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ITW - Cyril Saugrain : «Chris Froome sera-t-il au départ du Tour ?» Photo : RTBF

ITW - Cyril Saugrain : «Chris Froome sera-t-il au départ du Tour ?»

Vainqueur d'une étape du Tour de France 1996 au Lac de Madine, Cyril Saugrain a été coureur professionnel de 1995 à 2003. Passé par les formations Aubervilliers 93CofidisLa Française des Jeux et BigMat-Auber93, le natif de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) s'est reconverti avec succès dans les médias depuis 2012. Travaillant pour la RTBF depuis 2013, il en est depuis devenu le consultant phare et commente les plus grandes courses cycliste du monde pour la chaîne de télévision belge. Expert du cyclisme, Cyril Saugrain est revenu pour Cyclism'Actu sur les sujets brûlants du moment avec ses prévisions, sans oublier aussi celles des sites de paris sportifs en ligne comme Arabian Betting qui ajustent la côte des coureurs en direct pour permettre aux supporters de placer leurs paris au bon moment et ajouter un intérêt supplémentaire à ce sport.

Vidéo - Saugrain : "Evenepoel ne se pose pas trop de questions"

 

Cyril, à seulement 20 ans, Remco Evenepoel continue d'empiler les victoires avec une facilité déconcertante. Êtes-vous encore surpris par le phénomène belge, ou le voir gagner est devenu "normal" ?

Là où il continue de surprendre tout le monde, c'est qu'il refait un petit peu ce qu'il faisait en juniors, il se permet de partir à 50 kilomètres de l'arrivée et de mettre tout le monde à deux minutes. C'est en ça que c'est surprenant, parce que ce sont des choses qu'on voit tout de même très rarement dans le peloton professionnel. Les leaders sont plutôt attentistes et font l'effort juste au moment où il faut le faire, ce qui d'ailleurs ne leur permet le plus souvent que de gagner 20 ou 30 secondes alors qu'ils seraient peut-être en mesure de faire des écarts plus conséquents. Evenepoel, lui, ne se pose pas trop de questions. Il fait des numéros qui sont épatants, mais c'est ce qu'on aime.

 

Cyrille Guimard considère qu'il a un potentiel supérieur à celui d'Eddy Merckx et de Bernard Hinault. Le pensez-vous capable de gagner, six, sept, huit Tour de France ?

La différence d'Evenepoel par rapport à Hinault, et encore plus par rapport à Merckx, c'est son rapport poids/puissance. Evenepoel est un petit gabarit, alors que Merckx était grand, costaud. Aujourd'hui, quand on compare Evenepoel aux autres rouleurs, c'est un tout petit gabarit, semblable à celui d'un grimpeur. Donc en montagne, je ne vois pas comment on arriverait à le détrôner, et il est capable de faire des différences dans le chrono. Maintenant, une carrière, ça reste toujours à faire. Le cyclisme a changé, et ce que Merckx et Hinault pouvaient réaliser en leur temps, Evenepoel sera-t-il lui aussi en mesure de le faire ? On le verra déjà cette année, pour moi il fait figure d'épouvantail sur le Giro. Il a des qualités énormes qui laissent présager un palmarès sur les Grands Tours qui doit être terrible. Maintenant, il faut faire attention, on a dit la même chose de Jan Ullrich par exemple, qui avait gagné le Tour très jeune mais qui n'a jamais vraiment confirmé. On peut aussi avoir des jeunes qu'on ne connaît pas encore qui arrivent avec des qualités extraordinaires.

 

Si on revient deux ans en arrière, on n'imaginait pas qu'il y aurait Evenepoel, qu'il y aurait Pogacar... En ce moment en Belgique, on parle beaucoup d'un jeune (Cian Uijtdebroeks, ndlr) qui serait soi-disant plus fort qu'Evenepoel. Donc dire qu'il va gagner six ou sept Tour de France, peut-être, mais il y a aussi d'autres coureurs qui vont arriver avec énormément de talent et qui vont venir le chatouiller. De plus, Evenepoel a tout de même quelques faiblesses, il n'est pas très explosif, il n'est pas très fort en sprint, donc il y a peut-être des coureurs avec des qualités différentes qui vont arriver et qui pourront le mettre en difficulté. En tout cas, je trouve que c'est compliqué de se projeter à plus de cinq, six ans, mais ce qui est sûr, c'est qu'à vingt ans, c'est le coureur d'avenir du cyclisme international sur les Grands Tours et sur certaines Classiques très usantes. C'est un coureur qui va encore progresser en plus.

La différence aussi avec les années Merckx ou les années Hinault, c'est qu'à l'époque il y avait moins de coureurs qui passaient pros par an. Il y en avait trois ou quatre en France, peut-être cinq ou six en Belgique, alors que là il y en a une bonne vingtaine. Tout progresse, c'est pour ça que c'est difficile de se projeter. Aujourd'hui, Evenepoel est le coureur le plus talentueux, mais est-ce que dans quatre ans ce sera toujours vrai ?

 

Wout Van Aert est l'autre coureur belge qui fait sensation depuis la reprise, avec ses victoires sur les Strade Bianche et Milan-San Remo. Pourtant, il y a un peu plus d'un an, on se demandait s'il allait pouvoir retrouver son niveau après sa grave chute sur le Tour de France. Êtes-vous surpris par son retour en fanfare ?

Je ne suis pas du tout surpris. On connaissait ses qualités, on les a vues en cyclo-cross, et on savait que lui et Mathieu van der Poel étaient capables d'être au plus haut niveau sur la route s'ils en avaient envie. Donc ce que fait Van Aert n'est pas une surprise, c'est une confirmation, sachant qu'il avait déjà été très fort sur la route l'an passé. Il avait gagné une étape au sprint sur le Tour, il avait fait plusieurs belles places sur les Classiques. Il a eu cette malheureuse chute sur le Tour de France qui a posé énormément de questions parce qu'un muscle était touché en profondeur. On ne savait pas quand et comment il allait revenir, en plus la pause a été longue, mais je dirais que pour lui, le confinement est arrivé à point nommé. Était-il prêt pour reprendre au top niveau en début de saison ? Je ne sais pas, mais on peut se poser la question. Donc le confinement lui a donné deux à trois mois de plus pour se préparer et être au rendez-vous pour les grosses échéances.

 

Là, on sent qu'il est au top de sa forme physiquement, mais je trouve aussi qu'il court assez juste, c'est ce qui m'a marqué. Après sa victoire sur les Strade Bianche, j'en avais fait mon favori pour Milan-San Remo. En revanche, j'avais des gros doutes sur le niveau physique de Julian Alaphilippe, mais on a vu ce week-end qu'il était très fort. Et quand je dis que Van Aert court très bien, c'est en voyant ce qu'il s'est passé dans le final de Milan-San Remo. Il est obligé de faire l'effort pour revenir dans la roue d'Alaphilippe dans le Poggio, mais quand le Français en remet une, il sent que c'est peut-être l'effort de trop, et plutôt que d'essayer de suivre et d'exploser, il continue sur son rythme et il perd environ 50 mètres. Mais Alaphilippe s'est mis tellement dans le rouge, il n'est pas très lucide dans les premiers virages de la descente, et Van Aert revient rapidement. Ensuite, il emmène quasiment les deux derniers kilomètres, et à la fin il fait la différence en force. Donc pour moi, c'est ce qui le caractérise aujourd'hui : il est au summum de sa forme, et en plus il court très bien. Quel champion !

 

Une page va se tourner chez AG2R La Mondiale l'an prochain, avec le départ de Romain Bardet chez Sunweb et l'arrivée de plusieurs coureurs de Classiques dont Greg Van Avermaet. Que vous inspire ce recrutement ?

Certains diront que c'est un transfert d'un coureur plutôt vieillissant, mais aujourd'hui, Greg Van Avermaet, c'est une valeur sûre. Associé à Oliver Naesen et à tout l'effectif que Vincent Lavenu est en train de créer, avec aussi les signatures de Marc Sarreau, Damien Touzé ou Michael Schär, je trouve que c'est un bon choix. Le projet d'AG2R La Mondiale se tourne clairement vers les Classiques, et je trouve que c'est plus simple de faire ça plutôt que de mener un projet axé sur les Grands Tours. Ça a été le cas pendant quelques années avec Romain Bardet, mais aujourd'hui, avec un Benoît Cosnefroy qui est certainement le coureur des Classiques ardennaises des années à venir, avec un Oliver Naesen très bon sur les Flandriennes, Vincent Lavenu se dit que c'est peut-être le moment de prendre un virage et de changer le projet de l'équipe. AG2R a toujours eu des coureurs de Grands Tours plutôt que de Classiques, mais depuis deux, trois ans, c'est en train de changer, et cette année le virage se fait complètement. L'équipe se sépare de Pierre Latour et de Romain Bardet et elle recrute des gros coureurs de Classiques.

 

Personnellement, je trouve que le projet est top. Greg Van Avermaet est très professionnel, il répond présent sur toutes les courses, il n'abandonne jamais, il est là sur les Classiques, il peut prendre le maillot jaune sur le Tour et le défendre... Pour moi c'est un bon choix. Certes, il a déjà 35 ans, mais quand on prend les résultats des Classiques de ces dernières années, c'est le plus régulier. Il était numéro un mondial il y a trois ans, il est champion olympique en titre, et en plus je pense que c'est un coureur qui va apporter beaucoup à la jeunesse de l'équipe. Les plus jeunes vont se nourrir de ce coureur pour vraiment progresser. Greg Van Avermaet est un leader emblématique, et je trouve que le choix de Vincent Lavenu est très intelligent. Avec les coureurs déjà en place comme Naesen et Dillier ajoutés à ceux qui arrivent, ça va envoyer du lourd l'année prochaine sur toutes les courses. Car quand tu es bon sur les Classiques, tu peux gagner n'importe quelle course ou presque. 

 

Depuis la reprise, Egan Bernal et Primoz Roglic semblent au-dessus des autres favoris pour le Tour de France. La Grande Boucle se résumera-t-elle à un duel entre ces deux hommes ?

Je préfère attendre le Dauphiné avant de me prononcer. Le Dauphiné sera très montagneux, même si sur le Tour de l'Ain on a vu que ces deux coureurs étaient au-dessus du lot. Maintenant, on est en "début de saison", le Tour, c'est dans trois semaines, et il va être dur pendant trois semaines. Il faudra être bon au début, maintenir sa forme et être bon à la fin. Avec une saison aussi particulière que celle qu'on est en train de vivre, on peut aussi s'attendre à plus de jours sans.

 

Pour conclure, il y a beaucoup d'incertitudes concernant Chris Froome. Sera-t-il sur le Tour ? Doit-il être sur le Tour ? S'il y est, quel sera son niveau ?

Je pense que Chris Froome est un coureur intelligent, donc si on lui dit d'aller sur le Tour dans tel rôle, il le fera, et si à un moment il y a l'opportunité de faire autrement, alors c'est la course qui décidera. En tout cas, Dave Brailsford peut réellement se poser la question : est-ce que, dans mes cartes, je n'ai pas mieux aujourd'hui que Chris Froome vu son niveau ? Le Dauphiné va apporter des réponses. Le Tour de l'Ain nous a montré qu'il n'était pas au top mais attention, c'était une course de reprise, il va sans doute progresser. Est-ce que Chris Froome sera au départ du Tour ou pas ? Pour Ineos, c'est une vraie question. Si tu mets Froome mais que tu ne le sens pas motivé, tu as tout intérêt à mettre un autre coureur qui lui va faire son boulot à 100%. Mais si ça se trouve, Froome s'entend très bien avec Bernal, et avec Geraint Thomas ils se sont mis d'accord pour dire que c'était tout pour Bernal. Nous, on ne voit que ce qu'on a envie de nous montrer, on n'est pas dans l'équipe, donc on ne peut pas savoir réellement ce qu'il se passe.

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Publié le par François BONNEFOY

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