Interview
Nacer Bouhanni : « Paris-Tours, un vrai objectif »
Par Alexandre Mignot
Publiée le 06/10/2012 à 18:12
Et si le maillot bleu-blanc-rouge terminait sa saison en beauté ... en gagnant ce dimanche, la dernière classique de l'année, Paris-Tours. C'est en tous cas le voeu pieux de Nacer Bouhanni. Et le mieux, c'est que ça n'a rien d'improbable. Qui ira dire le contraire ? Le jeune sprinteur de la FDJ-Big Mat, deuxième de Paris-Bourges cette semaine, et champion de France en titre, a clairement fait de la « Classique des feuilles mortes » française, son objectif de fin de saison. En grande forme ces derniers temps, le Vosgien est un habitué des podiums, que ce soit sur la plus haute marche, ou bien sur les deux autres ... Dimanche, Bouhanni espère bien être une tête au-dessus de tout le monde lors de la cérémonie protocolaire. Outre ce Paris-Tours, qui le fait rêver, Nacer Bouhanni revient pour Cyclism'Actu sur ses premiers mois en bleu-blanc-rouge, sa progression, le regard des autres et sa saison, pleine jusque là.
Nacer, allons droit au but. Ce dimanche, c'est Paris-Tours, qui est clairement dans votre ligne de mire...
Oui, et je ne m'en cache pas. C'est un vrai objectif. J'ai fait la préparation qu'il fallait et j'ai tout réglé pour arriver dans les meilleures conditions sur cette course. Après, il ne me reste plus qu'à donner le maximum. En tous les cas, avec l'équipe, on fera le max, et j'aimerais conclure ma dernière course de la saison sur une bonne note. Si ça doit nous sourire, ça nous sourira. On ne sait pas encore quelle stratégie on va adopter. On en parlera ce soir ou demain au briefing, mais si on a l'occasion que ça arrive au sprint, on ne va pas se priver. Mais à l'heure actuelle, on n'a pas encore décidé de la stratégie.
« Le maillot bleu-blanc-rouge impose le respect »
Comment vous sentez-vous avec ce maillot de champion de France sur les épaules ?
C'est sûr que porter le maillot de champion de France, ça impose plus de respect dans le peloton. Que ce soit dans les sprints, ou même dans le replacement. Je vois qu'il est un peu plus simple de me frayer un chemin à l'avant du peloton depuis que j'ai ce maillot. Après, pour ce qui est de la pression, je dois avouer que je ne la ressens pas spécialement. Je sais évidemment qu'il y a beaucoup d'attente, mais je ne me mets pas de pression spéciale par rapport ça. De mon côté, je fais ce qu'il faut, sérieusement, en essayant d'arriver dans la meilleure condition possible à l'approche d'un objectif.
Le regard des coureurs a-t-il changé à votre égard ?
Oui, forcément. C'est en gagnant des courses qu'on impose un certain respect. Alors, quand qui plus est, l'une de ces courses est le championnat de France, ça a une portée encore plus importante. D'un côté, c'est logique, mais ce n'est pas pour ça qu'il faut se croire au-dessus du lot.
« Aucune raison que ça ne marche pas avec Arnaud [Démare] »
On évoque une petite mais saine rivalité avec Arnaud Démare. Néanmoins, vous vous entendez tout de même bien ...
Oui oui, tout à fait. Les journalistes nous posent toujours la même question, mais il n'y a absolument aucun problème entre nous. C'est vrai que l'on est tous les deux sprinteurs, mais on fait notre chemin chacun de notre côté, avec plutôt pas mal de réussite. Notre objectif c'est de gagner des courses, pour l'équipe et pour nous-même. Nous ne sommes pas en confrontation puisque nous courrons sous le même maillot, et qui plus est, nous avons des programmes de course bien souvent différents. Donc il n'y a aucune raison pour que ça ne marche pas.
Sur le long terme, est-ce que c'est viable pour vous deux de rester dans la même équipe, ou serez-vous contraints de prendre des chemins différents ?
L'avenir nous le dira de toute façon, mais personnellement, je ne vois pas en quoi cela poserait problème. Je pense que deux sprinteurs dans une équipe, ce n'est pas de trop, et justement, ça permet de jouer sur plusieurs fronts. Avec le nombre de courses qu'il y a dans une saison, c'est justement un atout. D'ailleurs, beaucoup d'équipes ont deux sprinteurs voire plus. Et ça fonctionne bien.
Votre première victoire en bleu-blanc-rouge, comment c'était ?
Evidemment, c'était spécial. D'autant que c'était ma première course après les championnats de France. J'étais vraiment content et fier de pouvoir exhiber ainsi mon nouveau maillot tricolore. C'était au Tour de Wallonie, et je pense que je vais m'en souvenir un moment. Passer la ligne en première position avec le maillot de champion de France, c'est clair que c'est une fierté. C'est quelque chose de beau.
« Seule la victoire importe »
Cette année, vous avez réalisé énormément de places d'honneur, c'est frustrant ?
Bon, j'ai quand même sept victoires. Je pense que beaucoup de sprinteurs aimeraient comptabiliser sept succès en fin de saison. Après, j'ai neuf places de deuxième, c'est vrai, mais on ne peut pas gagner à chaque fois non plus. C'est comme ça, et puis ce n'est pas toujours facile de jouer la gagne. Mais comptez sur moi pour travailler encore davantage à l'avenir, et pour que ces places de deuxième, il y en ait moins.
Pouvez-vous nous raconter votre premier Grand Tour, la Vuelta ?
Éh bien j'ai fait deux semaines. C'était en effet mon premier Grand Tour, et je dois avouer que ce n'était pas simple. J'avais un peu de mal à récupérer au fil des jours et je n'étais plus en grande forme sur la fin. Mais en revanche, je constate que j'arrive à bien finir la saison. Pour en revenir au Tour d'Espagne, ça m'a avant tout permis d'apprendre, d'engranger de l'experience, et à gérer mes efforts en course et lors des étapes qui me convenaient moins. Dans l'approche des sprints, je n'ai personnellement pas aperçu une très grosse différence par rapport à ce qu'il se fait sur des courses d'une semaine ou des Classiques. J'ai réalisé quelques places d'honneur aussi, c'est vrai, mais pour un sprinteur, ce qui est important c'est de finir premier. C'est ce qu'on nous demande.
Avec quarante Tops 10 et sept victoires jusque là cette saison, c'est un bon bilan ?
Oui, c'est plutôt satisfaisant, sachant aussi que j'ai environ 20 places dans les 3 premiers (!) dans mes 40 tops 10. C'est une bonne saison, je ne peux pas le nier, mais comme je l'ai dit, seule la victoire importe. Après, il est vrai que je suis assez régulier. En Amateurs, j'étais également régulier sur une saison. Je n'ai jamais vraiment de gros trous et de "bas". Et puis, quand j'ai un objectif en tête, j'essaye vraiment de passer un cran au niveau de ma condition...
« Un avantage de passer les bosses »
Si l'on revient sur une course en particulier : le Grand Prix de Wallonie. Beaucoup ont été surpris que vous puissiez vous accrocher de la sorte dans la montée de la Citadelle de Namur. Il ne vous a pas manqué grand chose...
Oui, disons que certaines arrivées en montée peuvent me plaire. Après, la Citadelle était un peu trop longue pour moi. Je préfère les bosses d'un kilomètre, un kilomètre et demi. C'est un terrain qui peut me convenir, en effet. Lors du GP de Wallonie, j'ai exactement lâché à 400 mètres de la ligne et c'est vrai que malgré tout, j'étais satisfait à l'arrivée. En plus, le rythme était très fort dès le pied avec les Vacansoleil qui ont emmené très vite. D'ailleurs, la course dans son ensemble s'est déroulée à une allure folle, du début jusqu'à la fin. Si je pourrais cibler le GP de Wallonie à l'avenir ? Oui, pourquoi pas. Je n'ai que 22 ans, et j'espère donc continuer à progresser et prendre de la caisse. Et je pourrais alors encore faire mieux dans ce genre d'arrivées.
Fred Grappe, entraîneur à la FDJ-Big Mat, nous avait confié il y a un an et demi que s'il y avait un point où vous deviez progresser, c'était en montée. Visiblement, vous avez franchi un gros cap, et vous semblez désormais mieux passer les bosses qu'une majorité des sprinteurs ...
C'est vrai que je passe plutôt bien les bosses, mais ce qu'on me demande, c'est de sprinter. Passer les bosses d'un, deux, ou trois kilomètres c'est bien, mais ce n'est pas ça qui me fait gagner sur la ligne. C'est bien sûr un avantage, mais je pense aussi que j'ai mon mot à dire lorsque les courses sont toutes plates. On me dit que j'évolue dans un registre un peu similaire à Freire, mais je ne me compare pas aux autres sprinteurs. Je suis moi tout simplement, et je ne cherche pas à me comparer à quelqu'un.
« Revenir en pleine forme pour 2013 »
Lors du Tour de l'Eurométropole, vous avez justement mis à profit les bosses de la dernière étape pour gagner, en vous débarassant de Marcel Kittel ...
Je m'étais fait battre par Kittel deux jours de suite et j'étais un peu frustré de passer à deux reprises tout proche de la victoire. En plus, il était super bien emmené, il était lâché à 150 mètres de la ligne et c'était des arrivées plein champs, sans aucune difficulté, ni virage. Il est très fort sur ce type de final. Donc, pour la dernière étape, je savais qu'il y avait un mont à grimper 7 ou 8 fois, et avec l'équipe, on a décidé de durcir la course. Alors, dans cette montée, on a pris la course en main et là Kittel a lâché. J'ai vraiment bien été épaulé par mes équipiers tout au long de l'étape. Et puis gagner, c'était aussi une sorte de libération, c'est clair. Cela faisait plus ou moins deux mois que je n'avais plus levé les bras. J'avais réalisé beaucoup de place de "deux", donc ça me tenait à coeur de gagner.
Et dimanche, en fin d'après-midi, à l'arrivée de Paris-Tours, ce sera vacances et repos ...
C'est ça. Je vais prendre mes petites vacances et me reposer, afin de revenir en pleine forme pour la saison 2013.
Propos recueillis par Alexandre MIGNOT (avec Emmanuel POTIRON et Julie DREMIERE)
Photos : Sirotti


















Commentaires
ALLEZ NACER!!!!!!!!!!!!!!!!patrice : il y a 227 jours
j'ai l'impression qu'arrive une releve composée de jeunes coureurs bien dans leurs tetes Peut etre le renouveau Francais attendu, aidé par une lutte accrue contre le fléau dopage qui permet aux talents de s'exprimermarathon : il y a 227 jours
@FDJ t'en oubli quand même juste un, Sagan, tu croit pas ? c'est juste celui qui a le plus gros palmarès de la nouvelle génération de sprinter... quand il parle de lui et démare dans la même équipe: "L'avenir nous le dira de toute façon, mais personnellement, je ne vois pas en quoi cela poserait problème." Moi je le vois le problème, pour l'instant ils sont jeunes Madiot en fait ce qu'il veut, mais quand il voudront faire le Tour de France avec des ambitions tous les deux ? forcément ça arrivera, comme tout les sprinteurs, c'est la plus grande course du monde, ils sont français, donc ils voudront y briller, et vu leurs niveau je vois mal un être satisfait de faire le coéquipier pour l'autre Pour l'instant ça va mais d'ici 2 ans je pense y'en a un qui devra aller voir ailleurs..jordan29 : il y a 227 jours
Argos a Kittel-Degenkolb, et la FDJ a Bouhanni-Démare. Chaque sprinter ayant des capacités différentes suivant les profils des couses. Et c'est plutôt bien d'avoir 2 sprinters dans l'équipe au cas où il y ait une maladie ou blessure. Je croise les doigts pour une victoire de notre champion de France avant ses vacances bien méritées.Chouchouduvélo : il y a 227 jours
Go Nacer, tu peux le faire !plop : il y a 227 jours
Plus tard avec Démare, Bouhanni , Guardini , Kittel , Degenkolb , Blythe , et autre jeune sprinter , ça risque de faire mal :pFDJ : il y a 227 jours
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