Chronique - La fiction Fabrice David sur... «Le Tour de l'Espace»
Chronique
Photo : @Cyclismactu / DR

Chronique - La fiction Fabrice David sur... «Le Tour de l'Espace»

Fabrice David, vous connaissez et vous avez visiblement aimé ses fictions sur Cyclism'Actu... alors elles sont de retour ! Avec son expérience journalistique, 23 ans au service des sports de TF1, avec sa polyvalence (reportages pour les Journaux Télévisés de 13h et 20h, les émissions Téléfoot et Auto-Moto, les magazines autour des Coupes du monde de football ou rugby, LCI), avec son savoir faire (storytelling, mise en récit, création de contenu vidéo et écrit) mais aussi avec son style (écrivain de polars et d'un livre d'humour), voilà la chronique Fabrice David... sa fiction sur Cyclism'Actu.

Vidéo -

 

Thomas Pesquet emmène grand braquet en tête du peloton. Il se décale légèrement vers la droite pour chercher, en bordure, l’abri du vent. Il se retourne machinalement pour vérifier qu’il ne coupe la route de personne. Il sourit de son reflexe. Il ne coupe la route de personne puisque… il n’y a personne. Ses collègues astronautes, les deux américains et le japonais, sont en pleine expérience sur les effets de l'apesanteur sur les organoïdes cérébraux. Puis ce sera à leur tour de faire un peu d’activité physique. Obligation de pratiquer au moins deux heures de sport par jour compte tenu de la perte de poids et de masse osseuse, là-haut, dans l’espace.

Pesquet ajuste son casque de réalité virtuelle. Il se « téléporte » sur la Terre… Dans ses yeux, les images d’une étape de plat, Granville-Mont Saint-Michel, filmée pour l’occasion. Quel beau défi que d’avoir adapté la technologie des casques virtuels dans cet environnement sans gravité ! Mais le spationaute originaire de Normandie n’est pas à ce point en manque de sa région natale. Il travaille à une mission très délicate dans la Station Spatiale Internationale. Un projet que lui a confié le président de la République lui-même ! Le rayonnement du pays est en jeu ! Et le défi totalement fou et excitant à la fois, pour tous les amateurs de l’événement planétaire qu’est le Tour de France et ses trois milliards de téléspectateurs dans le monde. 

La feuille de route ? Préparer la première étape du Tour de France 2022. Qui partira… De l’espace ! 2022 c’est demain !

Comment l’un des plus grands événements sportifs de la planète va épouser les progrès de la science et surmonter les défis technologiques les plus dingues ? Les départs de Dunkerque, d’Amsterdam, ou de Nice les années précédentes paraissent bien fades, à côté de celui prévu l’an prochain, au-dessus de nos têtes, au-dessus de la Terre !

Thomas Pesquet roule en cadence. Il a la socquette légère. La route est ensoleillée, dégagée. En 2022, c’est cette étape-là, Granville-Mont Saint-Michel, qui défilera dans les casques virtuels des 176 coureurs et fera office d’étape départ du Tour de France de l’Espace ! 50 kilomètres. Seulement ? En effet, la très faible gravité rend l’effort beaucoup plus difficile que sur terre. Impossible de « rouler » longtemps, même si le rythme cardiaque, en revanche, est comparable à celui d’en-bas. 

Donc, étape très courte. A peine deux heures. Ce n’est pas un chiffre au hasard. Deux heures, c’est la durée indispensable pour maintenir leurs muscles en forme dans un environnement sans la moindre pesanteur. 

On dit des blagues les plus courtes qu’elles sont souvent les meilleures. Et pourquoi pas, de temps en temps, la même théorie sur une étape du Tour ? 

« Si certains veulent mettre le feu très vite, qu’ils sachent que c’est fait pour… » disait Christian Prudhomme avant la courte 17eétape du Tour 2018, entre Bagnères-de-Luchon et le col du Portet (65 km). 

Qu’ils ne se gênent pas, quand ils seront là-haut !

 Il y en a eu, des discussions diplomatiques entre les régions, les départements, les hommes politiques influents, le ministère, pour entrer dans l’Histoire avec un grand H et un grand braquet ! 

« La première étape dans l’espace doit virtuellement partir de Toulouse ! » se sont insurgés les huiles du Conseil Général de la Haute-Garonne. « Ce serait logique, la cité de l’Espace est chez nous ! »

« Il faut honorer la ville natale de Thomas Pesquet, le héros qui fait tous les tests dans l’espace pour rendre possible ce défi fou ! », estiment les pontes de la Mairie de Rouen.

 

Et le « ravito » ? 

Pesquet est en immersion sur les routes du département de la Manche. Mais il est un peu à l’étroit dans la station ISS. Il se dit qu’il faudra l’agrandir un peu. Même beaucoup, pour y faire entre 176 coureurs. A priori, pas les directeurs sportifs. Ni le staff. 

Il ne ralentit pas, malgré une légère fringale. Il s’imagine secouer le peloton. S’il y a une attaque, il aura le coup de jarret. C’est ce dont il faut se persuader quand on est tout seul, tout là-haut. Histoire de se créer une adversité, même virtuelle !

« Au fait, les ravitaillements ! »

Même sur deux heures de course, il en faudra un. Les conditions sont si particulières, si épuisantes. 

Problème : pas possible d’emmener à bord des barres de céréales. Comme pour le pain, c’est interdit car trop dangereux ! En effet, en croquant dans une barre ou en la coupant en deux, cela provoque des petites miettes. Et avec l’absence de gravité, elles flotteraient dans les airs ! Le risque est que les astronautes pourraient les inhaler et s’étouffer. Mais aussi, elles pourraient s’infiltrer dans des appareils et ainsi être à l’origine d’incendies.

Thomas Pesquet réfléchit tout en tentant de flinguer la course avec des démarrages à tout va. L’an prochain, ils ne plaisanteront pas ! Tous les coureurs rêveront de gagner cette étape forcément mythique.

« Et s’il était virtuel ce ravito ? Pas de musette… Des injections de céréales et des capteurs de goût sur la langue. Je ne vois que ça », conclut le spationaute Français. 

Robert Shane Kimbrough et Akihiko Hoshide, deux des trois autres spationnautes qui accompagnent Pesquet pour cette mission à bord de Space X, jouent les supporters en bord de route. Au passage du cycliste qui file devant eux, ils se penchent et serrent les poings en l’encourageant. L’Américain et le Japonais ont vu faire, à la télé. Tout à ses pensées, Thomas ne les aperçoit pas, avec son casque virtuel sur les yeux. 

« Ou alors des concentrés dans des boites métalliques en alliage super-léger. Mais comment faire attention aux miettes quand on mange en plein effort ? »

Lui a eu droit, le premier jour, à du poulet-purée. Pas facile à manger quand on joue des coudes dans le peloton qui file grand train… Du riz en cachet ? Ou en perfusion ? 

Et ce n’est pas la seule interrogation sur les conditions particulières du cyclisme spatial. Comment vont réagir les coureurs quand ils se rendront compte qu’en apesanteur, les muscles ne supportent plus le poids du corps. Ils vont flotter sur leurs pédales ! Pesquet imagine un Wout Van Aert comme en lévitation, lui qui a l’habitude d’emmener de la braquasse ! Ca va lui faire drôle au costaud belge ! 

Mode d'emploi : il faut d’abord placer les pieds sur des pédales à brides. Puis enfiler le harnais dorsal pour rester en place. Et tenir le guidon pour rester en équilibre sur l'appareil.

Un petit tour de pédale pour l’homme, une étape immense pour l’Humanité ! 

 

Les anciens sont verts de rage !

Qu’il mange de la luzerne ou reste au chaud calé dans le peloton, Guillaume Martin, le diplômé de philosophie du peloton, va s’en poser des questions existentielles. Pensera-t-il à ce que dit Kant, pour qui l'espace est un mode de notre perception et non un attribut du monde physique ?

Cette étape dans l’espace, c’est l’affaire du siècle. Jusqu’au sommet du Tourmalet, des témoins auraient, parait-il, entendu gronder les glorieux anciens qu’ils étaient prêts à donner toutes leurs médailles pour rajeunir de quelques années et avoir le droit de la courir, celle-là ! L’organisateur du Tour à reçu des mails, des courriers, des pigeons voyageurs, des suppliques, des prières ! Une lettre postée de Belgique, tiens. Signée Eddy Merckx. Né cinquante ans trop tôt. 

Ça disait : « Un cannibale, même en apesanteur, reste un cannibale ! » 

L’un des plus grands coureurs de l’histoire, surnommé ainsi parce qu’il gagnait tout, raflait tout, aurait tant voulu remporter sa trente-cinquième étape sur le Tour de France. La plus belle, la plus folle. Il explique avoir contacté les plus grands scientifiques pour retrouver ses cuisses de vingt ans et s’aligner en 2022. Parce que le palmarès d’Eddy Merckx donne le vertige aux adversaires. Et avoir le vertige quand on est tout là-haut, à 400 km, c’est le meilleur moyen de tomber… Il aurait peut-être gagné par abandon ! Chute collective du peloton de 400 km depuis l’espace pour cause de vertige de voir « le cannibale » sur la ligne de départ ! Eddy Merckx vainqueur !

Pas de réponse. 

Une autre légende du vélo a fait savoir qu’en tant que familier des hauteurs et pour services rendus à la patrie et au Tour, tant il a fait frissonner dans les chaumières, il solliciterait bien une petite dérogation pour mettre un coup de meule en orbite. Il en a collectionné, des maillots à pois ! Grimper dans l’espace cela ne lui fait pas peur, car il en a grimpé d’autres ! Richard Virenque a toujours eu du panache, mais là, cela aurait carrément de la gueule. Le doigt tendu, comme en 2000, quand il passe la ligne au bout de l’étape Courchevel-Morzine ! 

Mais là encore, pas de réponse. Pas de nouvelles, mauvaise nouvelle, en l’occurrence. 

Et le Blaireau ? Les conditions extrêmes, il connait ! Dans son mail, il a évoqué 1980… Revenu de l’Apocalypse lors de « Neige-Bastogne-Neige », surnom de cette course glaciale et folle… Bernard Hinault passe la ligne d’arrivée en vainqueur, en héros, en surhomme. A peine zéro degré, de la brume, le froid au plus profond de sa chair. Alors l’espace, tu parles. Les doigts dans le nez, en fumant le cigare et sans même avoir besoin de faire chauffer les onze dents ! 

Fin de non-recevoir pour le quintuple vainqueur du Tour.

Thomas Pesquet rentre dans le peloton imaginaire de son casque virtuel. Il se dit qu’il y a encore un sacré obstacle à surmonter, plus grand qu’un col hors-catégorie. En effet, la résistance psychologique à l’isolement et à l’enfermement est cruciale, au-delà même de l’usure physique. Il faut donc impérativement prévoir un voyage au plus court pour les 176 coureurs du Tour. Afin qu’ils retrouvent très vite la terre ferme et la deuxième étape. Mais il y a un temps incompressible. Vingt-trois heures aller. Obligation d’avoir une phase de sommeil pendant le voyage. Et surtout les sprinteurs. Elle est faite pour eux, cette première étape !

« Je suis curieux de savoir qui va la gagner, celle-là », s’impatiente le spationaute français.

Sam Bennett ? Alexander Kristoff ? Thomas Pesquet a bien envie d’être un peu chauvin, sur ce coup-là… Arnaud Démare ? Bryan Coquard ? Ou Peter Sagan ? En retrait des classiques en 2021, il est présent en revanche sur les courses à étapes. Qu’en sera-t-il en 2022 ? La rockstar du cyclisme international, premier vainqueur de l’espace... Cela aurait un certain cachet. 

Une dernière angoisse. Les coureurs du Tour seront-ils désorientés en pédalant la tête à l’envers ? Lorsque’on gagne une étape du Tour, on a la tête dans les étoiles, donc cela ne changera pas grand-chose. 

Quand on pense que dans ses premières années, le Tour de France empruntait le même tracé d’une année sur l’autre. Entre 2021 et 2022, il va y avoir une sacrée différence. De 400 km. A l’échelle du Tour, ce n’est rien ! Sauf que ces kilomètres-là, ils sont au-dessus de la tête.

Thomas Pesquet se sent un peu seul, là-haut, à mener ses expériences scientifiques. Six mois, c’est long. Alors il vient de s’accorder une jolie promenade de la pensée en imaginant ce départ du Tour depuis l’espace. Il a bien aimé. Il descend de vélo. Parce que c’est vrai, il en fait du vélo, là-haut, avec ses acolytes astronautes pour éviter l’atrophie musculaire en apesanteur. En revanche, pour le peloton du Tour, ce n’est pas demain la veille. Le spationaute français a du travail. Aujourd’hui, c’est « Cerebral Ageing », c’est-à-dire l’étude des mécanismes de vieillissement du cerveau, à l’échelle moléculaire.

Le Tour, lui, partira de Brest le 26 juin. Même si les coureurs regardent vers en-haut, ils ne verront pas Thomas Pesquet qui les surveillera du coin de l’œil, à 400 kilomètres au-dessus de la Terre. Avec une petite idée derrière la tête. 

Vous avez aimé cet article, partagez le ! 

Publié le par Fabrice DAVID

Vos pronostics et vos paris cyclistes c'est ici

Ces pronostics sont donnés à titre indicatif. Vous ne saurez engager la responsabilité de l'auteur quant aux résultats des courses. Les cotes sont susceptibles de changer jusqu'au départ. «  Jouer comporte des risques : endettement, dépendance… Appelez le 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé) »

Publicité



News

Transferts

Publicité

Sondage

Qui va remporter le Tour de France ?



















Partenaires

Publicité
Publicité