Bilan 2019
Bilan 2019 - Vos, Wiebes et Van Vleuten reines de l'année Photo : UCI / Velofocus / Mitchelton-Scott

Bilan 2019 - Vos, Wiebes et Van Vleuten reines de l'année

Ce n'est pas une nouveauté, les Pays-Bas dominent le cyclisme féminin sur route depuis plusieurs années. Classiques, montagne, contre-la-montre, sprint : les Néerlandaises affirment leur suprématie dans tous les domaines avec des générations différentes. En effet, si les championnes expérimentées gagnent toujours autant, la relève est déjà présente. Pour être plus précis, la saison 2019 a été particulièrement marquée par cinq coureuses qui ont raflé à elles seules 56% des courses World Tour et 62,5% des épreuves du World Tour (classements généraux ou classiques). Parmi elles, quatre Néerlandaises mais aussi une Italienne qui a réalisé la meilleure saison de sa carrière.

Annemiek van Vleuten championne du monde 2019

Annemiek van Vleuten sur le toît du monde

Il y a peu de montagne dans le cyclisme féminin, mais s'il devait y avoir un titre de meilleure grimpeuse du monde il serait facilement attribué. Dès que la route s'élève Annemiek van Vleuten se dresse sur les pédales et fait mal à ses collègues. Elle avait surtout dominé les courses à étapes les deux années précédentes et ce fut encore le cas en 2019 avec une démonstration sur le Giro Rosa qu'elle remporte pour la seconde fois en écoeurant ses rivales dans la montée vers le lac de Cancano puis le lendemain sur le cronoscalata de Teglio. Cette saison a aussi marqué son retour au premier plan sur les classiques avec une victoire dès sa première course sur les Strade Bianche puis en enchaînant des deuxièmes places sur le Tour des Flandres, l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne. Elle conclut sa campagne par une victoire en solitaire sur Liège-Bastogne-Liège après s'être isolée dans la côte de la Redoute : un scénario que l'on aurait bien voulu voir dans la course masculine.

Le grand vide de son palmarès restait la course en ligne des championnats du monde. Elle s'était fracturée le tibia à Innsbruck (tout en terminant 7e de la course) sur un parcours idéal pour elle. Au Yorkshire, le tracé paraissait favorable à Marianne Vos mais Van Vleuten, revancharde après avoir perdu son titre en contre-la-montre, s'est lancée dans une offensive d'un autre temps dans Cray Hill où elle a lâché tout le monde comme à la Redoute cinq mois plus tôt, sauf que cette fois il restait 105 kilomètres à parcourir! Ses rivales ne la reverront qu'après l'arrivée. Cette échappée solitaire victorieuse rentrera dans la légende tant il est rare de voir ce genre de performance dans le cyclisme moderne.

 

Marianne Vos de retour à son meilleur niveau

Avec 19 victoires dont 11 en World Tour, Marianne Vos est la femme qui a le plus gagné sur la route en 2019. Après une campagne de cyclo-cross solide (7 victoires et le classement général de la Coupe du Monde), elle a semblé un peu juste lors des classiques du printemps malgré un succès à Cittiglio sur le Trophée Binda. Ce n'est qu'à partir du mois de mai que la machine à gagner est repartie avec un succès au Tour de Yorkshire dans des conditions difficiles puis une victoire d'étape au Women's Tour, qu'elle abandonne sur chute le lendemain alors qu'elle menait le classement général. La "Cannibale" a ensuite été irrésistible : quatre étapes du Giro Rosa, La Course by Le Tour de France, trois étapes et le classement général du Tour de Norvège puis cinq étapes et le classement final du Tour de l'Ardèche. Ces succès sont obtenus dans des styles différents : sprint, punch, échappée lointaine, attaque tardive en résistant au peloton... Marianne Vos a étalé sa classe durant l'été, faisant d'elle la favorite pour le titre mondial.

Pourtant, alors que Van Vleuten était partie dans Cray Hill, Vos a calé sous les accélérations de Lizzie Deignan et n'a donc pas fait partie de la contre-attaque qui s'est jouée les médailles. Piégée dans le peloton avec interdiction de rouler sur ses compatriotes, elle a dû se résoudre à régler (facilement) le sprint pour la sixième place. Après ce semi-échec, Marianne Vos a eu le mérite de faire le voyage en Chine dans le but d'aller remporter le classement individuel du World Tour, mené alors par Van Vleuten. En finissant troisième du Tour de Guangxi, elle atteint cet objectif qui récompense sa meilleure saison depuis son fameux passage à vide de 2015.

 

Lorena Wiebes n°1 mondiale à 20 ans

Lorena Wiebes s'était déjà faite remarquée en brillant chez les juniors puis lors de sa première saison professionnelle en obtenant trois victoires et de nombreuses places d'honneur. En 2019, la jeune sprinteuse est pleinement entrée dans l'élite du cyclisme féminin avec 15 victoires. Après des débuts difficiles à cause d'une chute sur l'Omloop Het Nieuwsblad, elle s'est lancée par un succès au Nokere Koerse avant de finir deuxième à La Panne puis à Gand-Wevelgem, à chaque fois battue par Kirsten Wild. Elle obtient ses premiers succès en World Tour sur le Tour de Chongming Island où elle réalise le grand chelem : les trois étapes plus le classement final. Au mois de juin, elle gagne coup sur coup la course en ligne des Jeux Européens puis celle du championnat des Pays-Bas en devançant à chaque fois Marianne Vos.

En août, Wiebes s'impose à Londres après déclassement de Kirsten Wild : un succès difficile à apprécier qui est vite gommé par ses performances au Tour de Norvège et au Boels Ladies Tour où elle remporte des étapes mais se classe aussi 5e et 2e du général en démontrant des qualités de puncheuse. Au Boels Ladies Tour, elle prend enfin l'avantage sur Wild qu'elle bat deux fois. Ces courses montrent que Wiebes n'est pas qu'une sprinteuse et qu'elle peut briller dans des épreuves plus exigeantes même si elle reste encore un peu juste dans les ascensions face aux grandes championnes. Le potentiel est immense.

Lorena Wiebes termine la saison meilleure jeune du World Tour et n°1 mondiale, notamment grâce à ses performances lors des semi-classiques (Omloop van Borsele, Flanders Diamond Tour, etc.) que les coureuses du World Tour n'ont pas couru. En effet, il faut préciser que toutes ces performances ont été obtenues au sein de l'équipe Parkhotel Valkenburg qui ne fait pas du tout partie des grosses écuries du peloton. Cette formation est connue pour permettre aux jeunes coureuses de se développer. Wiebes n'est d'ailleurs pas l'unique révélation de l'année : il faut citer Demi Vollering qui a fini 3e de Liège-Bastogne-Liège et remporté le Tour d'Émilie. Plusieurs équipe, en particulier Sunweb, désiraient recruter Wiebes en 2020 mais celle-ci est encore sous contrat pour deux années avec Parkhotel Valkenburg. L'intéressée a très clairement indiqué son désir de partir, argumentant qu'une trop grande pression serait mise sur ses jeunes équipières. Pour l'heure, Wiebes reste chez Parkhotel Valkenburg.

 

Anna van der Breggen toujours forte mais moins dominante

L'année 2019 d'Anna van der Breggen a été à l'image de son équipe Boels Dolmans qui reste globalement la meilleure du monde mais qui ne domine plus outrageusement la concurrence comme c'était le cas l'année précédente. Cela s'est vu sur les classiques où les femmes en orange, dont Van der Breggen, ont perdu les Strade Bianche et le Tour de Drenthe alors qu'elles étaient en supériorité numérique manifeste dans le final. Le championne olympique a tout de même fait briller son maillot arc-en-ciel avec une cinquième victoire consécutive au sommet du Mur de Huy sur la Flèche Wallonne : une performance inédite aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Elle a ensuite gagné avec autorité le Tour de Californie en faisant la différence dès le premier jour à Ventura puis en assurant le lendemain au Mont Baldy où elle laisse l'étape à son équipière Katie Hall.

On attendait un grand duel entre elle et Van Vleuten sur le Giro Rosa. Il n'y a pas eu de suspense pour le classement général que Van Vleuten a nettement gagné mais Van der Breggen a mieux fini la course, donnant lieu à une passe d'armes magnifique entre les deux femmes sur les pentes de l'Altopiano di Montasio dans un remake inversé de La Course by Le Tour de France 2018. Cette fois, Van Vleuten a attaqué la première mais c'est Van der Breggen qui a eu l'étape, terminant également deuxième du général. En fin de saison, elle gagne en solitaire le Grand Prix de Plouay qui manquait à son palmarès. Aux Mondiaux du Yorkshire, elle parvient à battre Van Vleuten sur le contre-la-montre mais est largement dominée par Chloé Dygert : c'est une quatrième médaille d'argent en cinq ans pour elle dans cette discipline. Elle obtient encore l'argent quelques jours plus tard sur la course en ligne après avoir couvert fidèlement l'échappée de Van Vleuten.

 

Marta Bastianelli, la madre volante survole les pavés

Marta Bastianelli avait déjà réussi une belle saison 2018 mais s'était illustrée essentiellement dans le registre du sprint. En 2019, l'Italienne a fait honneur au maillot de championne d'Europe puis au tricolore de championne d'Italie en remportant onze succès dans des styles variés. Elle a fait forte impression dès sa première course sur l'Omloop Het Nieuwsblad en suivant les meilleures dans le Mur de Grammont : une position que l'on attendait pas de sa part. Elle n'est que 2e à Ninove mais gagne dès le lendemain sur l'Omloop van het Hageland. Elle confirme peu après en World Tour : 4e des Strade Bianche puis victoire sur un très difficile Tour de Drenthe marqué par la boue, le vent et la pluie où elle bat Chantal Blaak et Ellen van Dijk. Lors du Tour des Flandres, elle prend la bonne échappée formée en costaude dans le Vieux Kwaremont puis résiste à Annemiek van Van Vleuten et Cecilie Uttrup Ludwig dans le Paterberg avant de les battre au sprint et signer l'une des plus belles victoires de sa carrière.

Difficile de faire mieux que sa campagne sur les classiques du nord. Toutefois, le reste de sa saison sera solide : après l'Amstel Gold Race (8e), elle délaisse le World Tour pour des épreuves plus modestes. Elle gagne en mai sur la Gracia Orlova (deux étapes et le général) puis sur le Tour de Thuringe (une étape). Elle ne fait pas le Giro Rosa, trop montagneux, ni La Course by Le Tour de France. Le pari est gagnant : elle remporte son titre national fin juillet. Le mois suivant, elle obtient son troisième succès de l'année sur une classique du World Tour à Vårgårda en battant au sprint une Marianne Vos au top de sa forme. Sur Tour de l'Ardèche, elle s'impose à Saint-Félicien après une échappée solitaire de plus de 50 kilomètres sur un terrain escarpé qu'elle conclut avec sept minutes d'avance sur ses poursuivantes. Elle achève sa magnifique année par une solide 7e place aux Mondiaux puis une victoire sur le Grand Prix Bruno Beghelli où elle prend de vitesse Lorena Wiebes. En dépit de ces nombreux succès (et de ceux de ses équipières), Marta Bastianelli n'a pas sauvé son équipe Virtu qui a arrêté son sponsoring. Elle retournera dans son ancienne formation Alé BTC Ljubljana en 2020.


Quelques mentions honorables

Parmi les performances marquantes qui n'ont pas été citées, le titre mondial de Chloé Dygert au contre-la-montre des championnats du monde a beaucoup impressionné. L'Américaine de 22 ans a corrigé les Néerlandaises qui se sont vengées sur la course en ligne où Dygert a été la seule menace réelle à leur suprématie. Le principal objectif de cette dernière est la poursuite sur la piste pour les Jeux olympiques de Tokyo, sa carrière sur route est encore annexe et cantonnée au continent américain avec des compétitions exigeantes mais à la concurrence moins rude qu'en Europe.

Katarzyna Niewiadoma a été souvent dominée par l'armada néerlandaise durant la saison mais a su s'imposer à plusieurs occasions sur des courses prestigieuses. On retient sa victoire sur l'Amstel Gold Race dans un final à suspense où elle avait attaqué dans le Cauberg puis résisté de justesse au retour d'Annemiek van Vleuten après une poursuite de deux kilomètres. La Polonaise manque encore de constance en haute montagne pour briller sur le Giro Rosa, où elle a tout de même porté le maillot rose pendant quatre jours.

Les Allemandes ont effectué une belle saison d'ensemble dans leur style de rouleuse-sprinteuse : on a retrouvé Lisa Brennauer à un bon niveau (victoires au Madrid Challenge et sur le Festival Elsy Jacobs notamment) et la jeune Lisa Klein (23 ans) a passé un cap. Elle a obtenu sept victoires dont les classements généraux de l'Healthy Ageing Tour, du BeNe Ladies Tour plus un succès en World Tour sur le Boels Ladies Tour (3e au général). Accompagnées par Mieke Kröger, Brennauer et Klein ont fait le meilleur temps sur le relais mixte des Mondiaux devant les Néerlandaises, sauvant une médaille d'argent pourtant compromise par une performance moyenne des hommes.

Alors que la jeunesse pousse, Kirsten Wild reste au sommet du sprint et est toujours capable de combiner la route et la piste avec succès. Championne du monde de l'Américaine et de l'Omnium (mais pas de la course aux points), elle est quasi invincible dans ces disciplines. Sur la route, elle a gagné six victoires dont Bruges-La Panne et Gand-Wevelgem. Sa fin de saison moyenne nous empêche de nous extasier mais sa longévité impose le respect,... et elle ne compte pas arrêter.

 

Et les Françaises dans tout cela?

Depuis que Pauline Ferrand-Prévot s'est désintéressée de la route, la France manque d'une grande leader capable de rivaliser au plus haut niveau. La situation est connue et n'est pas nouvelle. Au point de vue comptable, le bilan est pauvre : quatre victoires individuelles (hors championnats), toutes obtenues dans des courses de Classe 2. Il est toutefois réducteur de s'arrêter à ce constat. Tout d'abord, la France n'est pas la seule nation dans ce cas au sein d'un cyclisme féminin outrageusement dominé par les Pays-Bas. Seules l'Italie, l'Allemagne, les Etats-Unis et l'Australie rivalisent décemment, les autres ne sauvent l'honneur pour la plupart que grâce à une ou deux grandes championnes. Cette disparité montre que de nombreux pays, dont la France, ont de gros progrès à faire dans le développement du cyclisme féminin sur route.

Plusieurs Françaises sont reconnues dans le peloton international pour leur travail d'équipière dans de grandes équipes. On pense en premier lieu à Aude Biannic chez Movistar, Juliette Labous chez Sunweb et Audrey Cordon-Ragot chez Trek-Segafredo. Cette dernière a d'ailleurs effectué une année 2019 très solide avec plusieurs victoires : la première en solitaire sur Drentse 8 van Westerveld puis le classement général du Tour de Bretagne sous les couleurs tricolores. Elle a aussi fait partie de l'équipe Trek-Segafredo vainqueure en World Tour sur le contre-la-montre par équipes de Vårgårda et fini troisième du Tour de Belgique. Du côté de FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope, le mois d'août a été porteur d'espoir : Eugénie Duval a rivalisé en World Tour sur le Tour de Norvège (11e), à Plouay (11e) et sur le Boels Ladies Tour (5e de la dernière étape). Coralie Demay a apporté l'une des deux victoires de l'équipe en 2019 en gagnant en solitaire La Périgord Ladies

Les sprinteuses ont eu plus de difficultés. Roxane Fournier tourne autour d'un grand succès mais il lui manque toujours quelque chose pour battre les meilleures : neuf tops 5 cette année dont des troisièmes places en World Tour une étape du Women's Tour et à Madrid. Elle quitte Movistar pour rejoindre la nouvelle formation Casa Dorada en 2020. Pascale Jeuland tire sa révérence à 32 ans après une dernière saison discrète mais correcte : 10e du Tour de Chongming, 3e au Grand Prix de Fourmies et 3e au Grand Prix d'Isbergues.

Le grand motif d'espoir est l'arrivée progressive de jeunes coureuses qui tâtent déjà le haut niveau. Le grand public a découvert Jade Wiel, championne de France à 19 ans après une longue échappée en compagnie de Marie Le Net. On parlera bientôt de Clara Copponi, la sprinteuse deuxième du Grand Prix d'Isbergues. En World Tour, Juliette Labous a été la meilleure jeune du Giro Rosa (11e du général) tout en roulant pour sa leader Lucinda Brand. On retient sa 5e place sur le contre-la-montre de Teglio. Autre grimpeuse, Évita Muzic s'est bien comportée dans les classements des jeunes, remportant le fameux maillot distinctif sur l'Emakumeen Bira (14e du général) et au Tour de l'Ardèche (13e). La championne de France espoir a régulièrement terminé dans le top 40 des épreuves du World Tour : des résultats certes modestes mais elle n'a que 20 ans.

Pour conclure, notons la croissance des équipes UCI féminines françaises. FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope vise le World Tour dès 2020. Forte d'une belle première année marquée par la victoire de Gladys Verhulst sur la Picto-Charentaise, l'équipe Charente-Maritime Women Cycling continue l'aventure avec un effectif renforcé en particulier par la championne de France du contre-la-montre Séverine Éraud. Enfin, Arkéa Pro Cycling a annoncé la création d'une équipe féminine pour la saison la prochaine.

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Publié le par François D'Hubert

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