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Paris-Nice 2003 : Vinoroukov, pour son pote Kivilev


posté par Alexandre Dhont le 10/03/2011 à 22h41




Rien. Non, rien ni personne ne pouvait empêcher Alexandre Vinokourov de remporter la Course au Soleil cette année-là. Le grimpeur kazakh mit un point d’honneur à terminer ce Paris-Nice 2003 et à le gagner, pour rendre un dernier hommage à son compatriote et meilleur ami Andreï Kivilev, décédé sur les routes de Paris-Nice quelques jours plus tôt. Victime d’une terrible chute lors de la deuxième étape alors qu’il ne portait pas de casque, le kazakh décédait le lendemain, secouant terriblement le peloton des suiveurs. Cinq jours plus tard, Vinokourov s’avançait sur la première marche du podium après l’arrivée sur la promenade des Anglais. Tout un symbole.


Mattan et Petacchi ouvrent le bal


Comme de coutume, c’est un prologue qui lance le 61ème Paris-Nice dans les rues d’Issy-les-Moulineaux. A plus de 50 km/h de moyenne, c’est le belge Nico Mattan (Cofidis) qui se montre le plus incisif sur un parcours taillé pour les spécialistes du genre. Dario Frigo (Fassa Bortolo) et Alexandre Vinokourov (Telekom), respectivement 6ème et 10ème confirment leur statut de grands favoris de l’épreuve.


La première étape en ligne rejoint Auxerre dans l’Yonne à Paray-le-Monial en Saône et Loire sur 191,5 kilomètres, avec un parcours dédié aux sprinteurs. En embuscade après le prologue de la veille, l’australien Stuart O’Grady (Crédit Agricole) tente de renverser la hiérarchie établie au soir du prologue. 4ème à 5 secondes au général, O’Grady grappille deux secondes au maillot jaune par le biais des bonifications. Malgré une tentative vaine du baroudeur français Stéphane Augé (Crédit Agricole), et d’une attaque de Richard Virenque (Quick-Step) dans le final, c’est au sprint que les coureurs devront en découdre. A Paray-le-Monial, Alessandro Petacchi (Fassa Bortolo) l’emporte devant les deux « Aussies » Stuart O’Grady (Crédit Agricole) et Robbie Mc Ewen (Lotto-Domo). Comme annoncé, c’est O’Grady qui s’empare du maillot jaune.


Un drame sur la route


La route se dresse subitement le lendemain lors de la 2ème étape de l’épreuve. Entre La Clayette et Saint-Etienne, on dénombre cinq difficultés dont le Col de la Croix de Chaubouret, passage obligé lorsqu’on lorgne vers la cité « verte ». Dès le départ, quatre éclaireurs prennent la fuite. Deux espagnols, David Canada (Quick-Step), David Arroyo (ONCE) et deux français, Nicolas Jalabert (CSC) et Christophe Oriol (Ag2r) ouvrent la route avant les premiers sommets. En tête tout au long de la journée, les quatre hommes rendent les armes avant le sommet de la Croix de Chaubouret, sous l’impulsion des coureurs de la Fassa Bortolo. A 4 kilomètres de l’arrivée, le petit grimpeur russe Alexandre Botcharov (Crédit Agricole) met le feu aux poudres. Il entraîne avec lui Volodymir Gustov et Dario Frigo (Fassa Bortolo), Mikel Zarrabeitia (ONCE), Davide Rebellin (Gerolsteiner) et Alexandre Vinokourov (Telekom). Au sprint, Davide Rebellin s’imposé aisément devant ses cinq compagnons d’échappée et s’empare du même coup du maillot de leader. Derrière c’est la débandade, notamment côté français. Moncoutié perd 13 minutes, Virenque près de 2 minutes.


Mais pour une fois, l’aspect sportif passera au second plan. En effet, à l’arrière de la course, un drame survient. A 35 kilomètres, le coureur kazakh Andrei Kivilev chute lourdement, face contre terre, au pied du Col de la Croix de Chaubouret. A cet instant, il ne portait pas de casque… 

Transporté d’urgence à l’hôpital de Saint-Chamond, il est plongé dans le coma. Le diagnostic est brutal : traumatisme crânien et fracture de l’os frontal. Dans la nuit, le grimpeur kazakh décède des suites de ses blessures, malgré les efforts du service de réanimation.


Le lendemain, le peloton s’associe au drame qui a touché l’équipe Cofidis. Les organisateurs neutralisent la course au départ du Puy en Velay, pour rendre un dernier hommage au coureur kazakh. Les yeux rougis par l’émotion et la colère, le cortège de coureurs s’élance pour une douloureuse procession de plus de 5 heures. Après le décès de Fabio Casartelli, c’est le deuxième accident tragique qui ravive le débat sur le port du casque. Le 16 juin 2003, l’UCI rend définitivement obligatoire le port du casque sur toutes les épreuves sur route, pour le peloton, toujours meurtri par la perte de l’un des leurs.


Le dernier hommage de « Vino »


Le lendemain, la course reprend ses droits pour un contre-la-montre décisif autour de Vergèze dans le Gard, sur un parcours plat comme la main de 16,5 kilomètres. Toujours dans la course, les coureurs de Cofidis et le meilleur ami de « Kivi », Alexandre Vinokourov veulent tout donner pour rendre un dernier hommage à leur ami, trop tôt disparu.
Grand favori de la course, Dario Frigo l’emporte logiquement à près de 52km/h de moyenne. Au dessus du lot, il repousse Jörg Jaksche (ONCE) de 8 secondes et Tyler Hamilton de 13 secondes. 8ème de l’étape, Vinokourov est repoussé à 14 secondes au général, dominé par le sulfureux italien de la Fassa Bortolo.


Le lendemain, la course prend une autre tournure. Le leader Dario Frigo, tombé malade dans la nuit, doit céder sa tunique de leader à Vinokourov, et laisser les plus costauds s’exprimer sur les pentes abruptes du Mont Faron, juge de paix de la 5ème étape. Très affecté par le décès de son ami, Alexandre Vinokourov a le visage fermé au départ de l’étape à Aix en Provence. Il souhaite plus que tout, remporter l’épreuve à la mémoire de « Kivi ». Après une première partie d’ascension escamotée par les favoris, Laurent Brochard (Ag2r), dernier rescapé de l’échappée matinale semble se diriger vers la victoire. 


Mais à 1500 m du but, Vinokourov démarre, laissant ses adversaires sans réaction. Il avale Brochard dans le dernier kilomètre, pour se diriger sans opposition vers la ligne d’arrivée. Submergé par l’émotion, il laisse échapper un baiser vers le ciel, comme pour rendre un dernier hommage à son ami d’enfance, avant de craquer sur le podium d’arrivée.
Côté course, avec 43 secondes d’avance sur son premier poursuivant Mikel Zarrabeitia, la victoire finale ne devrait pas échapper au coureur kazakh, avant deux étapes néanmoins décisives, pour dessiner le podium final.


Rodriguez et Bernabeu en opportunistes


Après le coup de force de Vinokourov la veille, le peloton se dirige vers les derniers reliefs de l’épreuve. Juge de paix de l’étape vers Cannes, le col du Tanneron, ne remplit, pour une fois, pas son rôle. C’est dans la descente du col que se forme l’échappée décisive. Le quintet franco-espagnol est composé de Sylvain Chavanel (Brioches la Boulangère), Laurent Brochard (Ag2r), David Latasa (Kelme), Joaquin Rodriguez (ONCE) et Samuel Sanchez (Euskaltel). Les cinq hommes de tête collaborent avec entrain, sauf Rodriguez, bien décidé à ne prendre aucun relais. A l’abri du peloton, les cinq hommes s’expliqueront au sprint pour la victoire finale. A ce petit jeu, c’est le plus frais qui l’emporte. Joaquin Rodriguez devance son compatriote David Latasa pour un succès de prestige, et Laurent Brochard, qu’il n’aura pas ébloui par son fair-play…


La dernière étape se termine comme de coutume sur la Promenade des Anglais, avec en point d’orgue, l’ascension redoutable et redoutée du Col d’Eze. Trois costauds démarrent avant les dernières difficultés, à une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée. Le trio de tête composé de Ivan Parra (Kelme),Fabian Jeker et David Bernabeu (Milaneza) ne faiblit pas dans l’ascension du Col d’Eze. Profitant de leur supériorité, les hommes de la Milaneza attaquent tour à tour le grimpeur colombien de la Kelme. Parra cède à quelques encablures de l’arrivée. Bernabeu, dans un numéro de rouleur, s’offre ainsi un succès de prestige sur la promenade des Anglais, devançant ses compagnons d’échappée de quelques secondes. Attaqué de toutes parts par ses adversaires directs, Alexandre Vinokourov ne cède pas un pouce de terrain dans la dernière ascension, conservant jusqu’au bout sa tunique de leader, et mettant ainsi fin à une semaine mouvementée.


A Nice, il remporte l’épreuve la plus émouvante de sa carrière. En larmes sur le podium, il brandit le portrait de son ami kazakh, en guise de dernier hommage.


Photo : wikipedia



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Les commentaires

frigo, vino, rebellin, jaschke, hamilton, etc (j'en oublie, non ?).
on en a mangé, des couleuvres...

izoard le 10/03/2011 à 23h21

Hélas oui.
Tragique paris-nice, souvenirs souvenirs...

tienito le 10/03/2011 à 23h55

Quand on lit une histoire comme celle-là, on ne peut qu'admirer ces cyclistes qui sont aussi des hommes.
Merci pour ce compte-rendu rétrospectif.

Chouchouduvélo le 11/03/2011 à 00h20

Raison de plus pour l'UCI de répondre aux désidérata des coureurs à propos des oreillettes, au nom de la sécurité.

MSJ le 11/03/2011 à 07h50

MSJ, je suis d'accord avec toi sur le fait que c'est aux coureurs que revient la décision (même si perso j'aimerais bien que les oreillettes soient bannies), mais tu as bien mal choisi ton article pour relancer le débat...

gros sac le 11/03/2011 à 08h56

Au rappel, c'est la mort de Kivilev qui a poussée l'UCI à obliger les casques en course.

helcez le 11/03/2011 à 09h31

elle sont revenu par la suite aussi! izoard!
Non?

rtl le 11/03/2011 à 10h59

vous me rappelez pourquoi il a chuté Kivilev?

il n'était pas en train de remettre son oreillette?

alors qu'en pense Vino des oreillettes?

kiki le 11/03/2011 à 11h05

Kivilev est mort car il est tombé sans casque,rendu obligatoire depuis et parlant dans l'oreillette, que les coureurs veulent garder pour raisons de sécurité, cherchez l'erreur
@izoard; ce n'est pas le sujet

fabien81 le 11/03/2011 à 13h27

@fabien81 ; c'est vrai.
en plus j'aimais bien kivilev et vino, comme coureurs, à cette époque. je lui pardonne d'autant moins la suite de sa carrière, mais bon.

izoard le 11/03/2011 à 13h54

Vraiment émouvant

valverde56 le 11/03/2011 à 15h16

vous allez me faire chialé sniff c"était terrible ce jour la.




caplan le 11/03/2011 à 20h24

@izoard: j'ai toujours pensé que son contrôle positif était plus politique que sportif, et je pense que des coureurs comme lui on en verra pas pendant un moment, ce sont tous des robots suiveurs sans aucun sans tactique ni aucune personnalité, qui préfèrent rester dans les roues pour finir 8eme que attaquer pour essayer de finir 6ou5eme

fabien81 le 11/03/2011 à 21h47

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Commentaires

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