Interview
Thomas Voeckler : « J'ai dû me sortir les tripes »
Par Antoine Plouvin
Publiée le 11/07/2012 à 19:44
En à peine 12 jours sur le Tour de France, Thomas Voeckler aura tout connu. Au départ de Liège, fin juin, le leader d’Europcar est en plein doute quant à sa forme physique avec un genou douloureux depuis le Dauphiné et qui l’avait contraint à l’abandon sur la Route du Sud, dix jours auparavant. On s’était même demandé s’il pourrait ou non prendre le départ de ce 99ème Tour. A ça s’est ajouté des « révélations » du journal L’Equipe… Des supputations plutôt… Rien de concret, ni de vérifiable. Mais suffisamment pour attirer la suspicion, ce qui lui a valu quelques sifflets du public Belge lors du Grand Départ. Débarrassé de son problème de genou, du moins en parti, il signe ce mercredi, sur les routes de la dixième étape, une très belle victoire, en allant au bout de lui-même et au panache, comme il sait si bien le faire. Cyclism’Actu s’est empressé d’aller recueillir les premières impressions de l’Alsacien, en conférence de presse, une fois la cérémonie protocolaire, où il a célébré sa victoire et son maillot à pois, passée.
Thomas Voeckler, quel est votre sentiment après cette victoire ?
Forcément, je suis très content. J’ai vécu un début de Tour difficile avec mon genou. Le fait que je sois loin au général me permettait de faire ce que je voulais aujourd’hui. Je me suis retrouvé à l’avant dans un groupe où il y avait beaucoup d’hommes forts. Mais ça n’a vraiment pas été facile, j’ai vraiment du tout donner dans le final. Je me suis sorti les tripes. Quand je passe la ligne d’arrivée, je n’arrivais même plus à lever les bras, tellement j’étais vide d’énergie…
Racontez-nous comment ça s’est passé ? Comment vous avez construit cette victoire ?
Je me suis donc retrouvé dans un gros groupe à l’avant, avec beaucoup d’hommes forts. J’avais Yukiya Arashiro avec moi. Il m’a bien aidé dans le Grand Colombier. Puis Scarponi a attaqué, j’ai suivi et j’ai vu que j’étais bien, que les sensations étaient bonnes. C’était motivant car Scarponi est un des meilleurs grimpeurs du monde. On s’est retrouvé devant et j’ai dit à mes compagnons d’échappées que je voulais bien faire plus de travail qu’eux, mais qu’ils devaient me laisser prendre les points du maillot à pois. Dans le final ce n’était pas facile car je me retrouvais avec Michele Scarponi donc et Luis Leon Sanchez qui sont deux excellents coureurs. Et il y avait Dries Devenyns, qui est moins connu, mais dont je savais aussi qu’il était très fort et très dangereux. Je le connaissais car je m’étais déjà retrouvé en échappée avec lui sur les routes du Giro. Quand Devenyns s’est retrouvé seul à l’avant, je n’y croyais plus trop. Mais pour une fois, moi qui suis contre les oreillettes, et bien je peux les remercier aujourd’hui car mon directeur sportif m’a dit à l’oreillette que je n’avais rien à perdre, qu’il valait mieux tenter la victoire plutôt que de laisser quelqu’un d’autre aller l’emporter. Ça m’a remotivé, mais ce fut très difficile, j’ai vraiment du me sortir les tripes. J’ai vraiment du aller au bout. Je n’ai vu la victoire qu’à 50 mètres de la ligne. L’avantage que j’ai eu est que le final n’était pas facile. Si ça avait été plat, Devenyns serait allé l’emporter.
« J’ai eu des périodes de gros doutes »
Après tout ce que vous avez connu depuis un mois, vous revenez de loin…
Oui c’est vrai. J’ai eu des périodes de gros doutes. Il y a un gros fossé entre mon abandon sur la Route du Sud le 16 Juin dernier et ma victoire d’aujourd’hui. Après cet abandon, qui succédait déjà à un abandon sur le Critérium du Dauphiné, je suis resté huit jours sans faire de vélo à deux semaines du départ du Tour… Forcément j’ai vécu un début de Tour difficile avec cette douleur qui persistait. Puis le jour de l’étape de la Planche des Belles Filles (Samedi 7 Juillet), j’ai senti que ça allait mieux. J’ai récupéré mes deux jambes. J’ai toujours des douleurs mais ce n’est plus pareil. Quand j’ai abandonné à la Route du Sud, c’était une inflammation. Il a fallu du temps pour qu’elle disparaisse mais elle a disparu. Cependant j’ai toujours quelques douleurs, qui sont différentes, et ponctuelles. Elles vont et viennent. Je pense que ça vient plutôt du nerf. Aujourd’hui je n’ai pas trop senti ces douleurs sauf dans la descente de la dernière bosse. Sans doute est-ce lié au refroidissement, mais les douleurs sont réapparues dans la descente. A ce moment j’ai vraiment du me forcer pour pédaler.
Quand vous avez senti ce mieux à l’arrivée de La Planche des Belles Filles, vous vous êtes dit que vous pouviez en claquer une ?
Non. J’étais rassuré car j’avais retrouvé ma position sur le vélo, j’avais retrouvé mes moyens, comme je l’ai dit j’ai récupéré mes deux jambes, et avec elles, la confiance est revenue. Mais j’étais loin d’imaginer aller gagner une étape. C’est vraiment extraordinaire, surtout vu la qualité de mes adversaires dans le final. C’est la troisième étape du Tour que je gagne et c’est aussi la troisième fois que je prends le maillot à pois, je crois, mais c’est la première fois que je le prends dans les Alpes.
« Les objectifs vont se faire au jour le jour »
Ce maillot à pois va devenir un objectif ?
Oui et non. Oui car je vais faire en sorte de le conserver, mais le chemin est encore très long et mon avantage très maigre. J’ai vingt-huit points au classement de la montagne et le premier col de l’étape de demain en attribue déjà vingt-cinq… A Paris il faudra avoir cent-quatre-vingt points. Alors oui c’est un objectif mais on verra en fonction de ce qui se passe. Si demain quelqu’un part en échappée et fais tous les GPM, ce sera déjà quatre-vingt points. Ce ne serait pas insurmontable, ça peut se récupérer mais je dis ça pour illustrer le fait que nous ne sommes vraiment qu’au début de la haute montagne. Les objectifs vont se faire au jour le jour.
Un petit dernier mot quant aux critiques que vous avez subies en début de Tour. Cette victoire sonne-t-elle pour vous un peu comme une revanche ?
Non, pas du tout. L’émotion de la victoire est très forte. Il faut être sportif pour réaliser les sensations que ça procure mais ça prend le devant sur tout le reste. J’ai toujours couru pour la victoire, c’est mon moteur, ma motivation. C’est ce qui m’a permis de gagner des étapes en 2009 et en 2010 et de conserver le maillot jaune aussi longtemps l’an passé. Je ne cherche pas à prendre une revanche. Cependant ces critiques m’ont vraiment beaucoup blessé. Alors il y a une pointe de réponse dans cette victoire. Pas de revanche, mais de réponse. Mais c’est une petite pointe, la victoire reprend vite le dessus.
Propos recueillis par Alexandre ROLIN, Sébastien WAREGNE et Antoine PLOUVIN
Photos : Sirotti



















Commentaires
@ Gleps, je suis entièrement d'accord avec toi Le mieux, ce serait Rolland qui gagne à la toussuire ou à peyraguidespilou : il y a 312 jours
@gleps : c'est sur que l'on peut féliciter Voight, mais pour la combativité, faut pas pousser, Voeckler a roule bien plus que voight, il merite largement ce prix !henri : il y a 312 jours
Des étapes et des victoires comme celle la on en redemande , Bravo et Merci Thomas Voeckler !Ludov35 : il y a 312 jours
Maillot à pois et étape amplement méritées après ce numéro. Par contre pour la combativité j'aurais quand même mis Voigt! Le vétéran méritait ça au vu de ses numéros de descendeurs et de son attaque dans le finalgleps : il y a 312 jours
Le Thomas qu'on aime.Pour les autres,ils ferait bien de s'inspirer de sa science de la course.ALLEZ SUPER THOMAS!!!pouet-pouet : il y a 312 jours
En vl'a un qui ses sorti les tripes... Un vrai guerrier qui attaque et qui ose. Pas comme ces charlots de pseudo vedettes qui n'ont que seul objectif : garder leur place d'honneur. Promotion d'honneur à M. Van den Broeck qui a le cerveau d'un cadet. Genre je préviens tout le monde avant de démarrer, je fais pas mieux. Je fais rouler mes coéquipiers au pied de la bosse et 2 kms plus loin... plus personne. Ca craint vraiment chez Lotto. C'est sur qu'avec des adversaires comme çà... Wiggins... ben il craint rien.zac62 : il y a 312 jours
Je ne sais pas si Thomas ou bien l'un de ses équipiers nous lis mais je voudrais le féliciter pour cette très belle passe d'arme qui c'est soldé par une belle victoire. De toute façon toutes les victoires sont belles!!! mais certaines ont un goût plus prononcé! Bonne chance pour la suite du TourFAB85 : il y a 312 jours
J'aimerais bien comprendre pourquoi ce coureur est si détesté dans le peloton. Si quelqu'un connaît la réponse, je suis preneur.mika-sp : il y a 312 jours
Un grand bravo Thomas pour cette très belle victoire bien méritée!athletic : il y a 312 jours
le maillot à pois est mérité et le dossart rouge n'est pas volé !! quand il est en forme voeckler c'est du grand spectacle ; les jambes et la tete et le mental !!circus : il y a 312 jours
C'est un dieu.Juni74 : il y a 312 jours
La revanche mec !benibez : il y a 312 jours
dédicace à Mr Guimard qui ne peut pas blairer l'équipe Europcar, et qui les a descendu lors de l'annonce de la fausse affaire d'avant Tour ! CHAMPAGNE !!!el diablo : il y a 312 jours
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