Tour d'Italie
Tour d'Italie - Rasmussen : 'Froome et Landis ? Rien à voir' Photo : Sirotti

Tour d'Italie - Rasmussen : "Froome et Landis ? Rien à voir"

De nombreux fans et observateurs s'étaient interrogés sur la performance de Chris Froome (Team Sky) à la suite de son raid solitaire de 80km grâce auquel il a gagné le Tour d'Italie il y a quelques jours. Le Britannique était déjà sous le feu des projecteurs suite à son contrôle anormal au salbutamol sur la dernière Vuelta, et son incroyable numéro a ravivé certains soupçons et certaines critiques, comme celles de Bernard Hinault. Mais ce vendredi, Froome a reçu le soutien de Michael Rasmussen, ancien dopé désormais à la retraite, qui garde toujours un oeil avisé sur le cyclisme. Pour lui, ce qu'a fait Chris Froome est grand, mais pas surhumain : "Je ne vois pas sa performance sur le Giro comme un drapeau rouge", a-t-il déclaré à Cyclingnews. "Toute la différence a été faite en un jour, et dans des circonstances extrèmes. Vous avez un quadruple vainqueur du Tour, sur l'un des cols les plus durs d'Europe, contre des coureurs qui sont très loin d'avoir le même palmarès, et dans des équipes plus faibles."

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"Froome n'est pas sous kryptonite"

"Je sais que les gens seront surpris de ma vision sur ça", continue le Danois. "Je suis très critique envers Team Sky et leur mauvaise gestion sur certaines de leurs règles éthiques. Ma confiance en eux n'existe plus mais si vous regardez juste la performance de Froome, c'est crédible dans le sens ou je pense qu'il n'a trompé aucun de ses rivaux. Je ne dis pas qu'ils font tous quelque chose mais personne peut me convaincre que Froome a un moteur dans son vélo ou qu'il est sous kryptonite. Sinon vous ne vous retrouvez pas 3 minutes derrière au départ de la 19e étape. Vous devriez mener de 5 minutes à ce point. Gagner le Giro de 46 secondes, ce n'est pas quelque chose de facile à calculer en plus de 3000km."

Rasmussen évoque ensuite plus spécifiquement l'étape où tout a basculé, celle où Froome a attaqué seul à 80km du but et s'est emparé du maillot rose. Là encore, le Danois n'y trouve rien à redire : "Team Sky avait un plan. Ils voulaient braquer la banque alors que les autres voulaient défendre leurs positions. Froome était 4e et il n'avait rien à perdre. Il venait de gagner la Vuelta, il a gagné quatre Tours de France. Pour un gars comme lui peu importe s'il finit 4e ou 8e", explique Rasmussen. "Tout ce qui comptait c'était de gagner la course. Il pouvait tout risquer. Pinot était plus intéressé par défendre son podium, et les deux Sud-Américains pensaient au maillot blanc. Froome a pris 35-40 secondes d'avance dans le Finestre, un des cols les plus durs du monde. Ce n'est pas du tout un écart significatif, surtout quand le second groupe s'attend. Pour moi, Dumoulin a perdu dans le Finestre et quand il a attendu Reichenbach. Il était alors maillot rose virtuel et avait tout à perdre. Mais dans le même temps il savait que s'il explosait il passait de 1er à 5e. Froome pouvait juste se concentrer sur rouler le plus vite possible. Je suis sûr que si Dumoulin avait fait sa course de son côté il aurait fini une minute et demi derrière Froome parce qu'il n'aurait pas perdu de temps sur le plat et dans les cols. Froome a pris plus de risques dans les descentes."

 

Froome et Landis, "rien à voir"

Au-delà de ce raid solitaire, c'est aussi la victoire de Froome au Zoncolan quelques jours plus tôt qui avait déjà fait beaucoup parler. Mais là encore, Rasmussen défend le Britannique : "Il a eu une bonne journée au Zoncolan mais pour moi ce jour-là Simon Yates a perdu par arrogance. Il aurait dû être immédiatement dans la roue de Froome quand il a attaqué. Alors Yates aurait obtenu sa 4e victoire d'étape et tout le monde l'aurait pointé du doigt", assure le Danois. "Peut-être que Froome n'était pas si bon que ça (sur la 19e étape). Peut-être qu'il a couru comme s'il n'avait rien à perdre [...]. Pour moi c'est évident, quand vous courez, que vous n'avez rien à perdre et que vous avez un plan, alors vous êtes plus fort."

Enfin, Rasmussen a écarté d'un revers de main la comparaison entre le raid solitaire de Floyd Landis sur le Tour 2006 et celui de Froome. "Cela n'a rien à voir. Landis a tenu tête à trois équipes ce jour-là. Et en plus il avait le second temps de montée à Joux-Plane. Au pied du col on était 80 coureurs et la plupart d'entre nous sommes allés à fond jusqu'au sommet. On n'avait pas travaillé ce jour-là donc Menchov, Sastre et moi-même n'avions pas pris un relais avant ce col. Et pourtant seulement Sastre est allé plus vite que Landis. Bien sûr, Landis avait explosé la veille, ce qui a rendu le truc encore plus spectaculaire mais encore une fois Landis avait un plan et rien à perdre, donc une bonne chance de succès. Dans ce sens, Froome est un bon exemple à suivre", explique-t-il. "Froome est aussi crédible que n'importe qui. Bien sûr je pense qu'il n'aurait pas dû être au départ à cause de son affaire, mais pas à cause de lui, à cause de son équipe qui ne respecte pas son code éthique et à cause des stupides règles antidopage qui ont ouvert la porte à ça", conclut-il.

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Publié le par François BONNEFOY