Interview
Bradley Wiggins : « Je n'arrive pas à trouver les mots... »
Par Antoine Plouvin
Publiée le 21/07/2012 à 20:22
Ça y est ! Il l’a fait ! Enfin Bradley Wiggins est assuré de remporter son premier Tour de France, en ayant dominé le dernier contre-la-montre de la tête et des épaules. A 32 ans, après avoir rapporté de nombreux titres mondiaux et olympiques sur piste, le Britannique du Team Sky parvient à remporter ce qu’il qualifie lui-même « d’ultime consécration ». Pour la première fois du Tour et de l’année son visage n’a pu dissimuler son émotion. Car les succès ont été nombreux cette année. Avec Paris-Nice en début de saison, le Tour de Romandie et le Critérium du Dauphiné, Wiggins avait déjà su inscrire de prestigieuses lignes à son palmarès sur route. Outre le succès de son poulain, c’est aussi le succès du Team Sky qui avait dénoter dès son arrivée, en 2010, dans le cyclisme avec ses méthodes et son objectif affirmé de faire monter un Britannique en jaune sur la plus haute marche du podium dans les cinq années à venir. Au bout de trois ans, le pari est donc réussi et même au-delà puisque la formation Britannique s’assure le doublé avec la deuxième place de Chris Froome. Toujours très prudent, Wiggins ne peut plus aujourd’hui se cacher derrière le risque de chute, qui l’avait tant inquiété ces derniers jours, et n’a plus le choix que de reconnaitre sa victoire assurée demain sur les Champs-Elysées. Samedi soir, avant de défiler sur les Champs, Bradley Wiggins, qui n'est pourtant jamais le dernier pour blaguer, avait du mal à réaliser.
Bradley, on ressent un certain soulagement, que ressentez-vous vraiment ?
C’est indescriptible ! A dix kilomètres de l’arrivée, je savais que j’étais devant, que c’était gagné. J’ai repensé à énormément de choses en l’espace de dix kilomètres. De la déception du Tour 2010, où j’ai fini 24e, alors qu’un an plus tôt, je terminais 4e et que j’espérais beaucoup de ce Tour. De mon abandon en 2011, suite à ma chute où je m’étais cassé la clavicule… Et puis de tout le travail accompli et de mes victoires cette année sur Paris-Nice, le Tour de Romandie, le Critérium du Dauphiné… En bref, de tout le chemin accompli et qui m’a mené jusqu’ici. Ce que je ressens c’est une émotion énorme pour laquelle je n’arrive pas à trouver les mots pour la définir. J’ai encore un peu de mal à réaliser que c’est terminé, que c’est bon c’est gagné maintenant.
Pour vous, quels sont les éléments déterminants de votre victoire ?
Ils sont au nombre de deux. D’une part il y a eu le formidable travail réalisé par mon équipe, qui m’a toujours soutenu. Ensemble nous avons préparé ce Tour de manière minutieuse, nous avons beaucoup travaillé ensemble et nous avons évolué ensemble. L’autre raison c’est mon respect du calendrier. Le fait de gagner ces prestigieuses courses par étape s’inscrivait dans mon fameux « plan » pour Le Tour. Elles étaient à la fois des victoires importantes pour moi mais constituaient aussi un travail préparatoire primordial.
« Je n’arrive pas encore à réaliser »
Justement lors de ces victoires, vous nous parliez déjà de ces déceptions des Tours 2010 et 2011 et de leur rôle moteur quant à votre motivation…
Contador, Lemond, Armstrong… Ils ont tous connu des moments difficiles. Je pense que les déceptions nous rendent plus fort, à condition de savoir en tirer profit. En 2010, ça a été pour moi une humiliation. Il y avait beaucoup d’attentes à mon sujet, alors ma vingt-quatrième place a été une claque. L’année d’après, en 2011, je me casse la clavicule et je ne peux même pas disputer mes chances. De ces déceptions, j’ai su prendre du recul et ça m’a rendu encore plus fort. Ça a décuplé ma motivation. Ça m’a aussi permis de me remettre en cause. Avec l’équipe on a revu l’entrainement, le style de vie. On a fait un gros travail de préparation physique et mentale.
Vous êtes un fan de vélo, on connait votre culture des palmarès des grands champions et votre connaissance de l’histoire du cyclisme. Maintenant que c’est vous qui allez « défiler » en jaune demain sur les Champs-Elysées, cette identification au grands champions a-t-elle un rôle toujours un rôle aussi important ?
Oui bien sûr. Il ne faut jamais oublier le chemin qui nous a permis d’arriver là où j’en suis. Je me souviens encore de la victoire de Cadel l’an passé. J’étais tombé sur la septième étape et j’avais passé la dernière semaine de ce Tour 2011 à regarder la victoire de Cadel Evans. Je me souviens que pendant le contre-la-montre de Grenoble, l’avant dernier jour, là où Cadel va chercher la victoire, je faisais du rouleau, avec ma clavicule. Et le voir gagner ainsi m’a donné énormément de motivation. Je me suis dit que je pouvais le faire et avec l’équipe on s’est donné les moyens pour. C’est vrai, depuis tout petit, je suis un fan de vélo. J’admire les exploits des grands champions. Ils me font rêver. Et je me dis que moi aussi je peux y arriver. Maintenant qu’il ne reste plus qu’une étape, je sais que je vais gagner ce Tour, et je n’arrive pas encore à réaliser.
« Vous savez, sur le Tour c’est la folie… »
Vous avez pourtant eu quelques messages de soutien et de félicitation. Le multiple champion du Monde sur piste Chris Hoy n’a d’ailleurs pas tari d’éloges à votre égard. ITV qui diffuse l’épreuve a mis le direct du Tour sur sa chaine principale ITV 1, alors que le Tour n’avait le droit jusque-là à ITV 4. Etes-vous conscient de l’engouement du public en Grande Bretagne ?
J’ai entendu parler de la déclaration de Chris Hoy. Habituellement, je me dis peu importe ce que pense les gens. C’est vrai qu’il y a aussi eu de critiques négatives. Mais venant d’un champion comme Chris Hoy, je suis très honoré de son compliment. Comme je le disais j’ai l’habitude de reconnaître les exploits des autres et là c’est l’inverse. Quant à la reconnaissance du public anglais… Vous savez, sur le Tour c’est la folie. Par exemple, quand j’ai passé la ligne d’arrivée après le contre-la-montre, une horde de journalistes est venue sur moi. On aurait dit qu’ils venaient pour me pendre. Alors on est obligé de prendre du recul et de se concentrer sur soi, plutôt qu’à tout ce qui se passe autour.
Le Team Sky a justement fait parler de lui, en mal ou en bien selon les différents avis, pour son organisation. Le matériel utilisé avec cet énorme pullman, ses grosses voitures, la gestion des relations avec les médias et cette protection constante autour des coureurs de la formation. Que pensez-vous de tout ça ?
Au début, on s’est moqué quand le Team Sky a débarqué dans le vélo. Mais au final nous obtenons la victoire. On a travaillé des choses simples quand tout le monde ne parlaient que de chiffres, nous sommes revenus à des fondamentaux comme l’hydratation, la nourriture… Quand vous faites une étape, que vous vous êtes bien hydrater, bien alimenté, que vous avez éliminé les toxines et que vous vous couchez tôt, vous êtes dans les meilleures dispositions pour réussir.
« La colère n’a jamais été une source de motivation »
Certains ont dit que ce Tour 2012 restera comme un Tour fade. Est-ce que cela vous atteint ?
Je pense que les gens qui disent que le Tour a été fade sont les mêmes que ceux qui disent que tout les cyclistes sont dopés. Nous avions simplement l’équipe la plus forte. J’ai dit qu’on ne résonnait pas qu’en chiffre, mais nous avons quand même notre expert des chiffres avec Michael Rogers. Il a calculé que dans les montées, le Team Sky était capable d’emmener 450 watts. Quand vous développez une telle puissance en ascension, il n’est pas étonnant que personne ne puisse sortir. Bien sûr les critiques peuvent m’atteindre, mais l’intérêt d’être enfermé dans sa bulle est justement que l’on peut prendre du recul et conserver sa concentration. Et il y a une chose qui m’a énormément aidé pendant ce Tour. Je n’ai jamais perdu de l’esprit que ce n’est que du sport ! Malgré la pression médiatique, j’ai toujours gardé en tête qu’il ne s’agissait que de sport. Ce n’est pas comme si la vie de quelqu’un était en danger. C’est une réalité qui permet de relativiser, de prendre du recul et de conserver les pieds sur Terre.
Les critiques ont-elles étaient une source de motivation ?
La colère n’a jamais été une source de motivation. Ce qui me motive ce sont mes rêves et l’amour et le respect du sport, qui viennent de ma jeunesse. Quand j’ai grandi, j’avais des posters de Merckx, de Museeuw… Dans mon coin, le centre de Londres, c’était plutôt le foot qui faisait rêver les jeunes. Moi quand j’étais gamin, je me voyais déjà être leader du Dauphiné ou du Tour, ne serait-ce qu’une journée c’était suffisant pour me faire rêver.
Propos recueillis par Antoine PLOUVIN et Alexandre ROLIN
Photo : Cyclism'Actu Renaud Breban / Sirotti


















Commentaires
Excellente interview de Bradley Wiggins ! La loi des séries de "4" a encore frappé : - Gilbert l'an dernier avec les 4 Ardennaises qui devient N° 1 UCI WT - Boonen en début d'année avec les 4 Flandriennes qui passe N° 1 UCI WT - Wiggins en 2012 avec les 4 courses à étapes qui prend la place de N° 1 UCI WT. Les 4 AS dans une main. A qui l'tour pour prendre la suite... ? Certains peuvent voir ce Tour comme un Tour fade. Tout dépend ce que l'on veut bien voir. Effectivement on n'a pas eu droit à "la poudre aux yeux" avec la giclette et des attaques à tout va... Que j'aime bien aussi d'ailleurs. Cependant j'ai beaucoup d'admiration pour la maîtrise de son art, la maîtrise de soi. Ce dont Wiggo a très bien fait preuve bien entouré par son équipe, mais aussi tout seul dans les 2 longs CLM. Certains l'ont traité de suceur de roues. Mais dans les épreuves chronométrées, qu'on appelle aussi l'effort solitaire, il est impossible de pouvoir compter sur l'aide d'un autre coureur. Et c'est bien dans ce domaine que Brad a démontré qu'il était bien le + fort. Les "fameux" attaquants, ceux qui font le "spectacle", ils étaient où dans les CLM ? ... Derrière Wiggins, et même loin derrière... Après chacun ressent les choses différemment. Un peu comme pour les littéraires qui font + rêver que les scientifiques qui sont pourtant tellement utiles dans bien des domaines... On ne peut pas reprocher à Wiggo d'avoir su utiliser toutes ses qualités sur un parcours qui mettait en valeur l'effort solitaire avec + de 100 km de chrono et aucune arrivée en col HC en haute montagne à + de 2000 mètres. Pour le profil des étapes, s'adresser aux organisateurs... Wiggins avec son équipe soudée a parfaitement réussi à gérer ces 3 semaines. BRAVO !Chouchouduvélo : il y a 301 jours
@jordan29 : En début de saison, Sky n'avait pas beaucoup de succès. OPQS était à plus de 25 victoires, Sky 8-9 victoires ! Mais tu as raison, Sky c'est plus les victoires d'étapes et Omega les classiques. Et cette équipe peut s’estimer heureuse de suivre le rythme QST en terme de victoires. Au sujet "Légende d'équipes", parlons des années 2005-2006 et 2007. Quick Step était beaucoup plus forte que la Sky d'aujourd'hui et faisait plus rêver !. Mais pas pour les cyclist-x apparemment ! @napooo : Tu fais bien de le rappeler ! L'esprit d'équipe. Et bien tu peux voir que depuis 9 ans, QST est l'équipe la plus soudée avec la Rabo'. On peut aussi prendre l'exemple HTC. 85 victoires si je ne m'abuse en 2010. Mais si on regarde la moitié des victoires, c'était sur de petites courses. Après tout, chacun à son équipe favorite. j'ai connu en premier Boonen et Bettini. Ça restera mes champions. Et contrairement à ceux qui aiment la Sky, moi, l'ami Molette, je n'aime pas une équipe parce c'est la "meilleure" ! Et même quand mon équipe ne gagne pas, je la supporte encore plus (référence aux deux années douloureuses de QST). Donc, le Saint Bernard devrait arrêter ses conneries. Wiggins peut toujours sortir son poing, LOL.L'ami-Molette : il y a 304 jours
Il y a quand meme un fait qui m'a interpellé lors de ce tour de france si vous regardez tous les favoris de nibali a pinot ont tous connu un jour sans ou de moins bien, comment cela est-ce possible que froome et wiggins n'en ont jamais connu ?vince : il y a 304 jours
Quand L'ami-Molette (un fan de Gainsbourg ? lol) parle des équipes "de légende", je pense qu'il ne faut pas juste voir le nombre de victoires, mais aussi "l'esprit" de l'équipe, et son identité.. Un équipe comme la Rabobank est comme un monument dans le cyclisme, et fait pourtant une saison assez moyenne. Ce n'est pas que le nombre de victoires qui fait qu'une équipe devient véritablement légendaire, mais le caractère, le panache des coureurs, et la grandeur des victoires, ce que Sky n'a absolument pas (pour le moment)..napooo : il y a 304 jours
Tu dis que la Sky va tout raffler mais à cause de la gestion de ce tour il vont surmenent perdre Froome (leur meilleur élément pour les grands tour) et Cavendish le meilleur sprinteur du monde. D'accord c'est vrai ils ont également Uran et henao mais ce n'est pas Wiggins qui va suivre les attaques de Contador en montagne dans Paris Nice ou dans un grand tour!!! J'espère vraiment que Fromme gagnera le tour et la vuelta dans les années a venir car a cause de wiggins il a perdu deja beeaucoup de tempssilst : il y a 304 jours
si cav gagne demain ça fera 40 partout alors ! non plus sérieusement si tu parle de chiffre, sky avait déjà plus de 30 victoires l'année dernière et plus de la vingtaine en 2010 pour leurs 1ère année, donc sky on a pas fini d'en parler dans les prochaines années, n'en déplaise à tous leurs détracteurs... après faut comparer ce qui est comparable, quick step a une grosse équipe pour les classiques, sky c'est pour les courses par étape, les 2 jouent pas dans la même cours, Quick step à dominé le début de saison mais s'essouffle, et sky est la toute l'année tu parle de ligné de 5-6 ans mais t'oubli que quick step c'était pas la joie ces 2 dernières années, je reconnais que quick step c'est du très lourd cette saison, mais un peu d'humilité s'il te plait...jordan29 : il y a 304 jours
On se demande pourquoi Wiggins dit : "On s'est moqué de la team Sky". Pour ma part, j'étais le premier à dire que c'était une bonne équipe, très homogène, avec plusieurs leaders (facile quand on claque quelques millions). Mais tout de même ! La Sky a écoeuré ces "adversaires". Un train a été mit en place pour la montagne. Bradley était déchaîné. Lui qui avait dû abandonner le Tour 2011 sur chute. Il avait du coeur à l'ouvrage cette année. Aux autres de trouver la faille de cette team. Cependant, on s'enflamme vite quand même. Un journaliste tout particulièrement (Jean-François Bernard) ! Sans le citer ! Il dit avec détermination : "La Sky a tout raflé cette saison". En terme de victoires ? OPQS a juste était impressionnante en début de saison ! 40 victoires aujourd'hui. La Sky en a 39. Je conseille à monsieur de regarder plus de courses. Si la Sky veut entrer dans le panthéon du cyclisme, elle devra être sur cette lignée pendant 5-6 ans. Deux équipes de légende sont encore dans le peloton : Rabobank et Quick Step. Il y a les champions et les grands champions. PS : Cavendish ? On en veut pas monsieur Lefevere ! Ce n'est pas le style de la maison.L'ami-Molette : il y a 304 jours
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