Tour des Flandres
Tour des Flandres - Toutes les clés du Ronde ! Photo : Antoine PLOUVIN

Tour des Flandres - Toutes les clés du Ronde !

 

Le départ du Tour des Flandres 2014 à Bruges

TDFPlus de 100 ans d’histoire. Tout un peuple derrière ce sport qui, le temps de la période des classiques occupe toutes les Unes des titres sportifs et généralistes, devant le football. Pas de doute, le Tour des Flandres est bien la classique la plus populaire ! C’est aussi, avec Paris – Roubaix, l’une des plus dures. Et qu’on soit pour ou contre, on ne peut pas dire que la délocalisation de l’arrivée de Meerbeke (jusque 2011) à Oudenaarde ait inversé les rapports de force. En deux éditions arrivant à Oudenaarde, les vainqueurs sont… Tom Boonen et Fabian Cancellara. Cette année, l’arrivée ne bouge pas. Mais le parcours subit quelques évolutions.

 

Parcours

 

-       Les deux dernières difficultés restent le Oude Kwaremont et le Paterberg, mais c’en est fini de la boucle à effectuer deux fois avant de faire les 13 kilomètres qui séparent ce dernier sommet de la ligne d’arrivée ;

-       Le Koppenberg est toujours précédé d’un premier passage par le Oude Kwaremont, et le Paterberg, mais le sommet dudit Koppenberg est ramené de 65 à 44 kilomètres de l’arrivée.

Le but est d’éviter une course trop cadenassée, comme celle que nous avons vécue l’an passé. A 60 kilomètres, les routes vont se rétrécir et vont laisser place à une succession rapprochée de difficultés, à commencer par le Oude Kwaremont, avant de rejoindre le Paterbeg, le fameux Koppenberg, Steenbeekdries (précédé du pavé de Mariaborreestraat) et enfin le Taaienberg, situé à 37 kilomètres de l’arrivée. Il y a ensuite, une longue transition de 20 kilomètres, où ne figure qu’une difficulté, le Kruisberg (en plein milieu de cette transition). Alors, est-ce que cela va rendre la course plus ouverte ?

Pour les outsiders, il sera difficile d’attendre la dernière succession Oude Kwaremont – Paterberg (toujours à 13 kilomètres de l’arrivée), car ce sera alors l’explication entre les plus costauds, et seul le(s) plus fort(s) (s’ils sont épargnés par la malchance) pourra/pourront se débarrasser de leurs adversaires, comme l’avait fait Cancellara l’an passé.  C’est le point critiqué de ce parcours. La proximité des deux dernières difficultés (isolées des précédentes), a permis, ces deux dernières années, aux plus forts de s’imposer. Mais, en même temps, cette proximité a tendance à bloquer la course. Alors que sur un Grand Prix E3 Harelbeke, les plus forts s’imposent, la distance de la dernière « vraie » difficulté (le Oude Kwaremont) était de 50 kilomètres jusqu’à cette année, où elle est passée à 30. Et les dernières éditions de ce Grand Prix E3, et notamment la toute dernière, ont été de toute beauté !

 

Plateau

 

Favoris

Ils sont trois, d’après les spécialistes et les principaux sites de pronostiques.

 

TDFFabian Cancellara est le vainqueur sortant. Il est en forme, c’est une certitude. Son palmarès est encore vierge cette année. Mais sa deuxième place sur un Milan – San Remo, qui n’a jamais été aussi peu dessiné pour lui, et son impressionnante remontée lors du dernier Grand Prix E3, après qu’il ait été piégé par une chute, font de lui l’homme à craindre et l’homme à battre. Fort d’une grosse équipe, avec en capitaine de route, un double vainqueur du Ronde, Stijn Devolder, le jeu de Cancellara, l’an passé, avait été de faire rouler son équipe pour cadenasser la course, et produire son ultime effort une première fois dans le Kwaremont, puis une seconde fois, définitive, dans le Paterberg. C’est effectivement la meilleure solution quand on est le plus fort. Mais « Canc’ » a laissé sous-entendre en conférence de presse, qu’il pourrait durcir la course avant. La peur de Cancellara pourrait, en effet, être de se retrouver, comme à l’E3, piégé par une chute avant de pouvoir produire son effort. Comme l’a fait remarquer le Champion Suisse, la bonne forme globale du peloton fait qu’on retrouve encore de gros pelotons, compacts, et donc soumis aux risques de chute, dans les moments où, les années précédentes, une première sélection s’était déjà opérée.

- Peter Sagan a remporté sa première « vraie » Flandrienne il y a neuf jours, le Grand Prix E3 Harelbeke. Il s’est imposé au terme d’une course spectaculaire, où il n’a pas été épargné par la malchance. Il a dû changer de vélo à deux reprises, rouler 40 kilomètres avec un vélo pas à ses côtes, et livrer de gros efforts pour revenir et remonter le peloton après ses changements de vélo. Il affirme ne pas avoir un plan bien précis en tête. Le jeune Slovaque de 24 ans est en effet un coureur qui marche plus à l’instinct. C’est l’une de ses grandes forces. Il ne sera pas le plus observé des prétendants. D’autant que, contrairement à Omega Pharma et Trek, il n’a pas une très grosse équipe derrière lui.

Tom Boonen… Il est la grande inconnue de ce Tour des Flandres. Il a remporté Kuurne – Brussel – Kuurne après être passé à côté de son Omloop Het Nieuwsblad (la seule Flandrienne qui manque à son palmarès). Il a vécu un coup dur personnel, avec la fausse couche de sa compagne Lore, le plongeant dans de sombres moments et le privant de Milan – San Remo. Il est revenu à la compétition sur A Travers les Flandres. Tombé, lui aussi, sur l’E3, il s’est blessé au pouce, mais visiblement sa blessure ne l’handicape plus. C’est en tout cas ce qu’il déclarait vendredi. Il n’a pour l’instant rien montré de ses capacités. C’est un immense champion, respecté par tout le peloton qui met en garde contre les immenses ressources du triple vainqueur du Ronde et quadruple vainqueur de Paris – Roubaix. Mais pour l’instant, on ne sait pas ce dont il sera capable. Sa grande force sera aussi son impressionnante équipe.

 

Outsiders de choix

 

TDFNiki Terpstra, justement. Un autre Omega. Il a remporté le Tour of Qatar. Sans la crevaison de Lars Boom sur le Het Nieuwsblad, il aurait sans doute fait partie du trio qui allait se disputer la victoire. Il a remporté A Travers les Flandres et terminait deuxième de l’E3 il y a une semaine. Il n’a pas couru Milan – San Remo, alors il a fait les 3 Jours de La Panne, où tout le monde s’attendait à ce qu’il gagne, mais il est un peu passé à côté de son contre-la-montre (laissant la victoire à son coéquipier Guillaume Van Keirsbulck). Une chose est sûre. Il est dans une grande saison. A l’instar d’un Stijn Devolder, lors de ses deux victoires, Terpstra pourrait profiter de sa position d’outsider au sein de l’impressionnante armada Omega Pharma – Quick Step, derrière Tom Boonen. C’et là la grande force de l’équipe de Patrick Lefévère cette année. D’un côté Boonen est le grand leader de l’équipe, il est redouté, de l’autre, Tersptra est l’un des coureurs les plus forts de cette année, et cela lui donne plus de marge de manœuvre.

 

Geraint Thomas. Nous lui avions consacré un article après l’E3 Harelbeke (lire ici). C’est lui qui avait provoqué la sélection sur le Kwaremont. Il est, lui aussi, dans une grande saison, qui a connu un intermède avec sa chute sur Paris – Nice, alors qu’il bataillait pour la victoire finale. On ne parle pas beaucoup de l’Anglais. De un, dans l’équipe Sky, Ian Stannard était le numéro 1 après sa victoire au Omloop Het Nieuwsblad, mais il est tombé à Gent – Wevelgem et il est out pour ce Tour des Flandres. De deux, en Belgique, un Britannique n’est pas dans les principales préoccupations. De trois, on parle plus de la participation du vainqueur du Tour de France 2012, et Champion Olympique du chrono’, Bradley Wiggins. Mais il ne faut pas l’oublier ! Thomas est fort, sans complexe, et il est fougueux. Il nous a promis d’être offensif, mais même dans le cas d’une course bloquée, rien ne nous dit qu’il ne saurait pas suivre les meilleurs dans le Kwaremont et le Paterberg.

 

Sep Vanmarck : Il est la carte de rechange « pour les Belges ». Deuxième l’an passé de Paris – Roubaix, pour un rien, derrière Fabian Cancellara, il a été impressionnant sur le week-end d’ouverture… Mais sans victoire. Quatrième du Nieuwsblad, le lendemain à Kuurne, son équipe Belkin et Omega Pharma faisaient une démonstration de force. Son coéquipier Hofland échouait à la deuxième place derrière Boonen et Vanmarck finit troisième. A Harelbeke, il prend la cinquième place en réglant le sprint du premier groupe derrière le quatuor qui s’est disputé la victoire. Le lendemain à Wevelgem, il fait quatre du sprint derrière Sagan. Il est fort et il va vite ! Il était à la limite des larmes quand il s’était fait battre par Cancellara à Roubaix l’an passé, alors qu’il est intrinsèquement plus rapide. Cette année, il n’a pas la faveur des pronostiques, mais beaucoup de monde n’hésite pas à le placer comme troisième homme dans la lutte pour la gagne avec Sagan et Cancellara et donc devant Boonen. On nous accusera peut-être d’être un peu critique, mais le problème de Vanmarck, c’est, semble-t-il, la science de la course. Une course comme Paris – Roubaix, notamment l’an passé privilégie les hommes forts. Le Tour des Flandres aussi, mais au Ronde, l’aspect tactique a un rôle plus important. Il est encore jeune (25 ans), et peut-être que les dernières classiques qu’il a courues vont lui permettre de corriger cette lacune.

- Stijn Devolder : On était surpris de le voir à pareil niveau l’an passé après quelques années difficiles. Devolder avait joué un rôle très important dans la victoire de son leader, Fabian Cancellara. Cette année, si on le voit en forme ce dimanche, on ne sera pas surpris. Lors de l’E3, en roulant une nouvelle fois pour « Canc’ », piégé, on a vu qu’il était très fort. Le lendemain, à Gent – Wevelgem, il luttait avec férocité, et deux compagnons, pour résister au retour du peloton dans le final. Allié de luxe, il ne faut pas oublier qu’il est lui même double vainqueur de l’épreuve, et que donc, l’an passé, quand il s’est mis à la planche pour son leader, c’était un double vainqueur de l’épreuve qui roulait pour un Cancellara qui n’avait alors remporté l’épreuve qu’une seule fois à l’époque. Cancellara le dit lui même (lire ici). Devolder n’est pas qu’un équipier de luxe. C’était aussi la deuxième carte de l’équipe.

 

Les autres outsiders

 

TDFIls sont très nombreux. On ne peut pas tous les citer, la liste est trop longue. On ne va en retenir que trois, mais ce choix reste arbitraire. On va quand même se baser sur des critères concrets pour deux d’entre eux, les résultats, et pour le troisième, on laissera parler notre chauvinisme.

Alexander Kristoff : Difficile de croire en quelqu’un qui viendrait vous dire qu’il avait prédit la victoire du Norvégien sur la « Primavera ». Pourtant, dans le peloton et chez les observateurs, tout le monde s’accorde à dire que c’était inattendu, mais une demie-surprise. Il n’a certes pas le plus grand palmarès qui soit, mais une belle brochette de places, à l’image de sa quatrième position, ici même sur le Tour des Flandres l’an passé, ou encore sa huitième place à Roubaix dans la foulée. L’équipe Katusha nous a un peu surpris lors de la deuxième étape des 3 Jours de La Panne où elle était à contretemps. Mais avec des éléments comme Luca Paolini, vainqueur du Nieuwsblad l’an passé, ou encore Vladimir Gusev, l’équipe Russe affiche une belle force collective et devrait avoir les moyens d’être inventive sur ce parcours.

- John Degenkolb vient de remporter Gent – Wevelgem, il y a une semaine. Lui aussi est jeune, et incontestablement, cette année, il a passé un cap. A la fois physiquement et mentalement. Son équipe, Giant – Shimano, monte en puissance, avec notamment l’apport précieux de Dries Devenyns. Recruté de chez Omega Pharma, le Belge apporte à la fois sa puissance physique mais aussi sa connaissance de la gestion de ce type de course par une équipe qui ne vient que pour viser la victoire. Neuvième l’an passé, alors qu’il revenait de blessure, Degenkob affirme qu’il a encore beaucoup à apprendre pour briller sur ce genre d’épreuve. Mais il a aussi déjà beaucoup appris…

- Enfin, côté Français, on attend beaucoup de Sylvain Chavanel. Arrivé à l’intersaison chez la jeune formation IAM Cycling, il doit encore « trouver ses automatismes » avec ce nouveau groupe. Mais déjà, il subit un coup dur avec le forfait d’Heinrich Haussler, malade, et l'abandon de Martin Elmiger en début de course. Mis à part sa cinquième place sur A Travers les Flandres, « Chava’ » n’a pas encore de résultat probant. Mais le jour J… ce n’est qu’aujourd’hui.

Côté Français, on attend aussi de voir ce que le trio Arnaud Démare, Yoann Offredo et Johan Le Bon chez FDJ.fr est capable de faire après la deuxième place de Démare à Wevelgem, et le beau numéro collectif que nous avaient réservé ces trois coureurs lors du Omloop Het Nieuwsblad. Chez Cofidis, on va découvrir les capacités de Florian Sénéchal, mais il est encore un peu jeune (20 ans). Chez AG2R - La Mondiale, la clé sera la paire Damien Gaudin - Sébastien Turgot, tandis que chez Europcar, Jérôme Cousin et Vincent Jérôme ont brillé respectivement sur l'E3 et sur les 3 Jours de La Panne.

Les coureurs sont partis ce matin à 10H15 de la Grand Place de Bruges, devant un public impressionant, comme d'habitude, et... sous une petite pluie. Des averses et un petit vent sont en effet attendus. Ils pourraient jouer un rôle.

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Publié le par Antoine PLOUVIN, à Bruges