aujourd'hui, je ne peux qu'être large au niveau de ma réponse puisque rien n'est arrêté quant à mon programme pour 2022. On aura le stage en décembre pour vraiment commencer à arrêter les choses. Après, je serai au départ du Tour de France. Le Tour sera encore le moment le plus important de l'année. L'an prochain, il n'y aura pas de Jeux olympiques, les Championnats du monde ne se feront pas sur un parcours qui peut me convenir, donc ça va peut-être me permettre de moins me disperser et d'être vraiment plus focalisé sur mes objectifs. Je suis un coureur qui court beaucoup et c'est vrai que ça peut parfois me desservir. 

 

"Cofidis ? On a toujours envie que ça aille plus vite, mais je trouve que ça va dans le bon sens"

L'arrivée de Ion Izagirre va peut-être également vous permettre d'avoir moins de poids sur les épaules lors des courses par étapes d'une semaine ?

C'est sûr. On sait qu'une équipe WorldTour doit être présente sur un nombre de courses assez impressionnant, donc il y a largement la place pour avoir deux leaders, voire plus, en montagne. Ça va clairement me soulager de pouvoir répartir les forces sur différents fronts. Ça témoigne aussi de l'évolution de Cofidis, qui continue à accueillir de très bons coureurs et à se densifier dans tous les domaines.

 

Vous allez entamer votre troisième saison chez Cofidis. Êtes-vous satisfait de l'évolution de l'équipe ?

On a toujours envie que ça aille plus vite, mais je trouve que ça va dans le bon sens. Tout n'est pas parfait, mais je crois qu'il n'y a aucune équipe dans laquelle tout est parfait. Il y a longtemps que je me suis fait à l'idée que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Je trouve qu'on arrive à construire des choses d'année en année, et je reste motivé me développer en tant que coureur et continuer à développer l'équipe aussi. Les axes de progression ? Le haut niveau impose le soin du détail. Il faut qu'on soit encore un peu plus millimétrique dans nos approches, mais je trouve qu'on va dans le bon sens.

 

Et quelles sont les qualités que vous souhaiteriez développer chez vous personnellement ?

On sait que le contre-la-montre est mon point faible depuis le début de ma carrière. Je progresse, et ce même si ça ne se voit pas de manière flagrante. L'an dernier, j'ai eu un problème de genou tout l'hiver, donc je n'ai pas vraiment pu travailler alors que c'est la période de l'année où on peut vraiment le mieux travailler. Cette année, j'espère passer un hiver le plus serein possible au niveau des blessures et pouvoir ainsi faire un gros travail sur le vélo de contre-la-montre. On sait aussi que l'une de mes qualités, c'est la régularité, mais il me manque parfois le petit punch ou le petit truc en plus pour aller chercher la victoire, donc je pense qu'il faut que je travaille aussi sur les efforts de courte durée pour pouvoir faire la différence.

 

"Il y a aussi des moyens tactiques de battre des adversaires qui sont plus forts"

"On n'aura jamais la même densité de coureurs qu'UAE. Mais moi, individuellement, rien ne m'empêche d'atteindre le niveau de Pogacar. Je l'ai fait l'an dernier sur le Dauphiné, je l'ai battu à la régulière." Cette déclaration faite dernièrement à Ouest-France a beaucoup fait parler sur les réseaux sociaux. C'est très ambitieux de dire cela ?

C'est la magie de Twitter et de la presse (sourire). On a une discussion faite dans un contexte et on en retire une phrase ensuite. Je pense que vous connaissez à me connaître et vous savez que j'ai des positions plus nuancées que cela. C'est un fait aujourd'hui que Cofidis a moins de moyens et est une structure moins importante qu'UAE Team Emirates, mais, néanmoins, on travaille pour essayer de s'en rapprocher et ponctuellement les battre. Si on n'avait pas cet espoir de les battre, je pense qu'on arrêterait de travailler. Après, je suis lucide. Je sais bien que Tadej Pogacar est plus fort que moi la plupart du temps, si ce n'est tout le temps. Toutefois, je garde cet espoir de progresser et de m'en rapprocher. Comme je le disais tout à l'heure, ça ne se joue pas que sur des watts. Il y a aussi des moyens tactiques de battre des adversaires qui sont plus forts.

Ce que je disais aussi dans cette discussion et qui a été un peu sorti de son contexte, c'est qu'il n'y a pas un monde d'écart entre Pogacar et moi. C'est vrai que si on le regarde par le prisme télévisuel, on peut avoir l'impression qu'il y a un monde d'écart, mais si on regarde les résultats de la plupart des courses, je ne termine pas à un quart d'heure de Pogacar. Il y avait un monde d'écart quand je disputais mon premier Tour et que je terminais à plus de 50 minutes au général. Aujourd'hui, quand Roglic attaque en haut d'une arrivée au sommet, je suis encore dans le groupe de tête à 1 ou 2 kilomètres de l'arrivée et je finis à quelques dizaines de secondes derrière. 

 

Enfin, quand j'ai eu cet échange-là, je faisais référence à la période post-Covid, à 2020. Cette année, je n'ai jamais retrouvé ces jambes-là, mais en 2020, sur le Critérium du Dauphiné et le début du Tour de France, j'avais vraiment un très bon niveau et j'étais proche de ces coureurs-là. Lors de l'arrivée à Orcières Merlette sur le Tour, j'avais été en mesure d'attaquer à la régulière à 500-600 mètres du sommet et d'aller faire troisième juste derrière Roglic et Pogacar. Il y avait donc tout ça derrière ma réponse, mais ça ne passe pas sur un message Twitter (sourire).

 

"Les cétones ? Même avant que le MPCC se positionne, je m'étais interdit d'en prendre"

Quel est votre opinion sur le sujet des cétones et sur cette impression de cyclisme à deux vitesses, un problème récemment abordé par vos compatriotes Arnaud Démare et Romain Bardet ?

Je ne pense pas et je n'espère pas qu'il y ait du dopage lourd dans le cyclisme actuellement, mais la grande question porte plutôt sur ces zones grises car les cétones, ce n'est pas quelque chose qui est interdit aujourd'hui. La question qui se pose, c'est : est-ce que ça devrait l'être ? Personnellement, je n'en prends pas et mon équipe fait partie du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible, ndlr) qui en interdit l'usage. D'ailleurs, même avant que le MPCC se positionne, je m'étais interdit d'en prendre. Je suis donc évidemment en faveur de leur interdiction pour des raisons d'équité. Après, c'est à l'Union Cycliste Internationale de se positionner. Je n'ai pas tous les éléments en main ou toutes les données scientifiques sur l'efficacité ou le réel danger des cétones.

 

Et est-ce que vous vous dites parfois sur le vélo que vous ne pouvez pas lutter avec Primoz Roglic ou Tadej Pogacar parce qu'ils prennent des cétones et pas vous ?

Ces questions du dopage ou d'un cyclisme à deux vitesses reviennent souvent dans les conversations. Moi, je m'interdis d'y penser. Déjà, je ne peux rien y faire, et puis je n'ai aucun élément qui me permet de dire quoi que ce soit. Personnellement, je veux juste me concentrer sur mon travail et sur ce que je fais. Il y a une chose importante dans la vie, c'est la présomption d'innocence. Je pars du principe que tant que rien n'est prouvé sur quelqu'un, je ne vais pas le juger ou l'attaquer. Je me concentre donc sur moi-même, je ne porte pas de jugement et j'essaye de faire au mieux.

 

"Les classements généraux seront importants en 2022"

Pour finir Guillaume, que peut-on vous souhaiter pour 2022 ? Une victoire d'étape sur le Tour ou un top 5 ?

C'est difficile de répondre car l'évènement est tellement loin. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'année 2021, avec la façon dont se sont passés les Grands Tours, ça m'a bien fait comprendre que ma nature est plutôt de viser un bon classement général. Quand je suis dans une échappée, je n'arrive pas à avoir ce jour de grâce qui me permettrait d'élever mon niveau. Ma force, c'est d'être régulier et d'être toujours présent sur à peu près toutes les courses auxquelles je participe. Je pense donc que les classements généraux seront importants en 2022.

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Publié le par Nicolas GAUTHIER

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