Interview
Samuel Dumoulin : « Je voulais terminer sur une bonne note »
Par Bertrand Latour
Publiée le 17/09/2012 à 19:31
Il est l'homme qui a offert la troisième Coupe de France consécutive à l'équipe Cofidis. Après Leonardo Duque, Tony Gallopin c'est Samuel Dumoulin qui a inscrit son nom au palmarès de cette épreuve en 16 actes. Pour Cyclism'Actu, le Savoyard a accepté de revenir sur son succès acquis dimanche au terme du GP d'Isbergues. Le futur coureur de la formation AG2R-La Mondiale revient aussi sur cinq années passées au sein de la formation nordiste. Et, il explique les raisons de son retour dans l'équipe qui l'a révélé au haut-niveau. Lui, le gendre de Vincent Lavenu. Entretien.
Samuel, vous avez gagné la Coupe de France depuis hier, un bel objectif d'atteint ?
Cela me tenait à coeur de remporter la Coupe de France. Je m'étais pris au jeu depuis le mois d'avril et la semaine où il y avait les quatres manches (Paris-Camenbert, GP de Denain, Tour du Finistère et Tro Bro Léon). J'étais en position de l'emporter et j'ai eu le soutien de toute l'équipe. Quand j'ai décidé de partir pour AG2R La Mondiale, je voulais remporter ce trophée pour finir sur une bonne note et laisser la Coupe de France à Cofidis.
Depuis quand, avez-vous ce classement général de la Coupe de France en tête ?
Depuis mi-avril. J'avais remporté la première manche, le Grand Prix la Marseillaise. Ensuite, mon programme initial ne passait pas forcément par toutes les manches de la Coupe de France, mais étant donné, ma chute sur le Tour de Catalogne, j'ai du changer mon programme. Je devais disputer Paris-Camenbert, à ce moment-là j'étais leader avec deux coureurs, et je me suis dit pourquoi pas tenter le coup en faisant toutes les manches ? A l'issu du Tro Bo Léon, j'étais toujours en tête et j'ai donc fixé mon programme là-dessus. Cela s'est bien déroulé, j'ai réussi à bien maîtriser les courses avec l'aide de tous mes équipiers. Je n'ai pas remporté de manches (NDLR : le GP La Marseillaise) mais j'ai été toujours présent aux avant-postes malgré la lutte difficile avec Julien Simon.
« A partir de la Polynormande, c'était plus un calcul »
Vous n'avez remporté qu'une seule manche. En revanche, vous avez notamment trois places de second à votre actif. C'est la régularité qui a payé...
Il y avait un barème de points donc il fallait en tenir compte. Au début, quand j'ai souhaité conquérir ce titre, j'avais l'envie de remporter des courses. Bon, deux fois j'ai buté sur Julien Simon qui est un des meilleurs français cette année. Sur le coup, c'était des déceptions mais j'étais quand même leader au général. A partir de la Polynormande, où j'ai repris la tête, c'était plus un calcul pour essayer d'engranger des points afin de remporter le trophée. Dans la deuxième partie, j'ai plus calculé que vraiment tenté de remporter les courses à chaque fois.
Seul Julien Simon pouvait encore vous battre avant la course d'hier. Dans quel état d'esprit étiez-vous avant le départ ?
J'étais assez serein car je savais que ce n'était pas une course où il pourrait me reprendre beaucoup de points. Il y avait de grandes chances que cela arrive au sprint. Je n'étais pas dans une super condition. Cette semaine, je n'avais pas de bonnes sensations à la suite du voyage au Canada. Mais, il n'y avait pas trop de risques. La différence de points avec Julien Simon était quand même importante. J'espérais faire la différence et me mettre à l'abri avant la dernière manche. Malgré ma chute, j'avais encore des bonnes jambes dans le final. J'ai été bien aidé par l'équipe donc ça m'a permis de faire une place suffisante pour remporter le trophée.
Comment êtes-vous tombé ?
Cela s'est déroulé sur une partie technique où il y avait des monts. Ca frottait beaucoup pour se placer à l'approche des difficultés. Puis, dans un virage en bas d'une descente, il y avait des graviers et j'ai perdu la roue avant. Sur le coup, j'étais un peu choqué. Mais il fallait que je reparte pour la Coupe de France. Le rythme imprimé par Argos-Shimano n'était pas très fort et je me suis dit que j'avais la possibilité de rentrer au sein du peloton. Finalement, j'ai bien fait.
Seriez-vous reparti dans une autre situation ?
Je ne sais pas... C'est sûr que l'ambition de remporter la Coupe de France a compté dans ma décision de repartir.
« J'ai été régulier »
Cette victoire est un beau cadeau d'adieu pour l'équipe Cofidis que vous vous apprêtez à quitter...
L'équipe m'a fait confiance tout au long de ces cinq années de collaboration. Elle m'a toujours supporté. Cela me tenait à coeur de leur offrir ce trophée. Cela m'aurait embêté de terminer deuxième donc je me suis vraiment accroché. Je suis resté concentré, j'ai fait le métier pour être opérationnel à chaque manche. Tout le monde a joué le jeu aussi, à commencer par mes équipiers. Sans eux, je n'y serais pas arrivé. A chaque fois, ils ont laissé leurs ambitions de côté pour pouvoir m'épauler. Nous avons couru cette coupe de France comme une course à étapes. Voilà, on l'a gagné. En plus, c'est la troisième fois de suite, après Duque et Gallopin. Il s'agit d'une belle récompense. Même si nous ne sommes pas trop présents au niveau du classement par équipes, car c'est compliqué quand on vise le général à l'individuel, nous avons montré qu'on avait le collectif pour gagner ce genre de trophée.
Quel bilan tirez-vous de votre saison à titre personnel ?
Le bilan est bon, malgré tout, avec cette victoire en Coupe de France. C'est certain que j'ai remporté moins de courses que les deux années précédentes. J'ai manqué un peu de réussite. Il n'y avait pas, non plus, une grosse dynamique au sein de l'équipe. J'ai fait de nombreux podiums. Souvent, il m'a manqué peu de choses pour remporter des victoires. J'ai été à un bon niveau sur la saison, je pense même avoir progressé un petit peu. Même s'il me manque ces victoires, je n'ai pas régressé pour autant. Tout au long de l'année, j'ai été présent depuis la Marseillaise, jusqu'à Isbergues où je termine cinquième. J'ai été régulier. Mon Tour de France a été correct en étant dans des échappés et en faisant des places d'honneur. L'année est quand même satisfaisante.
« L'éviction d'Eric Boyer n'a pas aidé à apaiser le groupe »
Et sur le plan collectif ?
Nous avons eu un peu de mal cette année. Depuis deux ans, l'effectif s'est amoindri au niveau de la qualité. Certains coureurs sont partis. La dynamique ne s'est pas créée. Nous n'avons pas été aidé par les coups du sort. J'ai chuté, Rein Taaramae a eu des ennuis de santé sans parler des pépins qu'ont pu connaître d'autres équipiers. Jamais, l'équipe n'a réussi à véritablement se lancer. Nous n'avons pas rempli nos objectifs et notre quota de victoires. On espérait remporter le maillot blanc sur le Tour. Pourtant, tout au long de l'année, nous avons travaillé. On a été sérieux. Il y a aussi eu des évènements dans l'équipe, notamment l'éviction d'Eric Boyer, qui n'ont pas aidé à apaiser le groupe. Malgré cela, nous avons fait avec les moyens du bord. Tous, on n'a pas baissé les bras. En tout cas, j'espère que l'équipe Cofidis pourra rebondir l'année prochain.
Ce sont toutes ces raisons qui vous ont convaincu de partir de l'équipe et de rejoindre AG2R ?
Avec l'éviction d'Eric Boyer, j'arrivais en fin de cycle. Il m'avait fait venir dans l'équipe. J'ai du prendre ma décision dans une période trouble au moment où Yvon Sanquer venait juste d'arriver en poste. J'avais une proposition d'AG2R qui me garantissait un calendrier plus conséquent. Ils étaient très enthousiastes à l'idée que je revienne dans l'équipe. Ils veulent que je remporte des courses et ils sont prêts à mettre un collectif à ma disposition. L'aspect famille a aussi compté dans mon choix, et pour toutes ces raisons, j'ai décidé de revenir chez AG2R. Changer dans une carrière, ça fait toujours du bien. Cela permet de se relancer et de se remettre en question. J'espère que mon choix se révèlera payant.
« Mon programme sera sensiblement le même »
Ce choix peut paraître surprenant quand on sait que vous aviez quitté la formation de Vincent Lavenu, votre beau-père, à cause de ce lien de parenté...
Oui, mais les conditions étaient différentes. J'avais aussi besoin de voir autre chose, d'apprendre. J'avais été sollicité par Cofidis à un moment où j'étais en fin de cycle. Il fallait que je rebondisse. Maintenant, j'ai pris de l'expérience, j'ai appris beaucoup de choses au sein de l'équipe Cofidis, et à 32 ans, je suis plus mature. L'équipe AG2R a aussi évolué.
Quels seront vos objectifs la saison prochaine ?
Ce n'est pas encore clairement défini. Mon programme sera sensiblement le même avec toujours l'idée de faire un bon début de saison pour bien lancer l'équipe en étant performant sur Paris-Nice puis sur le Tour de Catalogne. J'aurais peut-être aussi la possibilité de faire les classiques comme Milan-San-Remo, l'Amstel ou la Flèche Wallone. Ensuite, il y aura sûrement le critérium du Dauphiné et le Tour de France, si j'ai ma place, pour tenter de gagner une nouvelle étape.
« Les Mondiaux ? Une pétite déception »
Laurent Jalabert ne vous a pas sélectionné pour les Mondiaux de Valkenburg. Comment l'avez-vous vécu ?
Cela a été une petite déception. J'aurais aimé y participer même si je connaissais les règles du jeu avec Thomas Voeckler en leader. J'avais dit à Laurent Jalabert que cela ne me dérangeait pas de travailler pour l'équipe. L'année dernière j'avais apprécié l'ambiance de l'équipe de France. Nous étions un bon groupe. Il y avait une bonne ambiance. Les Mondiaux, ce sont un des plus gros évènements cyclistes de la saison donc c'est toujours bien de pouvoir y participer. Mais, je sentais que ce serait difficile d'obtenir la sélection. Je n'en fais pas partie. Ce n'est pas un drame. La victoire en Coupe de France me permet de passer outre cette déception.
Justement, la Coupe de France se termine avec le Tour de Vendée vous allez avoir à coeur de bien terminer...
C'est sûr, j'en parlais dimanche avec Daniel Mangeas sur le podium. Pourquoi pas gagner au début de la saison puis à la fin ? Je vais essayer de bien m'appliquer sur cette dernière manche où je n'aurais aucune pression. Cette course me réussit généralement bien. En plus, cela clôturera ma saison. Avant, j'aurais fait Paris-Bourges et Paris-Tours. Je vais faire ces trois épreuves à fond pour espérer en gagner une. Cela me ferait du bien de terminer sur une victoire.
Propos recueillis par Bertrand LATOUR (avec Renaud BREBAN)
Photo : Sirotti / Cyclism'Actu


















Commentaires
Bravo pour le trophé et même si la saison n'est pas encore fini,bonne saison 2013.pouet-pouet : il y a 245 jours
IL DEVRAIT REMPORTER 4 A 5 COURSES POUR AG2R l'an prochainCIRCUS : il y a 245 jours
Un coureur super sympa. Il est encore capable de belles choses!Alexis : il y a 245 jours
J'espère qu'il sera au top l'an prochain, si c'est le cas il pourrait aider Ag2r à gagner des courses parce que cette année c'est compliqué. Ag2r est une équipe solide, mais il manque des gagneurs donc j'espère que Dumoulin leur fera du bien.athletic : il y a 245 jours
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