Interview
Interview - Vichot : 'Il ne faut plus regarder derrière' Photos : Sirotti

Interview - Vichot : "Il ne faut plus regarder derrière"

 

On l'avait laissé souffrant du genou sur le Tour du Pays Basque. Deux communiqués de presse plus tard, son forfait pour les Classiques Ardennaises, point d'orgue de son début de saison, était annoncé. On le retrouve à la veille du Tour de Bavière, sa course de reprise, frais comme un gardon et débarassé de ses pépins physiques. Arthur Vichot, troisième de Paris-Nice et vainqueur d'une étape de la course au soleil courant Mars semble fin prêt à affronter la deuxième partie de saison. Evidemment déçu de ne pas avoir pu, une fois de plus, s'illustrer sur les Ardennaises, le champion de France sur route regarde désormais de l'avant. "Il y a encore de beaux objectifs" dit-il. Conserver son maillot bleu-blanc-rouge en est un parmi tant d'autres. A l'aube de son retour à la compétition, qu'il attend avec impatience, le Franc-Comtois de la FDJ.fr revient sur son début de saison, sa blessure, son repos forcé, la suite de sa saison, et le tout dans un état d'esprit optimiste. Entretien.  

 

Arthur, cela fait longtemps qu'on a pas eu de vos nouvelles. Comment ça va ?

Éh bien ça va ! Je serai demain (mercredi) au départ du Tour du Bavière, et je suis très content de retrouver la compétition. Cela fait quand même depuis le Tour du Pays Basque que je n'ai pas couru. Ça fait vraiment très plaisir de retrouver les courses. 

 

« Ma blessure ? Un syndrome rotulien »

 

Comment va ce fameux genou qui vous a écarté de la compétition ?

Ça va, ça va. J'ai enfin trouvé la solution à mon problème. C'était un peu la galère pendant un mois, j'ai passé pas mal d'examens et je ne savais pas trop ce que j'avais. On ne trouvait rien. Au final, c'était probablement juste un problème de posture, de manière de pédaler. J'avais le genou qui rentrait un peu sur l'intérieur. Jusqu'à présent, ça ne m'avait pas vraiment posé de problèmes, mais des fois on ne sait pas trop pourquoi ça arrive. Peut-être que simplement, le corps dit stop à un moment donné, et c'est ce qui a dû se passer sur le Tour du Pays Basque. Du coup, j'ai refait des semelles, j'ai ré-ajusté ma position, je pédale plus dans l'axe au niveau de la jambre droite, et ça me fait moins mal désormais. C'est bon signe pour la suite. 

 

Ce n'est pas une blessure très commune en fait...

Effectivement. J'ai passé des IRMs, des scanners, et il n'y avait pas d'inflammation. On se demandait d'où venait cette douleur. En fait, j'avais ce qu'ils appellent un syndrome rotulien, je crois. J'avais la rotule qui rentrait vers l'interieur dans mon système de pédalage, et ça venait appuyer sur les tendons, et c'est ça qui me faisait mal. En fait, cette douleur est apparue sur le Tour du Pays Basque. Je n'ai pas souvenir d'avoir eu cette sensation avant. Je pense que la course, mais aussi l'enchaînement des efforts, la fatigue ont déclenché cette douleur. Et il fallait y remédier. 

 

Quand avez-vous repris le chemin de l'entraînement ?

En fait, je roulottais. Je roulais, ça me faisait mal, je repassais des examens, j'arrêtais, je reprenais. En fait, pendant un mois, j'ai vraiment galéré. On va dire que ça fait à peu près deux semaines et demi que je n'ai plus de problèmes. Qui plus est, avec le stage de l'équipe la semaine passée, j'ai pu faire de grosses charges de travail, je n'ai pas eu de problèmes, donc je pense que c'est bon. C'est fini. 

 

« Le lot d'une carrière cycliste »

 

Comment avez-vous vécu cette période ? 

Ça n'a pas été facile pour moi, sachant que c'était la période où je m'étais fixé mes gros objectifs, avec ces Classiques Ardennaises. En plus, je sortais d'un gros Paris-Nice, qui m'avait mis en confiance. Franchement, j'aspirais à faire de gros résultats sur ces Classiques, c'est ça qui m'a vraiment embêté. Après, j'ai essayé de prendre ça avec optimisme en me disant : "Bon, je vais couper, la douleur va s'estomper, je vais reprendre à zéro et il y a d'autres objectifs dans la saison". En revanche, c'est vrai que le fait de gamberger, de tergivercer et de ne pas trouver tout de suite ce que j'avais, ça m'a un peu plombé le moral. Mais c'est le lot d'une carrière cycliste, il faut savoir faire avec. Il y a de bons côtés, et il y a aussi des mauvais côtés, c'est comme ça. 

 

L'an passé, vous étiez déjà malade sur les Ardennaises. Décidemment, elles se dérobent à vous... 

Surtout cette année. J'avais la confiance de mon équipe, on avait construit ces courses autour de moi. Je me sentais bien, j'avais pu très bien roulé à la maison, l'hiver avait été bon en Franche-Comté. Tout allait bien pour moi, et il y a ce petit truc qui a fait que je n'ai pas pu répondre présent. Maintenant, il y aura d'autres occasions, l'année prochaine, et les années suivantes. 

 

Vous avez tout de même été capable de les regarder ?

J'ai quand même regardé le final de Liège-Bastogne-Liège... mais ça m'a encore plus dégoûté, vu le déroulement de la course dans le final. Une arrivée en petit groupe, comme ça, au sprint... Mais bon, il ne faut plus regarder derrière, il faut regarder devant. Un jour je retournerai là-bas, et ce sera oublié. 

 

Cette année, vous aviez orienté votre préparation en vue des Ardennaises. Heureusement, Paris-Nice est passé par là. Ça a sauvé votre début de saison ?

Oui, c'est clair. Mon début de saison était axé sur un bloc Paris-Nice/Milan-San Remo, et un bloc Classiques Ardennaises. La premier bloc a été réussi, avec une troisième place à Paris-Nice et une victoire d'étape. C'était super pour moi. La deuxième bloc n'a pas marché aussi bien, mais déjà, j'ai réussi à conclure ce que j'avais entrepris sur Paris-Nice. C'est un gros point positif, et il faut que je me base là-dessus pour contineur à aller de l'avant. Il faut se référer aux choses qui ont marché, et il n'y a pas de raison que ça ne marche pas de nouveau dans le futur.

 

« Reprendre du plaisir, retrouver mes marques »

 

Avant cette deuxième partie de saison, vous êtes donc allé faire un stage dans les Pyrénées avec quelques uns de vos coéquipiers. Cela veut-il dire que vous allez faire le Tour ?

(Rires). J'espère. Mais vous savez aussi bien que moi comment ça se passe. On n'est jamais sûr à 100% de faire le Tour de France, encore moins dans une équipe française. Il faut prendre les choses étape par étape, faire une bonne préparation. Le Tour de Bavière et le Critérium du Dauphiné qui arrivent vont aussi servir de préparation pour les Championnats de France, et éventuellement le Tour de France, si je suis au départ. J'y pense, mais je fonctionne plus étape par étape, en essayant de me reconstruire un bon moral et un bon niveau pour fin juin. 

 

Pour revenir au stage, comment s'est-il passé ? Vous avez retrouvé vos sensations ? 

Oui, c'était super. On n'a eu qu'une seule journée de pluie, on a bien pu travailler. On fonctionnait par petits groupes, on était six coureurs, dont ça permettait de bien bosser, d'être bien pris en charge par tout le staff. Mais c'est vrai que des fois ce n'était pas facile car j'étais entouré de grimpeurs (rires). Les cols n'étaient pas simples, mais franchement c'était cool, ça a fait du bien de pouvoir retrouver l'équipe. Et au final, j'ai bien pu gérer mon stage, je vais pouvoir me reposer là-dessus, et j'espère que le Tour de Bavière va bien se passer pour moi. 

 

Justement, mine de rien, vous allez remettre un dossard pour la première fois en quasiment deux mois...

Oui, ça fait un moment. Mais je n'appréhende pas, je suis vraiment content. Et puis, ce qui me rassure un peu, c'est que le Tour de Bavière est une belle course par étapes. Pour reprendre, je pense que c'est quasiment l'idéal, avec des étapes longues. Je suis vraiment content, et j'espère que ça va bien me relancer. 

 

On imagine que dans un premier temps, l'objectif sera de tourner les jambes...

Oui, et de reprendre du plaisir, de retrouver mes marques. Après, et même si les autres n'ont pas été blessé comme moi, on est quand même un peu tous dans la même situation. C'est la reprise pour tout le monde en vue du Tour de France. Donc on ne se prend pas la tête, même si Thibaut veut faire une belle étape lors de l'arrivée au sommet. Ça reste une course de reprise, donc on y va pour prendre du plaisir, et le résultat viendra s'il doit venir... 

 

« Champion de France ou pas, t'es tout seul chez toi »

 

Et puis, le public a surement hâte de revoir le maillot bleu-blanc-rouge en course...

C'est vrai, mais moi aussi ! J'ai hâte de revenir et de profiter une dernière fois de ce maillot de champion de France. Après, on ne sait pas, peut-être que par miracle je vais conserver mon titre, mais on en n'est pas là. J'ai vraiment à coeur d'en profiter jusqu'au bout, et puis aussi de retrouver des résultats, car la saison avait super bien démarré pour moi avec Paris-Nice. Je m'étais fixé des objectifs à la hausse, et on attendait aussi beaucoup de moi sur les Ardennaises. J'espère que ça va revenir. 

 

D'ailleurs, est-ce d'autant plus frustrant d'être blessé quand on est champion de France ou au fond, ça ne change rien ?

Champion de France ou pas, t'es tout seul chez toi (rires). Ce qui est plus frustrant, c'est de louper des courses. Tu as fait des sacrifices pour arriver au top de ta forme et pour faire des résultats, et au final, ça n'a servi à rien, en fait. C'est ça qui est le plus dur. 

 

Avec notamment une victoire à Paris-Nice et une troisième place au général, pensez-vous avoir répondu aux attentes que suscite ce maillot tricolore ?

Je ne sais pas, il y aura toujours des détracteurs, ou des admirateurs. Je n'en sais trop rien. En tous les cas, personnellement, jusqu'à Paris-Nice, j'ai été content de ce que j'ai réalisé. J'ai fait deuxième du Grand Prix de Québec, une Classique World Tour, c'est tout de même un bon résultat. J'ai fait troisième de Paris-Nice, j'ai remporté une étape... Après, je ne suis pas un sprinteur, donc les victoires sont plus difficiles à aller chercher. J'ai aussi un programme axé sur le World Tour, avec des objectifs concrets sur ces courses-là, donc c'est aussi plus dur de lever souvent les bras. Mais dans l'ensemble, je suis satisfait de mon année. 

 

« Il y a encore de beaux objectifs »

 

Comment vont s'articuler les prochaines semaines pour vous ?

Dans un premier temps, ce sera donc ce Tour de Bavière. Après, il n'y a que six jours entre la Bavière et le Dauphiné, donc ce sera plus de l'entretien et des rappels au niveau de l'entraînement. Je serai ensuite au départ du Dauphiné, qui ne va pas être simple cette année. Puis j'aurai ensuite deux semaines pour peaufiner ma forme afin d'essayer de défendre mon titre au championnat de France, et arriver avec la meilleure condition possible sur le Tour de France. Si tout se passe bien, c'est donc comme ça que les deux prochains mois vont se dérouler pour moi. 

 

Défendre votre titre est donc un réel objectif ?

Oui, c'est un réel objectif, il faut y croire. Je n'ai rien à perdre. J'ai eu la chance de le porter une fois. Beaucoup de coureurs auraient rêvé de l'avoir une fois dans leur carrière, donc je n'ai plus rien à perdre. Même si le parcours n'est pas spécialement dessiné pour les puncheurs, sachant que c'est assez plat, il faut y croire. Ce n'est jamais gagné d'avance, mais ce n'est jamais perdu d'avance non plus. L'an passé, vu le parcours, je ne pensais pas l'emporter, mais au vu des conditions climatiques et du déroulement de la course au fil de la journée, ça m'avait souri. Il ne faut pas partir défaitiste. 

 

Avez-vous des objectifs particuliers pour cette deuxième partie de saison ? 

Oui, mes axes s'articulent déjà autour du championnat de France et du Tour de France. Si tout va bien, je continuerai sur ma lancée sur la Classique San Sebastian. Après, je me reposerai un petit coup pour arriver au mieux sur les Classiques de fin de saison, à savoir le GP de Plouay, les courses canadiennes et le championnat du monde. Il y a encore de beaux objectifs. 

 

Pour conclure, n'est-ce pas trop dur de se remotiver après avoir vu tant de sacrifices s'évaporer ?

D'un côté, quand ton moral est bas, tu te dis : "Ça fait ch***, j'ai fait tout ça pour rien, j'en ai marre." Mais d'un autre côté, tu te dis que grâce à ces sacrifices, par le passé, tu as aussi réussi à être champion de France, à gagner une étape à Paris-Nice. Il ne faut pas tout remettre en cause pour un malheur, il y a aussi eu du bonheur avant, il faut essayer de garder le positif et aller de l'avant. 

 

Propos recueillis par Alexandre Mignot

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Publié le par Alexandre MIGNOT