Interview
Interview - Thibaut Pinot : 'C'est vraiment frustrant' Photos : Sirotti

Interview - Thibaut Pinot : "C'est vraiment frustrant"

 

C'est un Thibaut Pinot sans pression qui s'est confié à Cyclism'Actu à la veille du départ du Tour de Catalogne. Le coureur de la FDJ.fr a accepté de se poser quelques minutes pour répondre à nos questions, à moins de vingt minutes de l'embarquement dans l'avion le menant en Espagne. Victime d'un début de saison cauchmardesque, le jeune grimpeur français souhaite désormais remonter la pente, palier par palier. Angine blanche au Tour d'Oman, tendinite au genou à Tirreno-Adriatico, le Franc-Comtois n'a pas encore eu l'occasion de s'exprimer sur son terrain de jeu favori. Pourtant, tout avait bien démarré avec un Grand Prix La Marseillaise plutôt réussi, qu'il avait réussi à animer dans le final. Depuis, tout n'a été que frustration et contrariété. Pinot en parle, et se penche sur la suite, avec notamment son fameux Tour de Romandie. 

 

Thibaut, avant tout, comment va votre genou ?

Le genou va mieux. Mais est-ce qu'il est guéri complètement ? Je ne suis pas sûr. Il va falloir que j'y aille doucement quand même, il est encore fragile. On verra.

 

« Je croise les doigts »

Quelle était la nature exacte de cette blessure ?

C'était une tendinite au niveau du quadriceps. Le docteur de l'équipe, Gérard Guillaume, a décidé de traiter cela au laser, aux infra-rouges. Et ça a l'air de marcher, car entre la douleur que j'avais en sortant de Tirreno et la douleur que j'avais deux jours après, j'ai senti la différence. Après avoir fait deux traitements de vingt minutes, je peux dire que c'est vraiment efficace. J'espère que tout se passera bien maintenant avec mon genou. Je croise les doigts.

 

Est-ce un traitement d'urgence car vous souhaitiez revenir le plus vite possible ?

Non, pas spécialement. C'est quand même un traitement qui est régulièrement utilisé chez les sportifs. De toute façon, même si je n'avais pas fait la Catalogne, j'aurais fait en sorte de régler rapidement cette blessure.

 

Cette tendinite est-elle derrière vous ?

Dans les semaines et les mois qui viennent, j'espère qu'elle ne se relancera pas. Mais ce qui est sûr, c'est qu'elle peut se réveiller cette semaine. Le vrai problème en fait, c'est que l'on a pas trouvé la raison exacte de cette tendinite au mois de mars. Je suis plus inquiet par rapport à ça.

 

« Sur Tirreno, il fallait que j'arrête »

Du coup, on vous imagine frustré par ce début de saison...

Oui, c'est très frustrant. Sachant en plus que j'avais passé un de mes meilleurs hivers depuis mon passage chez les pros. J'avais bien roulé, je n'étais pas fatigué, j'avais de bonnes sensations, donc c'est surtout frustrant par rapport à ça. C'est dommage, tout le travail que j'ai fait cet hiver tombe à l'eau car la condition n'est maintenant plus aussi bonne qu'avant.

 

A Oman, vous étiez déjà prêt à faire un gros « truc » ...

C'était frustrant également [il est tombé malade avant le départ]. Comme pour Tirreno-Adriatico. Ce sont deux courses où, avec de bonnes sensations, j'aurais pu faire un bon résultat.

 

Mais sur Tirreno-Adriatico, vous avez tenté de faire quelques étapes...

Je suis arrivé sur Tirreno avec un mal de genou, donc ce n'était pas le top. Que ce soit sur les étapes de plaine ou de montagne, je ne pouvais pas me mettre en danseuse alors que moi, j'ai justement l'habitude d'adopter cette position dans les bosses. J'ai quand même essayé un petit coup de continuer pour voir si ça passait, mais la douleur était de pire en pire, donc ça ne servait à rien d'insister. Et puis le problème, c'est que mon mal de genou a amené un mal de dos. J'avais de fortes douleurs dans le dos également. C'est un tout, il fallait que j'arrête.

 

« Mon objectif en Catalogne, prendre du plaisir »

Quand vous voyez que les Valverde, Contador, Froome et autres sont déjà tous en forme, c'est d'autant plus rageant ?

Oui, je ne peux pas montrer ce que je sais faire. Et cette semaine sur le Tour de Catalogne, j'ai peur que ce soit pareil. Je risque d'être à court de condition, je n'ai pas encore vraiment couru. Surtout qu'après Tirreno, je ne me suis pas super bien entraîné, je n'ai fait que deux petites journées. Du coup, je pense que je vais être encore frustré cette semaine, mais j'espère quand même prendre du plaisir sur le vélo. Je ne sais pas si j'aurai la condition pour faire une place dans les 10 ou un truc au général, mais si je finis la semaine en ayant pris du plaisir et en ayant retrouvé des sensations, ce sera le principal.

 

Des ambitions mesurées donc ?

Oui, clairement. Je ne suis pas du tout dans la même condition que l'année dernière. Mon seul objectif, c'est prendre du plaisir, et pourquoi pas en prenant des échappées. C'est dommage, car le Tour de Catalogne était mon premier vrai gros objectif de l'année. Il y a des arrivées au sommet, un beau plateau pour se jauger, c'est très rageant. En plus, dans la foulée il y a le Tour du Pays Basque qui est une course qui ne me convient pas vraiment. Il faudra que j'attende le Tour de Romandie pour pouvoir retrouver des ambitions en vue d'un classement général.

 

Du coup, comment ça se passera au sein de l'équipe FDJ.fr en Catalogne ?

Je ne sais pas vraiment. On verra mercredi soir où ça en est, si j'ai quand même quelques sensations ou pas. Sinon, il y a des gars qui marchent bien comme Alexandre Geniez ou Arnold Jeannesson. L'équipe ne compte pas que sur moi.

 

« J'ai peur que la première partie de saison soit gâchée »

Vous visiez le triptyque Tour de Catalogne, Tour du Pays Basque, Tour de Romandie. Comment envisagez-vous cette période désormais ?

Mon objectif maintenant, ça reste le Tour de Romandie. Pour le Tour du Pays Basque, tout dépend de comment ça se passe ici en Catalogne. Si je finis bien le Tour de Catalogne, je pourrais peut-être y aller avec quelques ambitions. Pour moi, le Tour de Catalogne est maintenant devenu une course de préparation.

 

Avez-vous peur que votre début de soit déjà gâché ?

J'ai peur que cette première partie de saison soit gâchée, c'est sûr. Ce que je me dis, c'est qu'en 2012, quand j'étais très bon sur le Tour, j'avais fait un début de saison aussi mauvais que celui-là. C'est ce qui me rend un peu optimiste.

 

Ce « temps perdu » peut-il jouer en votre faveur au niveau de la fraîcheur ?

Ça peut jouer, mais on est coureur cycliste, on est compétiteur. On a envie de faire des courses. Moi, je suis quand même super déçu de louper des courses, que ce soit parce que je suis malade ou parce que j'ai mal au genou. Abandonner une course, pour moi, c'est vraiment difficile. L'an passé, je n'en ai bâché qu'une...

 

« Je ne pense pas au Tour »

Comment ça va se passer ces prochaines semaines ?

Déjà, je veux finir ce Tour de Catalogne. Après, le programme ne changera pas. J'aurai le Pays Basque et la Romandie, puis coupure. On essayera d'oublier ce début de saison, et je ciblerai le Tour de Suisse, le Tour de France puis la Vuelta.

 

Le Tour, vous y pensez du fait de ce retard dans votre préparation ?

Non pas du tout. Je suis concentré sur la Catalogne, le Tour ce n'est pas pour tout de suite.

 

Sinon, il y a eu quelques bonnes nouvelles pour la FDJ.fr, notamment sur Paris-Nice...

Je n'ai pas eu trop l'occasion de suivre ça. J'étais en même temps sur Tirreno-Adriatico. Après, évidemment, on était au courant notamment via les réseaux sociaux. Mais c'est clair que ça fait plaisir et ça crée une bonne dynamique. On va essayer de continuer cette semaine.  

 

Propos recueillis par Alexandre MIGNOT

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Publié le par Alexandre MIGNOT