Milan-San Remo
Milan-San Remo - Vincenzo Nibali : Héros d'un autre temps Photo : Sirotti

Milan-San Remo - Vincenzo Nibali : Héros d'un autre temps

Au bout du suspense, le peloton qui vient mourir à quelques mètres de lui, juste ce qu’il faut pour lever les bras, des tifosis en trance, c’était son destin. Rien ne pouvait l’en empêcher, pas même Matteo Trentin, l’espace d’un instant le fantôme de Maxim Iglinskiy, qui l'avait cruellement privé de Liège en 2012. Nibali est entré dans la légende du cyclisme en remportant Milan – San Remo ce samedi. Avec un charisme incroyable, il a relevé un improbable défi. Sa seule chance était de braver la Via Roma en solitaire, il l’a fait. Parti à la poursuite de Krists Neilands dans le Poggio pour servir les intérêts de Sonny Colbrelli, le Requin de Messine est sorti presque en facteur, puis il a mordu. Les favoris de La Classicissima pensaient que le vent de face ferait rentrer son aileron dans le rang. Que nenni ! Nibali a nagé à contre-courant, pour offrir une fabuleuse victoire à l’Italie, qui attendait un successeur à Pozzato depuis 2006. C’était écrit que ce serait lui. "Ancora lui. Sempre lui.", s’enthousiasmait la Gazzetta dello Sport samedi soir.

Nibali : "Cette victoire est unique"

 

Le seul coureur en activité à remporter 3 grands tours et un Monument

En remportant le Tour de Lombardie en 2015, Nibali s’était déjà introduit dans un club très fermé, celui des vainqueurs des trois grands tours et d’au moins une classique Monument. A côté des Gimondi, Hinault, Merckx, et Anquetil. Alors qu’il a été tout près de remporter Liège-Bastogne-Liège, une classique qui correspond mieux à ses qualités, peu osaient espérer un succès sur La Primavera, la faute à un parcours trop favorable aux hommes rapides. Mais ça ne pouvait pas lui échapper. Troisième en 2012, souvent à l’attaque, il en rêvait. Désormais, il n’est plus qu’à une longueur de Felice Gimondi (4 Monuments), et à deux de Bernard Hinault (5 Monuments). La dernière victoire du Blaireau sur un Monument ? Il Lombardia 1984. D’une autre époque, vous dit-on. Depuis le début des années 2000, à part le Sicilien, ils ne sont que quatre à avoir réussi à triompher sur un Monument et un grand tour : Vinokourov (Liège-Bastogne-Liège et la Vuelta), Danilo Di Luca (le Tour de Lombardie, Liège-Bastogne-Liège et le Giro), Andy Schleck (Liège-Bastogne-Liège et le Tour de France), et l’inévitable Alejandro Valverde (Liège-Bastogne-Liège et la Vuelta). Le dernier coureur vainqueur d’un grand tour à avoir inscrit son nom au palmarès de la classique des classiques, c’était Laurent Jalabert en 1995.

 

Et maintenant, quels défis ?

Arnaud Démare ne s’y est pas trompé à l’arrivée. Le champion de France, 3ème, a adressé un regard plein d’admiration à l’Italien sur le podium, heureux d’avoir vécu un immense exploit, que le monde du cyclisme a salué unanimement. Dorénavant, Vincenzo Nibali a tout remporté en Italie, souvent au terme de scénarios épiques, comme ce Tirreno-Adriatico 2013 où il fit trébucher Chris Froome, comme ce Giro 2016 où il renversa Steven Kruijswijk dans les deux dernières étapes, comme samedi. Et dire qu’il sera pour la première fois au rendez-vous du Tour des Flandres cette année. Et dire qu’il vise la victoire sur La Doyenne fin avril. Et dire que le parcours des championnats du monde lui est favorable. Nibali veut sa carte au club Gimondi-Hinault-Merckx ? Il ne lui manque qu’une seule chose : le maillot arc-en-ciel.

Vous avez aimé cet article, partagez le ! 

Publié le par Matthieu METIN