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ITW - Yoann Offredo privé de Paris-Roubaix : 'C'est dommage' Photo : @WantyGobert

ITW - Yoann Offredo privé de Paris-Roubaix : "C'est dommage"

Seuls quatre coureurs ont terminé dans le top 15 du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix en 2017 : Greg Van Avermaet, Gianni Moscon, John Degenkolb, et un certain Yoann Offredo. Amoureux des pavés et des Classiques du Nord, le Français n'aura néanmoins pas la chance de disputer l'Enfer du Nord le mois prochain, l'équipe Wanty-Groupe Gobert n'ayant pas été invitée par l'organisation. Malgré tout, Yoann Offredo aura de quoi faire dans les jours à venir avec le Grand Prix E3 Harelbeke ce vendredi, Gand-Wevelgem dimanche puis le Tour des Flandres le dimanche suivant. Il semble d'ailleurs monter en puissance à l'approche de ces grands rendez-vous, comme en témoigne sa 15e place sur le Grand Prix de Denain. Le coureur de 31 ans s'est confié à Cyclism'Actu avant la folle semaine qui l'attend sur les routes belges, évoquant les prochaines échéances mais également la question de la sécurité routière ainsi que son avenir. Sans langue de bois, comme à son habitude.

Yoann Offredo à l'arrivée du Paris-Roubaix 2017

 

Yoann, on vous a vu à l'attaque lors du Grand Prix de Denain le week-end dernier. Les jambes sont bonnes ? 

Oui, c'est une période que j'aime bien. Nous n'avons pas été sélectionnés pour participer à Roubaix donc il a fallu revoir un peu le plan et le programme des courses. J'ai pas mal couru, plutôt au service de l'équipe car on a un coureur avec Timothy Dupont qui va vite au sprint, même si on a loupé plusieurs occasions depuis le début de l'année à cause d'un manque de réussite. C'est vrai que j'aime bien me fixer des objectifs et en général, ça ne me réussit pas trop mal. Dès ce week-end, on a le Grand Prix E3 et Gand. La forme est ascendante à l'approche de ces courses.

 

Vous avez chuté sur Nokere Koerse. Vous êtes à 100% physiquement ?

Je suis tombé lourdement, j'ai toujours des séquelles, à savoir la peau brûlée. Une douleur persistante au genou m'embête un peu mais ce n'est pas ça qui va m'empêcher de pédaler. Sur ces courses-là, il faut un mental d'acier. C'est souvent ce qui fait la différence sur les Classiques flandriennes.

 

Vous avez évoqué votre absence sur Paris-Roubaix. C'est une vraie déception après votre 14e place l'an dernier ?

Ça fait partie des choses qu'il faut savoir accepter quand on ne court pas dans le World Tour. L'équipe Wanty-Groupe Gobert est en deuxième division donc  c'est au bon vouloir des organisateurs. On a déjà un programme très intéressant. Effectivement, c'est dommage pour moi car Paris-Roubaix est une course que j'affectionne particulièrement. C'est une course magique. Je fais du vélo pour les émotions plus que pour autre chose et cette course en procure beaucoup quand on est coureur. Peu importe mon classement, à l'avant comme à l'arrière du peloton, je prends toujours énormément de plaisir sur Paris-Roubaix.

 

Sans-Paris-Roubaix au programme, le Tour des Flandres occupera une place encore plus importante dans votre calendrier...

Effectivement. On ne peut pas axer toute une saison sur une seule course. Le Tour des Flandres, c'est un coup à droite, un coup à gauche... Il peut se passer plein de choses. Mais c'est un week-end où il ne faut pas se louper. 

 

Vous avez un objectif précis, par exemple le top 10 ?

Je n'aime pas voir les choses en termes de place. Encore une fois, je marche plus à l'affect. Une course est réussie quand je prends du plaisir, quand je passe la ligne en ayant tout donné. Ca m'arrive fréquemment de faire des erreurs, de courir à l'envers, mais j'aime bien terminer une course en me disant que j'ai mis tout ce qu'il fallait. Terminer la course avec ce sentiment, c'est vraiment important pour moi. L'objectif sera de se rapprocher des meilleurs et d'être acteur de la course, ne pas être attentiste. Je pense l'avoir démontré par le passé, il faut savoir déclencher les choses, courir sans calculer et se faire plaisir. Souvent, j'ai essayé de faire l'inverse parce qu'on me disait que je courais trop à l'avant, que j'attaquais trop tôt, trop loin... Mais non, je cours comme je suis, je me fais plaisir comme ça et je ne changerai pas. Sur une course comme le Tour des Flandres, mon objectif sera d'être acteur dans le final et mon résultat sera celui qu'il sera.

 

Vous serez au départ du Grand Prix E3 ce vendredi, qu'attendez-vous de cette course ?

C'est une répétition du Tour des Flandres. C'est une course très difficile, je pense que c'est la plus dure de la campagne des Classiques flandriennes. Elle n'est pas forcément très longue, elle ne fait que 206 kilomètres donc environ 50 de moins que le Tour des Flandres, mais toutes les difficultés sont condensées. La connaissance du parcours est primordiale. C'est souvent une bonne répétition de ce qui se passera quelques jours plus tard. 

 

Vous disputerez ensuite Gand-Wevelgem, une course qui semble peut-être moins adaptée à votre profil...

C'est vrai mais cela reste une course de guerriers. La météo n'est pas souvent clémente et au final, si on regarde bien, ce sont toujours les mêmes coureurs qui finissent dans les 30-40 premiers. La course est un peu plus destinée aux sprinteurs, mais elle fait partie de la campagne des Classiques. Surtout pour une équipe comme la nôtre qui n'a couru ni Tirreno ni Paris-Nice. On part avec un gros désavantage car on n'a pas disputé de course par étapes qui nous aurait permis d'éclaircir notre niveau avant les Classiques. L'année dernière, je suis monté progressivement en pression grâce à des courses comme Gand-Wevelgem, très importantes pour arriver en forme sur un objectif comme le Tour des Flandres. 

 

Vous semblez vous être intégré très rapidement chez Wanty, qui vous a d'ailleurs prolongé jusqu'en 2019. On a le sentiment que vous vous êtes tout de suite compris avec les membres de l'équipe. Vous partagez cette impression ?

Je suis quelqu'un qui m'adapte assez facilement. Le changement m'a longtemps fait peur quand j'étais chez FDJ mais ça s'est finalement fait assez naturellement avec Wanty. Le budget est moindre qu'en World Tour mais tout le monde a envie de bien faire. J'essaie d'apporter mon expérience au quotidien, je me sens bien, je sais pourquoi je suis là et ils le savent aussi. Ça se passe d'une manière naturelle. J'aime bien l'atmosphère qui s'en dégage, surtout avec le staff. C'est tout ce côté à l'ancienne du vélo qui me plaît.

 

Continuez-vous à suivre les résultats de la FDJ, votre ancienne équipe ? 

Oui bien sûr ! J'ai beaucoup d'affect pour cette équipe, j'y ai passé 10 ans, j'ai eu des relations assez privilégiées avec Marc Madiot. Je suis avec attention l'évolution de l'équipe, qui va en grandissant chaque année, qui arrive à franchir des étapes. C'est toujours intéressant de voir un garçon comme Arnaud Démare passer des paliers petit à petit, pareil pour Thibaut Pinot et l'ensemble des coureurs. J'aime bien regarder, mais sans aucun sentiment d'amertume, plus avec un oeil de grand frère.

 

Quel sera votre programme après les Classiques ?

Je vais aller jusqu'à l'Amstel Gold Race, le 15 avril. Ce sera une première mais comme je ne courrai pas Paris-Roubaix, j'ai décidé d'y aller. Après le Tour des Flandres, j'irai sur le Grand Prix de et donc l'Amstel. Ensuite, je ferai une coupure avant d'enchaîner des stages en altitude, avec les Championnats de France à quelques pas de la maison, dans les Yvelines, pour objectif dans un premier temps. Puis ce sera le Tour de France. Ça fait bizarre de dire ça parce que pendant dix ans, j'ai dit que le Tour était quelque chose d'un peu superficiel. Après l'avoir couru, je me suis rendu compte de toute la magie qu'il y a autour et je ne me vois pas passer un mois de juillet à regarder le Tour de France à la télé. L'année dernière était une découverte, j'y allais avec beaucoup d'appréhension mais maitnenant, j'y vais avec un peu plus de connaissance du terrain et de moi-même, donc j'espère pouvoir faire quelque chose de bien, à titre personnel et à titre collectif.

 

Justement, que pensez-vous du parcours de l'édition 2018 ?

C'est un Tour vraiment intéressant. Il est très différent de celui de l'an dernier. Les dix premiers jours vont être très ouverts. Ça va être une semaine très usante pour ceux qui feront le général. Il y a plein d'étapes pièges, et le final sera vraiment compliqué. De toute façon, qu'importe le parcours, il n'y a pas de Tour de France facile.

 

Vous aviez regretté le côté trop prévisible des étapes du Tour l'été dernier. Pensez vous que la réduction du nombre de coureurs permettra de rajouter un peu de suspense ?

Je ne suis pas forcément persuadé parce qu'il reste encore huit coureurs dans chaque équipe. Est-ce qu'un coureur fait la différence ? Je ne sais pas. Je ne suis pas persuadé que cela favorise les attaquants. Sur les Classiques, on est passé de huit à sept et on ne s'en rend pas vraiment compte. Le vélo est encore très conditionné. C'est en faisant des parcours un peu différents que la course est rendue intéressate et que les coureurs peuvent s'échapper. Maintenant, je pense qu'il y a encore quelques mesures à prendre pour pouvoir motiver les coureurs à aller dans les échappées. Mais je ne pense pas que le passage de neuf à huit coureurs facilite forcément les tentatives des échappées.

 

Vous n'hésitez pas à dire les choses franchement alors que la plupart des coureurs ne prennent pas trop de risques dans leurs propos. Vous ne vous sentez pas parfois un peu isolé au sein du peloton par rapport à vos prises de position ?

J'ai toujours été comme ça, j'essaie d'éviter de pratiquer la langue de bois. Si c'est quelque chose que j'ai envie de dire, j'essaie de le dire. Et si c'est quelque chose que j'ai envie de faire, j'essaie de le faire. Aussi bien dans ma manière de courir que dans ma manière de parler. Quand je m'exprime, si j'ai quelque chose à dire, je le dis. Sinon, quel intérêt ? Je parle comme je ressens, et voilà. Je n'ai de comptes à rendre à personne. J'essaie vraiment de véhiculer ce que je suis en tant que coureur cycliste.

 

Jérémy Roy a interpellé la Ministre Laura Flessel cocnernant ses engagement en matière de sécurité routière il y a quelques jours. Qu'attendez-vous concrètement des autorités politiques dans ce domaine ?

Il y a plusieurs choses à dire sur le sujet. On pratique un sport qui se déroule sur la route, donc on doit cohabiter avec les automobilistes. Ce n'est pas toujours simple parce que certains cyclistes ne respectent pas les règles et certains automobilistes ont l'impression que la route leur appartient. Que peut-on faire ? On a notamment évoqué l'idée de mettre les futurs automobilistes sur un vélo dans le cadre du permis de conduire, pour qu'ils se rendent compte de quoi est fait notre quotidien. Maintenant, les cyclistes doivent aussi prendre conscience que la route n'est pas qu'à eux non plus. Il faut respecter le code de la route, que des aménagements soient faits. Aux Pays-Bas ou en Belgique, la culture du vélo est tellement présente que la priorité est donnée à tous les cyclistes. Tout est fait pour se rendre à son école à vélo. Les pistes cyclables sont larges, il y a des garages à vélo... Tout ça fait qu'on a envie de se déplacer en vélo. Or, en 2018, dans un environnement propice au développement durable et à l'écologie, c'est compliqué de se déplacer en vélo en France. Et ce n'est pas normal.

C'est un des nombreux soucis, sans parler des petits clubs amateurs qui sont en train de mourir petit à petit. Sans subventions, avec les difficultés d'organisation... Personne ne veut reprendre la main car c'est trop compliqué. Les charges sont importantes et on a l'impression de demander la lune quand on essaie d'obtenir un ou deux gendarmes sur une organsiation cycliste amateur. Alors que pour je ne sais quel match de foot, on met des centaines de CRS. C'est vraiment dommage car le cyclisme est un sport populaire, qui va vers les gens, où le contact est facile. C'est un sport très beau, qui véhicule des valeurs, et rien n'est fait pour le préserver. 

 

Vous fêterez vos 32 ans en novembre, vous approchez d'un âge où certains coureurs commencent à ressentir de la lassitude, à envisager la retraite. Qu'en est-il de votre côté ?

J'ai toujours eu un plan très précis concernant ce que je voulais faire. Ce que je ne voulais pas, c'est que quelqu'un vienne me dire un jour : "C'est le temps d'arrêter". Pour moi, c'est hors de question. Je ne voulais pas non plus me dire que je n'ai plus envie. Je me rappelle d'une discussion avec Yvon Madiot qui m'avait dit : "Le jour où tu n'as plus envie d'aller rouler quand il pleut, c'est le début de la fin". Ça, je ne veux pas. Chez Wanty, j'ai le sentiment de partager certaines choses et je profite de mon temps libre pour perfectionner mon anglais, apprendre le néerandais... J'essaie déjà de cumuler un peu de bagage pour la suite. J'ai une idée très précise de ce que je veux faire pour mon avenir. Je suis sous contrat jusqu'en 2019 et d'ici 2020 ou 2021, je ne serai plus coureur, c'est une évidence. J'ai d'autres projets. L'idée est de resigner un ou deux ans maximum, et de ne pas terminer en étant à la traîne, en n'ayant plus envie. Mais ce n'est pas pour ça que j'arrêterai complètement le vélo. 

Quand on arrête sa carrière, je peux comprendre qu'il y ait de la lassitude parce qu'on s'est entraîné tous les jours, quel que soit le temps, que l'on part beaucoup de chez soi. Mais il y a plein de métiers qui ne sont pas évidents, où on se lève très tôt le matin, où on fait quelque chose qui ne nous plaît pas forcément. Le métier de coureur cycliste a des contraintes mais il a aussi beaucoup d'avantages. Le vélo, j'aime ça. De près ou de loin, j'envisage ma reconversion dans le milieu du cyclisme. Il y a énormément de choses à faire, de possibilités. Je me rapproche de certains organismes de formation pour compléter mes diplômes et avoir le maximum de bagage. Mais au-delà de ça, j'ai mon expérience de coureur cycliste, c'est-à-dire se fixer des objectifs, gérer des mauvais moments, savoir faire avec des gens qui viennent d'horizons différents, être à l'écoute... C'est tout ce que m'a apporté le vélo. J'ai déjà une idée très précise de ce que je veux faire.

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Publié le par Quentin BALLUE


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