Interview
Bryan Coquard : « Me rapprocher de mes limites »
Par Alexandre Mignot
Publiée le 02/08/2012 à 19:30
Ce Jeudi, le vélodrome a ouvert ses portes aux Jeux Olympiques de Londres. Du côté de la délégation française, de nombreuses médailles sont espérées. Même si l’on attend davantage les sprinteurs, Grégory Baugé en tête, il ne faut pas oublier les autres. Bryan Coquard, un tout jeune coureur de 20 ans rêve lui aussi d'une médaille olympique. Le talentueux coureur de Vendée U, spécialiste de l'Omnium, et vainqueur du général de la Coupe du Monde dans cette discipline cette année, se présente sur ses premiers Jeux avec beaucoup d'ambition et de motivation. Souvent placé, ce qui lui a d’ailleurs permis de remporter la Coupe du Monde de la spécialité, il ne sera pas favori mais sait qu'une médaille lui est accessible, mais la concurrence s'annonce rude. Phénomène de précocité, Coquard entame toutefois cette olympiade sans pression. Très serein, content et impatient de rentrer dans le vif du sujet, le jeune Tricolore s'est confié à Cyclism'Actu, peu avant le début de son tournoi qui se jouera samedi et dimanche. Lui, qui passera pro chez Europcar la saison prochaine vit un rêve éveillé, et nourrit de belles attentes sur le court, mais aussi sur le long terme. Quant à la piste, il devra sans doute la mettre de côté lors de son passage chez les pros, mais il le promet, il y reviendra. En attendant, il ne pense qu’à sa compétition olympique avec la fougue de sa jeunesse. Entretien.
Bryan, à 20 ans, vous vous apprêtez à participer à vos premiers Jeux Olympiques, que ressentez-vous ?
Il y a d'abord l'ambiance et l'atmosphère du village olympique. C'est simplement gigantesque, c'est vraiment génial. Et maintenant, je suis pressé de rentrer dans ma compétition. Je suis pressé d'y être, mais d'un côté j'y suis presque déjà un peu. Le fait d'être au village me permet de vivre les Jeux de l'intérieur, et même si je reste impatient d'entrer dans le vif du sujet, l'ambiance fait qu'on s'y croit déjà.
À quoi vous attendez-vous ces prochains jours ?
À quoi je m'attends... Je ne sais pas trop à vrai dire. Je sais une chose en revanche : je suis venu là pour une médaille, et j'ai tout fait durant ma préparation pour atteindre cet objectif. Je me suis bien entraîné, je suis en bonne condition, donc il n'y a pas de raison que ça ne marche pas. Après, le vrai bilan se fera le Jour J, mais je suis plutôt confiant, j'ai mis toutes les chances de mon côté.
« Je suis pressé d'y être »
L'Omnium, c'est l'art de la polyvalence, comment on se prépare pour une discipline comme celle-ci ?
Il est vrai que ce n'est pas facile de se préparer pour l'Omnium. Ce qu'on a l'habitude de dire, c'est qu'il faut travailler ses points faibles, mais dans le même temps, continuer d'améliorer ses points forts. Il faut faire la balance entre les deux. Me concernant, j'ai plutôt des bonnes qualités de vitesse, et comme ça ne se perd pas vraiment, je peux me concentrer et travailler davantage sur le fond. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait dernièrement.
Sur quelles épreuves devez-vous impérativement prendre le maximum de points ?
Personnellement, c'est clair que j'ai la course à l'élimination en tête. Et pour cause, je n'ai pas perdu une seule fois cette épreuve depuis deux ans maintenant. Donc c'est sûr que celle-là, j'ai envie de la gagner. Après, il faut être concerné par toutes les épreuves, être régulier, et donner son maximum sur chacune d'entre elles. Ce qu'il y a de bien par ailleurs, c'est que depuis peu, j'apprécie vraiment toutes les épreuves de l'Omnium, je prends vraiment du plaisir sur chacune d'entre elles. Ce n'était pas le cas il y a encore 3 ou 4 mois. Auparavant, j'appréhendais un peu les épreuves, mais aux championnats d'Europe Espoirs il y a quelques semaines, j'ai pris du plaisir sur la course aux points et la poursuite individuelle, qui étaient pourtant mes deux points faibles. J'ai vraiment apprécié courir ces épreuves lors de cette compétition, et je dois avouer que depuis, j'aime toutes les épreuves. C'est pourquoi je suis pressé d'y être.
Y a-t-il tout de même des épreuves où vous devez limiter la casse par rapport à vos adversaires ?
Oui c'est sûr, ce sont la course aux points et la poursuite individuelle. Ce sont les deux épreuves où j'ai des lacunes, mais ce sont des lacunes au niveau mondial. C'est à dire qu'aux Jeux par exemple, mes lacunes seront peut-être un peu plus visibles du fait que je cours contre les tous meilleurs mondiaux dans ce domaine. Certes ce sont donc des lacunes, mais au championnat d'Europe, je termine vice-champion d'Europe de la course aux points, et troisième de la poursuite individuelle dans l'Omnium. Il faut donc relativiser. Ce ne sont des lacunes qu'au niveau international Elites, par rapport aux « grands » de la discipline.
« Mon objectif est clairement d'aller chercher une médaille »
Malgré tout, vous faites plus ou moins partie des favoris. Est-ce dur à assumer à votre âge ?
Je ne pense pas faire vraiment partie des favoris. En tous les cas, je ne me vois pas comme un favori. Par contre, c'est clair que je pense avoir des chances de médaille. Après, je ne suis pas champion du monde non plus. J'ai gagné le général de la Coupe du Monde, ce qui montre ma régularité et prouve que je peux faire de belles choses, c'est vrai. De là à me considerer comme l'un des favoris, je ne pense pas, mais comme je l'ai dit, je pense être parmi ces principaux coureurs ayant des chances de médaille.
Comment peux-t-on passer d'une belle régularité sur toute une saison, à une seule et grosse performance sur une compétition, où il ne faut pas se manquer ?
A vrai dire, cela ne change pas vraiment des manches de Coupe du Monde. J'ai certes gagné le classement général de la compétition, mais j'ai toujours pris les courses les unes après les autres, sans calculer. Je n'ai jamais gagné un Omnium chez les Elites depuis deux ans, bien qu'ayant fait plusieurs places de deux. J'ai fait 2e au championnat d'Europe, 2e à Pékin, 3e à Cali, alors je me dis pourquoi ne pas débloquer mon compteur cette semaine (rires).
Donc concrètement, votre objectif, c'est une médaille ...
Oui, c'est clair. On est aux Jeux Olympiques, et je ne viens pas pour faire quatrième. J'ai des ambitions, et mon objectif est clairement d'aller chercher une médaille. Mais l'Omnium c'est long, et tout peut arriver. On peut passer par plein de situations, par des moments de joie, de détresse ... Non, vraiment, sur l'Omnium, on peut tout connaître en l'espace de quelques heures et passer par tous les états. Moi je souhaite simplement prendre les épreuves les unes après les autres, donner le maximum à chaque fois, et on fera les comptes à la fin de la compétition.
« Il faut relativiser et apprendre de ses erreurs »
Quels adversaires pointez-vous pour ces JO ?
Je pense que le champion du monde Australien, Glenn O'Shea, va vraiment être très fort. Je pense également au Colombien Juan Esteban Arango, qui pourrait être très dur à battre s'il est aussi fort qu'il l'était chez lui à Cali, puis à Londres quelques semaines plus tard. Ensuite, il y a toujours les habitués du podium, comme l'Allemand Roger Kluge, l'Italien Elia Viviani ou encore le Canadien Zachari Bell. Je pense que l'on est 7 ou 8 à pouvoir grimper sur le podium, donc il faudra être très fort et avoir aussi de la réussite et de la chance. Ça joue aussi.
Est-ce que votre échec aux Mondiaux cette année vous a permis d'en tirer quelques leçons et d'acquérir de l'expérience ?
C'est sûr que j'étais un peu déçu sur le moment. Après, il faut relativiser et apprendre de ses erreurs. Je pense que ce sont d'ailleurs davantage des erreurs tactiques que j'ai commises. J'ai rapidement perdu mon Omnium dans la tête puisque j'ai pris beaucoup de risques sur la course aux points, et ça n'a pas marché. Si ça passait, je pouvais être parmi les trois premiers de la course aux points, et pourquoi pas champion du monde dans la foulée, mais ça n'a pas été le cas. J'ai trop couru sur mes qualités et ça n'a pas payé. Maintenant, je connais aussi mes limites, et il faudra s'en rapprocher le plus possible pour espérer la médaille ici à Londres.
A côté de la piste, vous êtes également très actif sur la route. Les deux sont complémentaires ?
Ah c'est clair ! Moi, je l'ai toujours dit, je suis un fervent défenseur de la piste. La piste, ça ne peut faire que du bien et ça permet aussi de travailler des qualités qu'on ne peut pas travailler sur la route. Quand on s'entraîne sur la piste, on peut atteindre des intensités que jamais on ne pourrait atteindre sur la route. Je pense que j'ai encore prouvé l'utilité de la piste il y a un peu plus d'une semaine, en remportant la Coupe de France DN1 qui faisait près de 200 kilomètres et qui était super accidentée. J'ai gagné cette Coupe de France après avoir fait une semaine exclusivement sur la piste pour préparer les Jeux. C'est une belle preuve que c'est largement compatible, et je pense qu'il n'y a pas assez de coureurs qui font comme moi. D'ailleurs, si je prends un autre exemple avec Elia Viviani. Il a fait beaucoup de piste l'hiver dernier, résultat, il a gagné six courses en début de saison. Et en plus, il est professionnel, donc cela prouve bien que c'est faisable. Ensuite, tout est une question de gestion. C'est vrai que quand tu reprends la route après, tu as un peu de mal au début, mais il faut s'accrocher, et ça revient très vite.
« Un sprinteur qui passe les bosses »
De Vendée U, vous allez passer chez Europcar à l'intersaison. La suite logique ?
C'est vrai que quand on évolue chez Vendée U, on a toujours en tête cette idée de passer pro chez Europcar. Après tout, c'est en quelque sorte la réserve, mais ce n'est pas simple pour autant. Il faut y arriver. Être chez Vendée U n'assure pas obligatoirement un passage chez les pros. Mais c'est sûr que de mon côté, je suis super content d'intégrer l'équipe Europcar l'année prochaine.
Sur la route, quel type de coureur êtes-vous ? Un pur sprinteur ?
Je préfère ne pas me donner de profil spécifique avant d'être chez les pros, puisque tout le monde sait que les compteurs seront entre guillemets remis à zéro. Chez les Amateurs, je suis davantage un sprinteur qui passe les bosses, mais je ne connais pas vraiment mon niveau par rapport aux coureurs pros, donc je ne pourrais pas dire ... Dans les bosses chez les Amateurs, je n'étais pas ridicule, mais il faut voir ce que ça donne dans un peloton professionnel. Je serai donc l'un des sprinteurs de l'équipe, et on verra après ...
Est-ce que passer pro sur la route impliquera, à plus ou moins long terme, de mettre de la piste de côté ?
C'est sûr... La piste n'est pas très bien vue chez les équipes professionnelles, pas particulièrement chez Europcar, mais en général, dans toutes les grosses équipes pros. Après dans ma tête, je continue de raisonner de la même manière en me disant que la piste, ça ne peut pas faire du mal en vue de la route, et au contraire, que ça ne peut faire que du bien. Comme je l'ai dit précédemment, la piste permet de travailler certaines choses que l'on ne peut faire sur la route. Néanmoins, je vais bien être obligé de mettre la piste de côté, puisqu'il faut faire ses preuves sur la route. On ne peut pas arriver chez les pros et immédiatement imposer ses choix et ses envies. Donc je vais sûrement la délaisser un petit moment, mais à coup sûr, je reviendrai sur la piste un jour.
« J'ai envie de finir cette page en beauté »
A 20 ans, vous participez à vos premiers JO, vous avez votre premier contrat pro signé. Vous pouviez difficilement espérer mieux...
C'est clair ! Déjà l'année dernière en entrant au Vendée U et en commençant chez les Elites sur la piste, c'était déjà pas mal. Si on m'avait dit que deux ans après, j'aurais fait les Jeux et signé mon contrat pro, j'aurais signé tout de suite. Je suis content, ce sont plein de belles choses, et puis c'est aussi une page qui se tourne, la fin d'un cycle de plusieurs années sur la piste où j'ai vécu des moments extraordinaires. J'ai envie de finir cette page en beauté.
Sinon, les JO 2016, vous les avez déjà en tête ?
Non, non ! Je pense à ceux qui viennent, et après on aura le temps de voir venir. On verra donc ça plus tard.
Propos recueillis par Alexandre MIGNOT


















Commentaires
@fab85 petite précision, S Turgot s'est mis que tard à la piste... Gaudin et Cousin étaient quant à eux des assidus des épreuve srégionales... Vive la formation des jeunes sur piste.... Pour rappel Chavanel Riblon étaient de grands pistards... Avis aux éducateurs des clubs...mikl : il y a 317 jours
Ce jeune coureur est très prométeur! C'est un jeune sérieux, avenant et souriant qui sait se mettre au service des autres, ce qui ne lui empêche pas d'avoir des ambitions! A surveiller aussi sont copain Pierre-Henri Lecuisinier! D Gaudin, S Turgo, J Cousin d'Europcar sont aussi passés par la piste avec des résultats très bons.FAB85 : il y a 319 jours
Quand on regarde la liste des pistards engagés aux JO, on peut voir qu'il y a un bon nombre de coureurs cyclistes dans le peloton professionnel sur route. Donc comme le dit Coquard, c'est pas incompatible. Et pour ceux qui ne font plus de la piste, leurs qualités sur route fait souvent ressortir les bonnes bases de ce qu'ils ont appris sur la piste. Ce serait dommage de mettre de côté si jeune (20 ans) une discipline que Coquard aime et qui peut encore lui être très utile sur route.Chouchouduvélo : il y a 319 jours
Bryan est un coureur qui fait du bien au cyclisme......mikl : il y a 320 jours
Je ne connais pas personnellement ce jeune mais il semble avoir un bon état d'esprit et la tête sur les épaules. Bonne carrière à lui et qu'il brille aux JO...Ecouves61 : il y a 320 jours
bravo tu es lucide la medaille sera dure mais bon sait on jamais fait nous reve a l elimination parce que la tu es top tu es LE BOSS MAIS TU REVE UN P²EU EN ESPERANT FAIRE DE LA PISTE UNE FOIS PRO C EST FINI ET ON VOIT CE QUE CA DONNE AUCUNE CHANCE DE MEDAILLE AU JO POUR LES ROULEURS PRENEZ EXEMPLE SUR LES AUSTRALIENSfan de : il y a 320 jours
CE COUREUR ME PLAIT BIEN QUAND IL DIT QUE LE MEILLEUR ENTRAINEMENT POUR LA ROUTE , C'est la piste !!!!hélas , comme il dit bcp de D.S.NE PENSENT PAS COMME LUI et c'est dommage, pour le cyclisme français. REGARDEZ CAV' , et wiggins se sont des transfuges de la piste , comme l'étaient dédé darrigade , sercu, van stenbergen , et plus loin, charles pélissier. LE PIGON FIXE c'est le secret de bcp de victoires!!allez coquard, tu es dans le vrai, surtout n'écoute pas trop les D.S., suit ton instinct!!CIRCUS : il y a 320 jours
Bonne ITW , il peut toujours poursuivre un peu sur piste , Je sais pas Wiggo en a fait durant ses 6 premières années pro. Riblon fait la madison chaque année au mondiaux etc. Après en effet , nous avons plus de chance chez les gars que chez les filles d'être médaillés car je vois mal Clara Sanchez gagné l'omnium.nicoportal : il y a 320 jours
Franchement ca c'est un talent pur j'ai hate de le voiur face aux Demare BouhanniCoquard a jamaid : il y a 320 jours
bonne chance Bryan pour JO. super recrue pour europcar.vonx : il y a 320 jours
Belle interview, d'un petit prodige. Il fait une saison énorme chez les amateurs. Un beau renfort pour Europcar chez qui il manque un vrai bon sprinteur. Allez Bryan tu vas aller nous la chercher cette médaille !Enzo : il y a 320 jours
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