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Mondiaux 1959 : Darrigade, l'audace avait payé !

Mondiaux 1959 : Darrigade, l'audace avait payé !

Par Michel Escatafal
Publiée le 20/09/2012 à 18:30

Cette semaine l’actualité du cyclisme est consacrée aux championnats du monde sur route, rendez-vous incontournable de fin de saison. Il semble d’ailleurs que cette année le plateau soit plus riche que les années précédentes, cette impression étant peut-être due au fait que nous sommes à peine sortis d’une grandissime Vuelta. Celle-ci aura, en effet, eu le mérite de faire vibrer les amateurs de cyclisme comme jamais peut-être au cours des dernières années, après un Tour de France et un Giro bien ternes en comparaison. Espérons que cela débouchera sur des championnats du monde somptueux, d’autant que le circuit de Valkenburg s’y prête parfaitement, avec le franchissement du célèbre Cauberg à quelques encablures de l’arrivée.

Les Pays-Bas, terre d’histoire pour le vélo

A ce propos, les championnats du monde aux Pays-Bas ont souvent été le théâtre de courses ayant marqué l’histoire à des titres divers. Il y eut notamment la victoire remportée par le Belge Marcel Kint, en 1938 à Valkenburg, dernier championnat mondial avant la longue parenthèse (jusqu’en 1946) due à la seconde guerre mondiale. Il y eut aussi le succès d’Eddy Merck à Herleen, en 1967, où l’immense coureur belge revêtit le premier de ses trois maillots arc-en-ciel. On n’oubliera pas non plus l’édition de 1948, à Valkenburg encore, qui vit la victoire du Belge Alberic Schotte, surnommé « le dernier des Flandriens » pour ses nombreux succès dans les Flandres et, plus généralement, pour son courage et sa générosité, qualités unanimement reconnus aux coureurs flandriens. Fermons la parenthèse, pour noter que cette course fut le théâtre d’une magnifique performance des Français, Apo Lazaridès et Lucien Teisseire terminant respectivement à la deuxième et à la troisième place de cette épreuve, preuve si besoin en était que le circuit de Valkenburg est très difficile. Pour mémoire, il faut souligner qu’Apo Lazaridès comme Lucien Teisseire étaient d’abord considérés comme d’excellents grimpeurs.

Mais Valkenburg, en 1948, fut aussi le théâtre d’une véritable pantalonnade, dont les acteurs principaux furent les deux campionissimi italiens, Bartali et Coppi, qui se livrèrent un duel tellement stérile que celui-ci tourna à leur plus totale confusion. En effet, les deux hommes commencèrent à s’épier et se neutraliser dès le début de l’épreuve, au point d’accumuler un retard tellement important qu’ils abandonnèrent peu après la mi-course. Cela leur valut deux mois de suspension de la part de l’Union Vélocipédique Italienne, outrée que Bartali et Coppi aient pu oublier à ce point qu’ils portaient le maillot national de leur pays. Et comble de malheur pour les tifosi, Coppi fut battu quelques jours après en finale du tournoi mondial de poursuite, laissant son titre acquis l’année précédente à Geerit Schulte, qui évoluait devant son public à Amsterdam. Pour les plus jeunes, nous rappellerons qu’à l’époque les championnats du monde sur piste avaient lieu tout de suite après ceux de la route.

Autre victoire marquante dans un championnat du monde ayant lieu aux Pays-Bas, celle d’André Darrigade à Zandvoort, en 1959. Le coureur landais était à ce moment une des grandes vedettes de la route, mais pas seulement. C’était aussi un excellent pistard, notamment un magnifique coureur de « six-jours », capable de battre dans un sprint pour une grosse prime (Six Jours de Paris 1958) un pur sprinter comme Oscar Plattner (champion du monde de vitesse en 1952). Oui, André Darrigade a bien été le plus rapide routier-sprinter que le cyclisme français ait produit, et, s’il avait persévéré sur la piste, il est vraisemblable qu’il aurait remporté un ou plusieurs titres mondiaux en vitesse. N’avait-il pas battu, lors d’une épreuve sur piste à ses débuts (en 1949), le futur septuple champion du monde de vitesse professionnel, Antonio Maspes ?

Mais André Darrigade était aussi un coureur complet, capable de passer les bosses les plus dures, ce qui lui permit de s’imposer dans une classique comme le Tour de Lombardie (1956), et de se classer à deux reprises à la seizième place dans le Tour de France, épreuve dans laquelle il remporta 22 étapes, plus le maillot vert à deux reprises. Et il allait le prouver lors de son championnat du monde victorieux sur le circuit de Zandvoort, car s’il obtint à cette occasion son plus beau succès, ce ne fut pas seulement grâce sa rapidité au sprint, mais surtout parce qu’il prit l’initiative d’une échappée longue de 220 kilomètres, qui mérite d’être contée. 

Une échappée au long cours qui semblait être une folie

Même s’il se savait en grande forme, malgré les séquelles d’une chute qui avait abîmé son genou gauche dans la semaine précédant le championnat, même s’il était convaincu d’être très difficile à battre au sprint, André Darrigade se disait que s’il voulait devenir enfin champion du monde (il avait déjà terminé à la troisième place en 1957 et 1958), il fallait qu’il tente sa chance de loin, car il se méfiait des autres sprinters figurant dans les équipes, belge (Van Looy, Van Steenbergen), néerlandaise (de Hann) ou espagnole (Poblet). Et il allait tenir son pari, malgré deux crevaisons inopportunes au quinzième et au seizième tour qui l’obligèrent à changer de vélo, et surtout qui désorganisèrent l’échappée amorcée au septième des vingt-huit tours. Heureusement pour Darrigade, les échappés de la première heure, au rang desquels figurait aussi l’Italien Gismondi,  reçurent le renfort de coureurs comme l’Anglais Tom Simpson, puis un peu plus tard de Noël Foré, le vainqueur de Paris-Roubaix, de l’Italien Ronchini et de son coéquipier en équipe de France, Henri Anglade, qui avait terminé à la seconde place du Tour de France quelques jours auparavant.

Tout ce joli monde s’entendant à peu près bien, l’écart entre les fugitifs et le peloton, qui était tombé à un certain moment sous la minute, se remit à augmenter, mais dans des proportions insuffisantes pour être certain que l’échappée puisse aller au bout, malgré l’énorme travail accompli par nos deux Français à l’avant…et à l’arrière par Robert Cazala et Jacques Anquetil, grand ami d’André Darrigade, qui s’employaient autant qu’ils le pouvaient à freiner le peloton des poursuivants. Un peloton dont allaient s’extraire Van Steenbergen, accompagné de son équipier belge Baens, les deux hommes étant marqués de près par Robert Cazala, ce qui incita Van Looy à lancer la chasse à son tour, sans que l’on puisse deviner à ce moment si elle était organisée contre Darrigade et ses accompagnateurs…ou contre Van Steenbergen. En tout cas cette poussée de Rik Van Looy provoqua un regroupement des poursuivants, lesquels recommençaient à se rapprocher dangereusement des échappées de la première heure, dont certains préférèrent renoncer à poursuivre leur effort. Et parmi ceux-ci, mauvaise nouvelle pour André Darrigade, il y avait Henri Anglade, lequel n’en pouvait plus de tirer des relais de plus en plus longs.

Darrigade profite admirablement du marquage des deux Rik

Heureusement pour Darrigade et ses accompagnateurs, la guerre des deux Rik (Van Steenbergen et Van Looy) faisait rage, les deux hommes se marquant impitoyablement, ce qui permettait à l’échappée de suivre son cours malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir, y compris chez les plus forts. Cela incita un homme à tenter seul sa chance, le grand espoir français de l’époque, Gérard Saint, qui quitta le peloton des poursuivants telle une fusée, prenant très vite plus de 30 secondes au peloton, et se rapprochant à 24 secondes des leaders. A ce moment certains commençaient à penser que Gérard Saint allait être champion du monde, tellement le rouleur normand semblait à l’aise, ce qui était logique dans la mesure où avec deux coureurs français à l’avant de la course, il n’avait fait que suivre le mouvement du peloton sans jamais y participer.

A la cloche les fugitifs n’avaient plus que 24 secondes d’avance sur Gérard Saint, et à peine une minute sur ce qui restait du peloton que l’on pressentait déjà être celui des battus, même si les échappés étaient en train de payer tous les efforts consentis depuis le début de leur aventure, rendant l’issue de ce championnat de plus en plus incertaine. C’était sans compter toutefois sur André Darrigade, lequel jetant ses dernières forces dans la bataille finit par amener l’échappée jusqu’à l’arrivée, où ce fut pour lui une formalité de l’emporter au sprint devant Gismondi, Noël Foré, Simpson et Ronchini, Anquetil remportant le sprint du peloton, qui avait repris Saint, pour s’octroyer la neuvième place à 22 secondes de Darrigade, le nouveau champion du monde, un titre qu’il n’avait pas volé ! Au contraire son audace et sa foi avaient payé, à l’issue d’une course d’anthologie, qui allait rester dans les mémoires malgré un parcours peu propice aux grandes envolées, ce qui prouve que ce sont les coureurs qui font la course…comme le dernier Tour d’Espagne l’a encore démontré.

La vidéo

Photos : Wikimedia

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Commentaires

 

c'est pour ça que quand on nous affirme que Cavendish est le plus grand sprinter de tous les temps...on peut être perplexe...meilleur sprinter de sprints massifs,peut-être,et encore...Zabel,Cippo,Abdou...bref. Mais que se serait-il passé si des mecs comme Darrigade ou Van Steenbergen avaient eu une équipe à leur service pour cadenasser les courses et les amener "en train" comme on le fait aujourd'hui?

cedabou : il y a 242 jours

 

merci pour cet article qui nous rappele de bon moment de vélo

vince : il y a 242 jours

 

Et bien, le revoilà, notre amigo Michel (MSJ) qui était parti en vacances au moment suprême où on avait vraiment besoin de lui! Tu m'as fait déjà le même coup avec ton vélo de course, of course, tu t'es bien débiné à l'époque, mais jamais avec ta plume! Très bon résumé comme d'habitude et tu nous manques sur le site! Pas vrai ladróndeguevara? Hier après-midi, voyant ton poulain se faire dominer de la sorte, j'ai eu un petit pincement au c½ur en pensant à toi, amigo! Continue d'écrire sur le vélo d'antan et de notre enfance, Michel, ça nous réchauffe le c½ur et nous fait oublier qu'on vieillit bien comme le bon vin! Au plaisir de te relire un de ces jours, bonne soirée à toi.

Agenais : il y a 245 jours

 

Darrigade reste l'un des meilleurs sprinteur français de tout les temps. Très bon article.

nicoportal : il y a 245 jours

 

merci michel, encore un tres bel article sous ta signature! oui qu 'il etait beau ce cyclisme d'avant 98 !! et que de beau souvenir , michel nous fait revivre . pour moi et je pense pour bcp d'autres "aficionados", darrigade a été le meilleur sprinter , on disait à l'époque routier sprinter , de ts les temps , meilleur que caven , car de plus il passait bien les bosses, sans pour autant etre un grimpeur , quelle classe, je l'ai vu sprinter à bordeaux , pour une seconde place sur le tour, un sprint tout en fluidité , jamais en force , une vitesse de jambes exceptionnelle, autre chose que les laboureurs du sprint!! la classe innée !!un artiste du sprint !!

circus : il y a 245 jours

 

Ah MSJ, ça fait plaisir de te relire sur le site ! Je vois que ta passion pour le cyclisme est restée intacte et que tu as adoré cette dernière Vuelta... comme beaucoup d'ailleurs vu un certain sondage du net sur la préférence des 3 Grands Tours 2012 où la Vuelta est archi-favorite (elle recueille près de 77% des votes). Mais peux-tu développer un peu + ? ;) Et ton avis sur ces Mondiaux aussi ? Merci pour cette belle page d'Histoire du vélo et de nous faire partager ta culture dans ce domaine qui nous réunit tous ici.

Chouchouduvélo : il y a 245 jours

 

ce cyclisme d'antan qu'il etait beau et populaire en rapport du cyclisme d'apres 1998, je le regrette un peu et Darrigade mon idole quand j'avais a peine 5 ans et quel champion.

sergio32 : il y a 245 jours

 

Très bon article, l'histoire du cyclisme est passionnante.. Autre cyliste que l'on pourrait citer, Louison Bobet, champion du monde en 1954, "Le Boulanger de Saint-Méen "

guillaume : il y a 245 jours

 

 

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