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ITW - Alain Gallopin : 'Contador, une garantie pour Trek' Photo : Sirotti

ITW - Alain Gallopin : "Contador, une garantie pour Trek"

 

Contador : "Chaque sommet est un objectif à atteindre"

Directeur sportif depuis 1994, Alain Gallopin fait partie intégrante du paysage du cyclisme mondial. Passé par la Française des jeuxCSC ou encore Astana, le natif de Mondonville-Saint-Jean est aujourd'hui membre du staff de l'équipe Trek-Segafredo. L'une des écuries les plus puissantes du cyclisme actuel, et pleine d'ambitions. Car même sans son champion olympique du contre-la-montre Fabian Cancellara, qui a définitivement raccroché, la formation américaine ne manquera pas d'arguments pour briller au plus haut niveau en 2017. À objectifs élevés, moyens élevés, et un recrutement XXL - Alberto Contador, John Degenkolb et Jarlinson Pantano notamment - est ainsi venu compléter un effectif qui compte déjà dans ses rangs des coureurs confirmés ainsi que des jeunes pousses pleines de promesses. Alain Gallopin s'est livré il y a quelques semaines pour Cyclism'Actu, acceptant d'évoquer la saison achevée comme la prochaine, qu'il espère bien couronnée de succès.

 

Alain, l'équipe Trek-Segafredo a décroché 19 victoires cette saison, soit une de moins que l'an passé, dont quatre en World Tour. Quel bilan tirez-vous de cette année 2016 ?

Je pense que le bilan est positif dans la mesure où on a eu de bons résultats. Nizzolo a gagné beaucoup de courses, Felline est monté d'un cran aussi. C'est vrai que pour Mollema, sur le Tour, c'est dommage qu'il y ait eu cette chute à deux jours de l'arrivée, ça nous a un peu gâché cette fin de Tour alors qu'il faisait une super course. Il s'est rattrapé une semaine après en gagnant San Sebastian, donc je pense que lui aussi a rempli son rôle. Fabian n'a pas gagné les Flandres, mais il fait 2e derrière un Sagan imbattable et il gagne un titre olympique au mois d'août, donc il n'y a rien à dire là non plus. On ne peut pas dire qu'il y a des déceptions comme Schleck ou Zubeldia, ce sont des anciens. L'équipe a changé par rapport à l'an dernier, on a eu plus de jeunes et l'année prochaine, on va encore franchir un cap.

 

Justement, votre équipes est à un tournant important, avec d'un côté le départ de cadres comme Cancellara, Schleck, Popovych et Hesjedal, et de l'autre l'arrivée de nouveaux leaders tels que Contador ou Degenkolb. Comment se fera la transition ?

On ne remplace pas un Cancellara comme ça, c'est un grand grand champion. Il a un palmarès impressionnant. Quand tu arrives sur une course comme Roubaix ou les Flandres avec lui, tu sais que tu as sept coureurs pour lui, car on sait que s'il n'a pas de problème, il fait au moins podium. Il avait donné des garanties à ce niveau là. On ne remplace pas un Cancellara comme ça. Maintenant, l'apport de Degenkolb, qui a quand même gagné Paris-Roubaix et Milan-San Remo l'an dernier, nous fait un leader de remplacement. Concernant des Stuyven, Theuns et Nizzolo, ils auront un peu plus d'ouverture sur les Classiques car on n'aura pas besoin de contrôler une Classique avec Degenkolb comme on le faisait avec Cancellara. C'est un peu différent, nous aurons une équipe de Classiques, avec Degenkolb comme leader, et notre façon de courir sera un peu transformée.

Concernant Schleck ou même quelqu'un comme Zubeldia, qui refait un an de plus, leur carrière est derrière eux. On pensait que Contador voulait arrêter et finalement il fait deux ans de plus, c'est quand même une garantie de résultats. Il est toujours là, il fait le spectacle, il gagne des courses, c'est une garantie de points UCI et à mon avis, c'est encore un type qui sur un Tour de France, s'il n'a pas de problème, est au minimum sur le podium. Je pense qu'il a encore une chance de gagner le Tour.

 

Avant que vous n'officialisiez l'arrivée d'Alberto Contador, beaucoup de médias voyaient Vincenzo Nibali vers votre équipe. Jusqu'où ont été les contacts avec lui ?

C'est Luca [Guercilena] qui s'occupe de ça, il a été beaucoup en contact avec lui en début d'année. Forcément, notre manager est italien, le co-sponsor Segafredo est italien, Nibali avait envie de changer d'air donc on était l'équipe parfaite pour lui. Ca a été l'option étudiée en début de saison, mais très vite abandonnée car il a eu le projet avec le Bahreïn. Il a choisi une autre option, c'est pour ça qu'après, Luca avait besoin encore, même si Mollema a franchi un cap cette année, d'un grand leader en grand Tour. Il n'y en avait pas 50 000. Alberto, c'est une garantie de résultats et de présence. Contador est un super leader et il n'est pas si vieux que ça quand même.

 

Avez-vous prévu d'autres mouvements sur le marché des transferts dans les semaines à venir ?

On a 27 coureurs pour l'instant, c'est en stand-by. Si Luca a une possibilité d'avoir un peu de budget supplémentaire, on aimerait avoir un peu plus de coureurs mais pour l'instant, c'est 27. On a une équipe de Classiques bien faite, et de nombreux grimpeurs autour d'Alberto. On a recruté très bien et beaucoup de coureurs différents, donc c'est suivant les opportunités.

 

Parmi vos coureurs les plus prometteurs, Julien Bernard, Jasper Stuyven et Fabio Felline ont encore montré de belles choses cette année. Qu'attendez-vous d'eux en 2017 ?

Jasper va avoir beaucoup d'opportunités sur les Classiques, ça va être un co-leader très important. C'est vrai qu'il a prouvé quelque chose cette année, on l'a vu encore aux Championnats du monde, il état très fort. On attend de lui qu'il passe une étape supplémentaire, la façon dont il a gagné Kuurne l'an dernier montre qu'il peut très bien gagner une grande Classique dès cette année. Personne ne parle trop de Theuns, mais il va aussi montrer pas mal de choses. C'est un grand coureur, j'ai beaucoup aimé ce gars-là cette année, dommage qu'il soit tombé sur le Tour, mais c'est un grand talent.

Julien a passé un cran cette année. Il était déçu de lui en début de saison mais je lui ai dit : "Tu ne passes pas du SCO Dijon au Tour de Catalogne comme ça". La marche est très haute, il était un peu surpris aussi de voir le niveau d'un Tour de Catalogne ou d'un Tour de Romandie. En deuxième partie de saison, sur la Vuelta ou Abu Dhabi, il a été très bon. Il a montré beaucoup de bonnes choses, ce qu'on veut c'est qu'il passe un cran au-dessus lui aussi. Peut-être le Giro l'année prochaine pour continuer sa progression, à moins qu'il ne montre des choses sensationnelles en début de saison et qu'il fasse le Tour avec Alberto, on va voir.


Concernant Felline, il a eu un accident à l'Amstel et a été arrêté deux mois. Il fait une super fin de saison, il finit 2e du Tour de Pologne et ensuite la Vuelta, où il a été cherché le maillot par points. Il a montré une régularité assez impressionnante, il a été capable de faire les sprints et d'être là en haute montagne, donc ça prouve des choses. Il peut faire de grandes choses, il a juste besoin d'avoir encore plus confiance en lui. Il a déjà franchi un cap cette saison, il risque de surprendre l'année prochaine.

 

Les parcours du Tour de France et du Giro d'Italia ont été dévoilés, quel est votre sentiment sur ces tracés ? Il y a de quoi faire pour vos coureurs ?

Je pense que quelque soit le parcours, ce sont toujours les mêmes coureurs qui gagnent, les plus forts. C'est parfois intéressant en début de Tour, comme par exemple quand on était parti d'Angleterre, qu'on a fait les pavés et un peu de montagne, ça laissait beaucoup d'opportunités pour les outsiders mais à la fin, les plus forts gagnent toujours. A part en 2012, où le Tour de France était vraiment réservé aux rouleurs, c'est toujours un grimpeur qui gagne. Les chronos font des différences mais c'est toujours pour les grands grimpeurs, Quintana, Froome, Contador et cie. 

 

Avec un parcours que Christian Prudhomme a qualifié de favorable aux "audacieux", ne serait-ce pas le moment pour Contador de réaliser un dernier coup d'éclat sur le Tour ?

Pour les audacieux, on a vu par exemple mon neveu aller chercher le maillot jaune dans une échappée. Cette année, il y avait beaucoup moins de possibilités, mais Van Avermaet a été chercher le maillot jaune. Les leaders se neutralisent toujours dans les étapes de moyenne montagne, ça se passe toujours dans les arrivées au sommet ou dans la dernière descente. C'est toujours comme ça. Ca laisse des opportunités, des possibilités pour les outsiders d'aller chercher un maillot jaune, de faire des coups à la Voeckler, mais pour les leaders, personne ne va laisser partir Contador.

Il peut se passer un coup lors d'une étape avec du vent, comme on avait vu à Saint-Amand-Montrond il y a trois ans, qui avait éliminé certains leaders, mais à la fin, on ne va jamais laisser partir une échappée avec Contador. Il peut faire des coups comme il l'a fait sur la Vuelta, d'ailleurs c'est lui qui fait gagner Quintana le jour où il a attaqué dès le départ, mais il l'a fait alors qu'il n'avait plus rien à perdre. S'il est encore en position de gagner le Tour, il ne prendra pas ce risque-là. C'est un attaquant. Pour l'avoir dirigé pendant deux ans, quand il était plus jeune et certainement plus fort aussi, j'avais toujours besoin de le calmer. On n'a plus besoin de le calmer maintenant qu'il a beaucoup d'expérience, je pense qu'il va suivre son instinct. S'il a une opportunité, on ne va pas se gêner mais on ne peut pas imaginer un scénario où Contador prend une échappée et qu'on le laisse filer. La seule possibilité, c'est qu'il fasse des coups comme sur la Vuelta. Le terrain s'y prête, on va voir. 

 

Avez-vous déjà discuté avec certains d'entre de vos coureurs sur ces tracés ? Verra-t-on le duo Mollema-Contador associé sur le Tour ?

On a une réunion la semaine prochaine où on verra ça. Ce qui est clair, c'est que Contador visera le Tour. Pour Bauke, il n'y a rien de décidé pour l'instant. De toute façon, ça risquerait d'être Tour et Vuelta pour Contador, et Mollema on ne sait pas encore. On décidera bientôt. Normalement les programmes sont déjà faits mais avec la réforme World Tour, les querelles entre l'UCI et les équipes, on attend un petit peu.

 

Pour terminer, un petit mot sur la saison de votre neveu Tony ?

Je pense qu'il a fait une bonne saison. Il est très régulier, toujours présent quand il doit être là. C'est vrai qu'au début, il a été malade au mauvais moment, pendant les Ardennaises. Il a quand même fait un bon Paris-Nice et après, il a hésité entre les Flandres et les Ardennes. Il a été malade sur les Ardennes donc ça lui a gâché une bonne période. Après il est bien revenu, c'est dommage qu'il ait perdu les Championnats de France. Il est tombé sur un super Vichot qui apparemment était imbattable ce jour-là. Il a fait beaucoup de places de deuxième.

Le Tour était réservé aux grimpeurs, il y avait une opportunité sur l'étape du Lioran et Van Avermaet l'a saisie. Il est tombé sur le chrono à mi-parcours, et quand tu tombes sur le Tour, tu dors mal, tu ne peux plus te faire masser, donc ça lui a un peu gâché son Tour de France. Il s'est bien repris à San Sebastian et en fin de saison, je pense qu'i la fait une saison correcte, pas mirobolante mais correcte. Il continue sa progression, on verra ce que ça donne l'année prochaine. Je pense qu'il risque de revenir sur les Flandriennes. Le problème de Tony est qu'il est bon dans beaucoup de domaines mais super nulle part. Il reste un bon coureur et dans une bonne équipe, il a encore un an de contrat avec Lotto donc on verra la suite.

Propos recueillis par Quentin Ballue

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Publié le par Quentin BALLUE

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