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Chronique - Mangeas : «Gino Bartali, l'un des seigneurs du peloton» Photo : Sirotti / @Cyclismactu

Chronique - Mangeas : «Gino Bartali, l'un des seigneurs du peloton»

Ce mardi marque les vingt ans de la mort de Gino Bartali. Le légendaire coureur italien s'était éteint à l'âge de 85 ans le 5 mai 2000, après avoir réalisé l'une des plus grandes carrières de l'histoire du cyclisme. Vainqueur du Tour de France (1938, 1948) et du Giro (1936, 1937, 1946), l'ancien rival de Fausto Coppi a été l'un des acteurs majeurs du sport au cours d'une période historique particulièrement trouble. Daniel Mangeas replonge pour Cyclism'Actu dans la carrière de "Gino le Pieux", héros du sport italien mais aussi de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il a aidé à sauver des centaines de Juifs.

Avant Gino Bartali, Daniel Mangeas évoquait Marco Pantani

 

Pour vous, Gino Bartali, c'est...

Pour moi, Bartali, c'est en Italie, avec Coppi, un peu comme ce qu'on a connu en France avec Anquetil et Poulidor. C'était une Italie partagée en deux. Comme j'étais souvent avec Raymond Poulidor, Raymond avait une admiration sans faille pour Brtali. Il faut dire que leurs carrières se ressemblaient un peu au niveau de la longévité et au niveau de la popularité, parce que Bartali était une vraie icône en Italie. Ce que je retiens, c'est une carrière professionnelle qui s'étale sur une vingtaine d'années, un peu comme Raymond, qui avait commencé en 1960 et qui s'était arrêté en 1977. Gino Bartali avait commencé en 1935 et s'est arrêté en 1954, ça fait vingt années dans le peloton professionnel. Ce sont des carrières qui ont marqué plusieurs générations. Ce qui m'avait interpellé avec Bartali, c'est aussi qu'il a remporté sa dernière course amateur avec 17 minutes d'avance. C'était une autre époque, mais ces faits d'homme, ainsi que la longévité et l'amplitude de sa carrière, c'est impressionnant.

 

Bartali est d'ailleurs le seul coureur à avoir remporté le Tour de France à dix ans d'intervalle.

Tout à fait. Il a gagné le Tour en 1938 et en 1948, et il a réussi la même performance sur le Giro, où il a gagné en 1936 et en 1946. C'est vraiment un parcours d'exception. Il y a cette longévité, et le personnage. Je ne l'ai pas connu comme coureur parce que j'étais trop jeune, mais j'ai eu l'occasion de le croiser après avec son fils Andrea. C'était quelqu'un qui avait une grande gentillesse. On savait qu'il était très croyant, c'était quelqu'un qui avait une foi profonde et il mettait cette foi en pratique dans sa manière d'être et dans sa manière de se comporter. D'ailleurs, ses premiers sous étaient pour sa famille. Ils étaient quatre enfants et dans un premier temps, il n'a pas pensé à lui, il a pensé à sa famille.

 

Aujourd'hui, il reste l'un des géants du cyclisme italiens, mais surtout l'un de ses pionniers.

Oui, absolument. Il a couru avant et après la guerre, on lui a imposé de faire les Tours de France d'avant-guerre parce que Mussolini et le comité italien l'obligeaient à être au départ. Il y est allé mais on sait le comportement qu'il a eu puisqu'il a été Juste parmi les Nations, on connaît l'histoire des faux papiers et de l'argent qu'il passait dans les tubes de son vélo pour venir en aide aux Juifs. Au-delà du champion, ça a été un personnage hors norme, qui luttait contre le fascisme.

 

Il a notamment remporté deux Tours de France, trois Tours d’Italie, quatre Milan-San Remo et trois Tours de Lombardie. Qu'est-ce qui vous marque le plus de son palmarès ?

En général, dans un palmarès aussi riche que celui de Gino Bartali, les gens vont à l'essentiel, c'est-à-dire qu'il a gagné le Tour de France deux fois, à dix ans d'intervalle. Il faut aussi dire qu'il a été sept fois meilleur grimpeur du Giro, avec l'opposition qu'il y avait à l'époque. On parlait de la longévité de sa carrière, ce que je retiendrais c'est qu'il a été quatre fois champion d'Italie. Ce n'est peut-être pas ce qui est le plus connu mais il a obtenu son premier titre en 1935, et le dernier en 1952, c'est-à-dire à 17 ans d'intervalle ! C'est extraordinaire. On imagine les privations qui ont été les siennes pendant la guerre, et il a su se remotiver, alors que sa carrière avait quand même été mise entre parenthèses pendant de longues années. Non seulement il s'est remotivé, mais il a joué les premiers rôles. Et pendant de longues années. Evidemment, son nom est associé à Fausto Coppi. Un jour, le Pape reçoit Gino Bartali et celui-ci lui présente Fausto Coppi, qui était à l'époque champion du monde de poursuite. Il y avait une rivalité entre les deux champions, mais en même temps, vraisemblablement, un profond respect.

 

Gino Bartali fait partie de cette génération qui aurait pu, et qui aurait même dû, avoir un palmarès encore plus grand, mais qui a été coupée par la guerre.

Absolument, il fait partie de ces coureurs, comme Fausto Coppi et quelques autres. Quand on voit le volume de son palmarès, on imagine ce qu'il aurait dû être s'il n'y avait pas eu l'interruption causée par la guerre. Gino Bartali fait vraiment partie des seigneurs du peloton, par sa carrière mais aussi par son comportement.

 

L'une des particularités de la rivalité entre Coppi et Bartali est qu'à l'époque, on courait par nations, donc ils était à la fois coéquipiers et adversaires.

Exactement, ils ont été réunis sous la même bannière. Ce qui démontre qu'au-delà de leur rivalité et de leurs caractères respectifs, il y avait, même si ça ne s'est sûrement pas fait sans quelques petites blessures de part et d'autre, l'envie de représenter le pays et de faire briller le cyclisme italien, tout en s'opposant au régime qui était en place à l'époque.

 

Cette rivalité dépassait le cadre du sport puisque les deux hommes représentaient chacun une vision de la société : Bartali, fervent catholique, face à Coppi, plus libre par rapport aux moeurs de l'époque.

Gino Bartali était très pieux, alors que Fausto Coppi a défrayé la chronique avec la Dame Blanche. C'était deux styles opposés mais également deux personnalités différentes, mais que l'on peut mettre au même niveau en termes de classe et d'empreinte laissée sur le peuple italien.

 

Les deux hommes auraient d'ailleurs dû collaborer au sein de l'équipe San Pellegrino, mais ça ne s'est pas fait à cause du décès de Coppi en janvier 1960.

Quand cette association était sur le point de se faire, Fausto Coppi était en fin de carrière. Mais finalement, après s'être opposés, à l'hiver de leur vie sportive, leurs chemins se rencontraient, et ils allaient même évoluer sur la même route. Ça aurait été très fort de voir ça.

 

Bartali était une icône de l'anti-fascisme à son époque. Quand il gagne le Tour en 1938, il refuse d'ailleurs de faire le salut devant Mussolini. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Ça démontre qu'au-delà de sa gentillesse, c'était quelqu'un qui était fort dans ses convictions, qu'elles soient religieuses ou politiques. Il fallait oser faire ce qu'il a fait à cette époque-là ! Je pense que dans sa popularité, les performances sportives ont joué beaucoup, mais il y a également cette honnêteté intellectuelle qui a été reconnue par le peuple italien. C'est pour ça que d'emblée, il a joui d'une énorme popularité.

 

Le fait qu'il ait aidé à sauver des centaines de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ça ajoute encore plus à sa légende ?

Oui, il a été reconnu Juste parmi les Nations. Il a sauvé près de 800 Juifs. Il fallait oser parce que ça représentait un risque. Il ne fallait surtout pas se faire repérer quand il faisait passer les papiers dans son tube de selle. Bartali était une star, une icône, il aurait pu vivre tranquillement. Mais ce n'était pas dans son tempérament je pense. Quelque part, quand on connaît la foi profonde qui était la sienne, le traitement réservé aux familles juives a dû le révolter, ce qui lui a permis de s'impliquer totalement. Il a été reconnu pour les actes qu'il a réalisés, et c'est bien qu'il y ait eu cette reconnaissance, même si c'est arrivé tardivement.

 

Il n'a d'ailleurs jamais parlé de ce qu'il avait fait, ce n'est qu'après sa mort que l'on a appris ses actes pendant la guerre.

Ça correspond un peu au personnage. Il est décédé en 2000. Je le voyais régulièrement à Marseille, où les frères Bertrand, grands amis de Poulidor, organisaient les Gentlemen de l'amitié. Gino Bartali venait tous les ans. Il aurait pu se lâcher un soir et parler de ça, mais jamais il ne l'a fait. C'était son histoire. Il l'a gardée pour lui. J'ai l'impression que c'est quelque chose qui faisait partie de son intime. Je l'ai surtout rencontré quand on allait en début de saison sur le Tour du Haut-Var ou aux Gentlemen de l'amitié à Marseille. C'était quelqu'un qui était fidèle à ses convictions et comme il était ami avec les frères Bertrand, cette fidélité ne s'est jamais démentie au fur et à mesure que l'un et l'autre vieillissaient. La fidélité, je pense que c'est l'une des marque de Gino Bartali. La fidélité à ses convictions et à ses amitiés.

 

Pour finir, quelques mots sur Louison Bobet, qui a côtoyé Gino Bartali quelques années ?

Louison Bobet arrivait et il a fini quatrième du Tour que remporte Bartali en 1948. Je pense que quand il a croisé Coppi et Bartali, ça a été plus qu'une rencontre. Il a toujours été très attiré par l'Italie. Il a couru pour Bianchi, Bottechia et Ignis. Il s'inspirait beaucoup de Fausto Coppi, qu'il considérait comme un précurseur sur le plan de la diététique, entre autres. Il était plus jeune qu'eux, je pense que ces deux champions italiens ont été, quelque part, un exemple pour lui.

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Publié le par Quetin BALLUE

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