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ITW - Peter Sagan : 'Plus difficile que l'an passé' Photo : Antoine PLOUVIN

ITW - Peter Sagan : "Plus difficile que l'an passé"

 

Peter Sagan avant le Tour des Flandres 2014

En conférence de presse avec Peter Sagan, on n’apprend pas forcément grand' chose. Mais il y a toujours un ou des moments, où l’on rigole bien. Dans son hôtel de Courtrai, vendredi, le Slovaque nous a livré une des histoires dont il a le secret. En voulant reconnaître les 50 derniers kilomètres du parcours du Tour des Flandres, il s’est heurté à la police… qui fermait la route du Oude Kwaremont, avec la fourgonnette en travers de la voie, et un policier qui ne voulait rien entendre. « Il n’y avait rien devant mais ils n’ont pas dû comprendre. Il devait sans doute fermer pour une cyclo’ ou quelque chose d’autre… (ndlr : En réalité pour permettre l’installation des énormes espaces d’accueil « VIP », devenus légion en Flandre). J’ai dit que nous devions reconnaître cette route car nous allons courir ici dimanche. Mais il nous en a empêché. Alors nous avons fait le tour par le haut (ndlr : en rejoignant le village qui se situe au sommet). Puis nous sommes redescendus et je suis allé le voir (ledit policier) pour lui dire : ‘’Hello ! La voie est ouverte. Quel est le problème ?!  C’est juste l’histoire drôle du jour. »

 

A l’instinct…

 

Contrairement à ce que beaucoup de monde pense, le cyclisme est un sport qui évolue énormément et constamment. Des vélos « haute technologie » à 10 000€ l’unité, des tests en soufflerie, le travail du positionnement sur le vélo, toutes les performances analysées grâce au système SRM, des méthodes d’entraînement extrêmement poussées, élaborées avec des scientifiques, des plans de course élaborés à l’hectomètre près (sur 200, 250 kilomètres)… Et pourtant en course, surtout dans les classiques Flandriennes, il n’est pas question de se mettre à tout analyser. Les choses se font à la seconde. Parfois, une demie seconde de moins bien, d’inattention ou de manque de lucidité suffit à faire perdre la course. Il vient seulement d’avoir 24 ans et pourtant, on a rarement pu reprocher quelque chose à Peter Sagan dans la gestion de sa course. A l’image de la première étape des 3 Jours de La Panne, où il est resté toute la journée à l’arrière du peloton pour éviter la nervosité et surtout les chutes, est remonté très facilement, a fait exploser le peloton et a piégé des équipes comme Katusha ou les FDJ.fr d’Arnaud Démare, pourtant aux avant postes toute la journée, et ... est allé s’imposer en pensant offrir la victoire à son coéquipier Oscar Gatto.

« Le SRM, c’est bien pour analyser les données après un entraînement ou une course. Mais durant la course, s’il y a des attaques… Il y a juste à y aller ! Je n’ai pas un plan pour battre Cancellara. Tout se décidera pendant la course. » Nous voilà bien avancés…

 

Position idéale ?

 

Finalement, on va piocher dans les déclarations de Tom Boonen pour imaginer un peu plus la course de ce dimanche. « Sagan est chanceux. Il a la meilleure position, il n’a qu’à suivre ! », déclarait le champion Belge. Il est vrai que, contrairement aux formations Omega Pharma – Quick Step de Tom Boonen et Niki Terpstra, ou à la formation Trek de Fabian Cancellara, l’équipe Cannondale de Sagan n’affiche pas un effectif aussi fort. Mais la conséquence n’en est pas tant une faiblesse pour le Slovaque qu’un avantage. Cela en fera un coureur moins surveillé, mais pas démuni. Cet hiver, l’équipe Italienne a en effet recruté Oscar Gatto, en provenance de Vini Fantini, qui avait remporté l’an passé A Travers les Flandres. Une recrue de choix, que Peter Sagan voulait laisser gagner lors de la première étape des 3 Jours de La Panne, mercredi. « L’idée était de lancer le sprint pour Oscar et de le laisser aller chercher la victoire. Nous avons appliqué le plan, mais ça s’est passé différemment », avait-il déclaré. En freinant un peu trop tard, il a manqué presque rien à Gatto pour signer sa première victoire dans sa nouvelle formation. Jeudi matin, au départ de la dernière journée des 3 Jours de La Panne, Gatto, pourtant deuxième du général, était non partant pour se consacrer au Ronde et à son équipe.

« Gatto vient d’une autre équipe, où il était leader, déclare Sagan. Nous avons d’autres coureurs comme Maciej Bodnar, Kristjan Koren et Fabio Sabatini. C’est important d’avoir une bonne équipe sur ce genre de course pour bien aborder les difficultés en étant bien placés. »

 

Quelle course dimanche ?

 

On a beaucoup critiqué le parcours à cause de la double succession finale Vieux Kwaremont – Paterberg, qui favorisait une course d’attente, selon ses détracteurs. Cette année, une modification de taille a été apportée. La succession Kwaremont et Paterberg restera le point d’orgue final, mais elle ne se fera qu’une seule fois. Par contre le mythique et abominable Koppenberg a été significativement avancé, passant de 64 à seulement 45 kilomètres de l’arrivée.

« Je pense que c’est une course plus difficile que l’an passé. Mais cela dépendra de la façon dont elle est courue. Le Kwaremont et Paterberg resteront le point crucial ». On s’en doute, pour un favori, attaquer dans le Koppenberg offrirait un beau spectacle, mais serait probablement suicidaire. D’autant que, si dans la suite immédiate du Koppenberg, les difficultés s’enchaînent, il y a entre la dernière de celle-ci, le Taaienberg, et le Oude Kwaremont, 20 kilomètres ! Avec une seule difficulté : le Kruisberg (Mont de la Cruche). « Le Koppenberg peut permettre de faire une sélection, d’après Sagan. Mais le problème, c’est que le peloton sera encore conséquent, alors ça va être la grosse lutte pour l’aborder bien placé, surtout pour les outsiders. Donc, déjà, en abordant le Koppenberg, on a un gros sprint dans les jambes. »

 

Trop jeune ?

 

Il vient donc tout juste d’avoir 24 ans. Il n’a finalement encore remporté aucun monument, et même encore, jamais une course de 250 kilomètres. A Milan – San Remo, l’an passé,  il termine deuxième derrière le surprenant Gerald Ciolek ; sur le Tour des Flandres, il est deuxième derrière un Cancellara imbattable. Il a gagné Gent – Wevelgem l’an passé, mais d’une, ce n’est pas le même type de compétition et de plateau, de deux, la course avait été amputée de 50 kilomètres en raison du froid. Par contre, cette année, il a remporté un Grand Prix E3 Harelbeke de haute volée. La première vraie Flandrienne à son actif.

« Les résultats antérieurs ne sont pas importants. Ce qui compte, c’est ce qui se passe pendant la course. Ici, la connaissance des routes est importante. J’ai déjà fait toutes ces difficultés plusieurs fois en course ou à l’entraînement. Cela va être ma quatrième participation, j’ai fait une fois cinquième et l’an passé deuxième… Je ne connais pas absolument toutes les routes, mais les difficultés, je les connais. Aujourd’hui (vendredi), j’ai reconnu les 55 derniers kilomètres. Le parcours a changé, donc c’est surtout les transitions qu’il fallait reconnaître. Tom Boonen est toujours là lors des grands rendez-vous. Il connaît ces routes par cœur, il a grandi ici. Même sans doute bien mieux que Fabian (Cancellara). Mais on parle de Tom, Fabian et moi… Moi je vois beaucoup d’autres prétendants possibles. »

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Publié le par Antoine PLOUVIN, à Kortrijk