Portrait
Portrait - Merhawi Kudus, sur les traces de Berhane

Portrait - Merhawi Kudus, sur les traces de Berhane

 

L'histoire se répétera-t-elle ce mardi sur le Tour de Turquie ? Il y a de cela un an, Natnael Berhane s'imposait au sommet d'Elmali lors de l'étape reine de l'épreuve orientale, apportant au cyclisme de l'Afrique noire sa première victoire dans une course Hors Catégorie. L'équipe Europcar n'étant pas présente sur la 50e édition, le protégé de Jean-René Bernaudeau ne peut donc défendre son titre cette année, mais il compte bien sur l'un de ses compatriotes pour poursuivre la série. Merhawi Kudus (MTN-Qhubeka), son cadet de trois ans, se place comme l'un des favoris pour l'étape du jour. 

 

De forts liens avec Natnael Berhane

Un ancien vainqueur d'étape et maillot jaune du Tour est là, couché sur son lit à tripoter son smartphone. Mais à un peu moins de 24 heures de la grande étape de montagne du Tour de Turquie, ce n'est pas lui, à savoir, Linus Gerdemann, qui suscite toutes les attentions. Sur le plumard d'à côté, adossé contre le mur et vêtu du survêtement MTN-Qhubeka, Merhawi Kudus semble également en train de converser par messages interposés. Et pour le coup, ce n'est pas «  [son] grand ami » Natnael Berhane.

« Je suis beaucoup en contact avec Natnael, surtout grâce à Internet, confie-t-il, le sourire sincère. On se parle très souvent. Il y a même deux-trois jours, on a discuté et il m'a donné quelques conseils, ce qu'il fait souvent. Cette fois-ci, c'était surtout par rapport au Tour de Turquie, mais c'est un vrai ami, il le fait tout le temps, que je le demande ou pas. » Un conseiller, et même un exemple. A l'instar de Daniel Teklehaimanot, aujourd'hui coéquipier de Kudus chez MTN-Qhubeka, Berhane a malgré son jeune âge contribué à la mise en lumière du cyclisme érythréen, et plus généralement du cyclisme africain ces dernières années.

Vainqueur du Tour de Turquie après déclassement de Mustafa Sayar et lauréat de la Tropicale Amissa Bongo, Berhane pourrait éventuellement découvrir le Tour de France cette année. Ce qui serait une grande première pour un Africain noir. Pour Kudus, cela représente une vraie inspiration : « Je n'ai pas vraiment d'exemple dans le cyclisme, pas de coureurs auxquels je voudrais ressembler. Mais suivre les traces de Natnael serait déjà un bon début. » D'ailleurs, selon le jeune homme, la participation de son compatriote à la prochaine Grande Boucle n'est pas assurée : « Ce sera davantage la Vuelta, et le Critérium du Dauphiné avant le Tour. » « Le Dauphiné servira peut-être de test en vue d'une éventuelle sélection pour le Tour », glisse Gerdemann, attentif à la conversation.

 

Le Centre Mondial du Cyclisme comme tremplin

Également grand espoir dans son pays, l'Allemand n'a lui jamais réellement réussi à confirmer sa victoire d'étape au Grand Bornand, lors du Tour de France 2007. La même année, Kudus avait 13 ans, et commençait à peine le vélo. C'était un VTT à l'époque, et il s'en servait pour aller et revenir de l'école ainsi que pour sortir avec ses amis. « Quand j'ai débuté le vélo, je n'imaginais pas faire carrière, ajoute-t-il. Je n'y pensais pas, c'était juste pour le plaisir. Mais aujourd'hui, j'ai cette ambition. » Car tout s'enchaîne très vite pour le jeune grimpeur. Il suffit de quelques courses de VTT en Afrique du Sud pour que quelques observateurs avertis se rendent compte de son potentiel et de ses capacités.

« En 2012, j'ai été repéré et j'ai fait mes gammes au Centre Mondial du Cyclisme en Afrique du Sud, explique-t-il. Puis, le centre d'Aigle a pris contact avec moi pour que j'aille les rejoindre. L'année suivante, en 2013, j'ai donc attéri au Centre Mondial du Cyclisme, mais en Suisse cette fois. Je me suis entraîné et j'ai couru pendant sept mois là-bas. J'ai pu faire quelques belles courses. » Surtout, Kudus apprend les ficelles de ce sport, de ce métier. Et il peine même à quantifier tout ce qu'il en retire : « J'ai énormément appris, se contente-t-il de dire. C'est vraiment une bonne école pour les coureurs qui n'ont pas la culture du cyclisme européen. Autant sur le plan de l'entraînement que sur l'aspect tactique, diététique et tellement d'autres choses. »

Malgré une belle victoire sur le Tour du Rwanda en 2012, c'est bien durant cette année de stage au Centre Mondial du Cyclisme qu'il se révèle aux yeux des observateurs. Les performances affluent pour le jeune Africain d'alors à peine 19 ans. Vice-champion d'Afrique chez les Espoirs, bronzé chez les Elites, deuxième du Tour de Leon, Kudus brille même sur son Tour national, y terminant deuxième avec une victoire d'étape en bonus. Ses résultats avec le maillot du CMC en France sont également encourageants : huitième et meilleur grimpeur du Tour du Pays Roannais, mais surtout, lauréat du général et d'une étape du Tour de la Côte d'Or. Son talent est indéniable, et Bretagne-Séché Environnement l'engage en tant que stagiaire. « Mon stage était vraiment super, lâche-t-il avec enthousiasme. En plus, j'ai fait un bon Tour de l'Ain (17e). J'ai beaucoup aimé courir dans cette équipe française. »

 

« Être un jour acteur sur le Tour »

Emmanuel Hubert, bien conscient de son potentiel, lui a même proposé de rester et de passer pro à ses côtés. Et il ne fut pas le seul à s'intéresser à lui dans l'Hexagone. Mais il y a des choses qui sont plus fortes que tout : les racines. « Signer chez MTN-Qhubeka, c'était le choix le plus logique qui soit, assure celui qui vit et s'entraîne désormais à Lucca, en Italie. « C'était l'équipe qu'il me fallait. C'est juste normal. C'est une équipe qui me va parfaitement. Je me sens très bien ici, peu dépaysé. J'aime l'équipe, j'aime les coureurs, ils m'apportent beaucoup et je les remercie pour ce qu'ils font pour moi. » Kudus n'est pas du genre à faire des plans sur la comète, mais il lui arrive parfois de songer à un plan de carrière. Comme ce lundi soir, assis sur son lit :

« Mon objectif est de participer au Tour un jour, glisse-t-il, accompagné du sourire de Gerdemann. C'est la course dont tous les coureurs rêvent. C'est tellement beau. Dans les années futures, j'espère devenir un candidat pour le Tour de France. J'espère que l'équipe y sera dès l'an prochain, et que je serai là aussi. C'est ma plus grande ambition à l'heure actuelle. Je n'ai pas encore assez d'expérience pour dire que je vise autre chose. Être acteur sur le Tour un jour serait déjà un rêve pour un coureur comme moi. » En attendant cette finalité qui ne manquera pas de se produire un jour ou l'autre, l'ascension d'Elmali l'attend ce mardi.

« Mon objectif est simple, avance le jeune grimpeur aux mollets très fins, deuxième du Tour du Langkawi cette saison. Comme tous les coureurs, je veux donner le meilleur de moi-même, faire mon maximum. Je veux faire du mieux possible. Et effectivement, le mieux possible serait une victoire. J'espère... »

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Publié le par Alexandre MIGNOT