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Média - Jacques Monclar : 'Cyrille Guimard, je l'ai félicité' Photo : @cyclismactu / CyclismActu.net

Média - Jacques Monclar : "Cyrille Guimard, je l'ai félicité"

Cyclism'Actu s'est entretenu avec Jacques Monclar, ancien international français de basket-ball et entraîneur multiple champion de France. Le Monsieur Basket de beIN Sports n'est pas simplement un spécialiste des paniers, c'est aussi un grand amoureux de la pédale. Il est revenu sur l'actualité du cyclisme en évoquant les performances des coureurs français, la victoire de Chris Froome sur La Vuelta ou encore les adieux d'Alberto Contador. Mais pas seulement !

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Jacques, parlons tout d'abord de votre sport, le basket, et de la performance de l'équipe de France à l'Euro, éliminée en huitièmes de finale. Comment expliquez-vous cet échec ?

Cela faisait 20 ans que la France n'avait pas été éliminée avant les quarts de finale. J'ai envie d'être sévère et de dire qu'on a toujours ce qu'on mérite. On ne me fera pas croire que cette équipe n'a pas le niveau pour aller en demi-finale. On avait déjà dominé la Grèce, l'Italie et l'Allemagne, même si c'était en matchs de préparation. Je trouve qu'on se masque la vérité.

 

La retraite internationale des "anciens" comme Mickaël Gelabale, Florent Piétrus et surtout Tony Parker a eu quel impact ?

Tony, c'est un après-Zidane, un après-Platini. La suite de Tony Parker c'est bien évidemment énorme. Mais on ne remplace pas Tony Parker par Pierre, Paul ou Jacques, on le remplace d'une autre manière, en fonctionnant autrement et en répartissant les rôles différemment. Bien sûr que Tony c'était immense, beaucoup de gens ne se rendaient pas compte de ce qu'il était. Gagner des titres en basket ce n'est pas comme au rugby qui est joué par peu de pays dans le monde, c'est plus difficile et Tony nous a fait gagner un Euro. Flo Piétrus aussi manque beaucoup, Mickaël Gelabale également, mais on a un grand volume de bons joueurs. Pour moi c'est un accident industriel de haut niveau. Ce qui me gène c'est d'avoir été éliminé par une équipe moins forte que nous mais qui joue mieux et avec de meilleures valeurs. Ce qu'il s'est passé là ressemble à ce qu'il s'était passé avec l'équipe de France de cyclisme aux championnats du monde au Qatar l'an passé. C'est une équipe de France qui est de France, mais qui n'est pas équipe. Cyrille Guimard m'avait fait part de la honte qu'il avait ressentie au Qatar, et là je me sens pareil pour le basket.

 

En parlant de Cyrille Guimard, que pensez-vous de sa nomination au poste de sélectionneur de l'équipe de France ?

Je l'ai félicité lorsque je l'ai croisé sur le Tour de France. Dans la carrière d'un coach ça arrive de ne jamais être entraîneur de l'équipe de France. Certes, il l'est devenu tard, il sera peut-être un peu en décalage avec la jeune génération mais dans ces cas-là il fallait lui donner le poste avant. C'est quelqu'un qui a de grandes compétences. Il a eu l'aval de tous les directeurs sportifs. Ils sont tous d'accord avec lui, c'est forcément un bon début. Après il faudra voir comment ça se passe avec les jeunes coureurs. Aux Mondiaux il a choisi de ne pas prendre Bryan Coquard, ce qui me semble judicieux vu sa saison et ce qu'il s'est passé avec Jean-René Bernaudeau. Comme je disais il faudra faire attention au décalage d'âge, mais quand l'équipe de France de football était en galère on a fait venir Stefan Kovacs, et cet homme est celui qui a le plus influencé Michel Hidalgo qui a apporté le premier titre à la France en 1984.

 

Depuis quelques années, le cyclisme français revient en haut de l'affiche avec des coureurs comme Romain Bardet, Warren Barguil, Julian Alaphilippe, Thibaut Pinot ou Arnaud Démare. Que vous inspire cette nouvelle génération ?

Il y a aussi Lilian Calmejane qui me plait bien, il a beaucoup de panache. Tony Gallopin aussi. Déjà tous ces coureurs-là sont bons, et en plus ils s'expriment bien. Et puis ils ont du panache. A la limite celui qui en a le moins c'est celui qui a les plus beaux résultats, c'est Romain Bardet. C'est peut-être dû à son équipe AG2R La Mondiale, qui je trouve fait un très, très beau travail depuis des années. Mais les Calmejane, Alaphilippe, Barguil, ils ont un panache terrible, et ils ne font pas n'importe quoi. Après le juge de paix reste le résultat.

 

Vous voyez un coureur français capable de remporter le Tour de France dans les années à venir ?

Ce n'est pas ma première préoccupation. Il y aura un cycliste français qui va à nouveau gagner le Tour un jour, comme il y aura un tennisman qui gagnera Roland-Garros. Bardet a fait deuxième l'année dernière puis troisième cette année, même s'il aurait pu faire quatrième. Mais je trouve qu'on en fait beaucoup sur Bardet, personnellement je ne suis pas sûr. J'ai beaucoup plus vibré en regardant Barguil gagner ses deux étapes et le maillot à pois.

 

Vous dîtes que Bardet a un peu moins de panache, mais les candidats à la victoire sur le Tour ne sont-ils pas obligés de courir de manière conservatrice ? Par exemple, Rigoberto Uran n'a pas placé une seule attaque et il termine deuxième à Paris...

Uran n'avait pas d'équipe, il était toujours tout seul. Sa tactique c'était de suivre Froome tant qu'il pouvait. C'est respectable. Bardet avait une bien meilleure équipe autour de lui, alors qu'Uran était le franc-tireur absolu. Je n'ai pas du tout aimé les ciritiques dont il a fait l'objet parce que quand tu es tout seul comme ça tu ne peux pas avoir l'attitude de Bardet. Bardet attaquait de temps en temps, mais pas si souvent que ça et parfois trop tard. Il faut se poser la question, qu'est-ce qu'Uran avait comme autre choix ? On peut aussi se demander si les coureurs de l'équipe Cannondale n'avait pas déjà eu vent des rumeurs comme quoi ils pouvaient se retrouver sur le carreau. 

 

Chris Froome vient de remporter le Tour d'Espagne et de réaliser ainsi le doublé Tour-Vuelta. Quelle est sa place dans l'histoire du cyclisme ?

Tout d'abord Froome est le premier coureur à réaliser le doublé dans cet ordre-là. J'ai bien aimé que Bernard Hinault évoque l'idée qu'il fasse le triplé. Je trouve qu'on s'attache trop à la forme avec Froome mais pas assez au fond. J'aime beaucoup sa personnalité, son histoire. Il est inélégant sur le vélo, ça c'est sûr, mais je crois que c'est un mec super bien, et je pense qu'on est très cons de ne pas l'aimer.

 

Cela vous dérange qu'il soit décrié à ce point ?

Oui, notamment lorsqu'il s'est fait siffler au stade Vélodrome lors du dernier chrono du Tour, j'ai trouvé ça ridicule. Esthétiquement ce n'est pas le plus beau, tout le monde n'est pas Peter Sagan, mais ce qu'il s'est passé était ridicule. Froome est très Jacques Anquetil dans sa gestion. En plus il a toujours des déclarations pleines de sagesse, de sérénité, d'humilité... C'est peut-être aussi son équipe qui fait qu'il est décrié. Avec toutes les histoires qu'il y a eu ces derniers mois, notamment l'affaire des colis, c'est terrible. Mais bon je pense qu'il faut surtout que nous, Français, on arrête de faire les cons. Partout dans les médias, il y a des anciens dopés, et surtout des gars qui ont pris part à du dopage organisé, ce que je ne supporte pas. Même si je ne le connais pas personnellement, je honnis ce qu'a fait Lance Armstrong, qui a participé à un vrai système mafieux. La Sky est sulfureuse, mais on ne sait pas, c'est le mystère. On ne sait pas et ça me navre. Des gens qui nous ont fait rêver y ont laissé leur santé, leur vie, à cause du dopage. Le plus bel exemple c'est Pantani, qui en quelque sorte est allé au bout de sa légende.

 

Un mot sur Alberto Contador, qui a tiré sa révérence à la fin du Tour d'Espagne, remportant une étape dantesque au sommet de l'Angliru avant d'être accueilli en héros le lendemain à Madrid. Qu'allez vous retenir de ce coureur ?

Contador, quel panache, quelle élégance, quelle belle expression sur le vélo ! Je suis ravi que ça se finisse comme ça pour lui. Il s'est planté à Andorre au début de La Vuelta, il sait qu'il ne va pas gagner, et après c'est lui qui anime la course et qui gagne cette étape au sommet d'un col mythique. Deux Giros, Trois Vueltas, Deux Tours de France... Bravo.

 

Kobe Bryant, l'un des plus grands basketteurs de tous les temps, a pris sa retraite en 2016 et de la même manière que Contador, il s'était offert un dernier match extraordinaire en marquant 60 points. Leur performance est-elle comparable ?

Oui, tout à fait, c'est une belle comparaison. D'abord, tous les deux choisissent leur sortie. Ensuite les deux ont traversé des épreuves difficiles. Kobe a eu une rupture du tendon d'Achille, mais il a réussi à revenir et à coller 60 points. Quant à Contador, tout le monde continuait à le donner dans les favoris des Grands Tours mais quelque part tout le monde savait qu'il avait baissé de niveau depuis quelques années, qu'il était moins constant. On savait Contador capable de dynamiter un peloton, comme on savait Kobe capable de marquer 60 points, mais les deux n'étaient plus capable de faire gagner leur équipe. Mais finalement les deux sont partis en champions.

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Publié le par François BONNEFOY & Emmanuel POTIRON


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