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Giro - Quintana : 'Vous ne perdez pas votre classe' Photo : Jean-Claude FAUCHER

Giro - Quintana : "Vous ne perdez pas votre classe"

 

Nairo Quintana, maillot rose du Giro d'Italia 2014

On dit parfois que c’est dans la difficulté qu’on reconnaît les grands champions. On présentait un Nairo Quintana un peu démoralisé à cause d’un coup de froid pris dans la dernière semaine du Giro. Une maladie lui ayant pris les bronches et qui l’avait handicapé dès le contre-la-montre de Barolo, alors que c’était un exercice qu’il avait beaucoup travaillé. Cela ne l’avait pas empêché d’attaquer ce week-end lors des arrivées en altitude. Il reprenait du temps à ses adversaires mais assez peu. 25’’ samedi à Oropa, 20’’ dimanche à Montecampione. Ça lui laissait quand même encore 2’40’’ à reprendre mardi matin au lendemain du troisième jour de repos et au départ d’une terrible étape où se succédaient les ascensions du Gavio, du Stelvio et l’arrivée finale au sommet de Val Martello. Mais le jeune Colombien est un attaquant. Dans la descente du Stelvio, il part dans un long raid avec son coéquipier de Movistar, Gorka Izaguire, Pierre Rolland, Ryder Hesjedal et quelques autres. Quintana distance alors un à un ses compagnons d’échappée et va chercher la victoire au sommet de Val Martello en prenant finalement plus de 4’ à Rigoberto Uran, le maillot rose. Une très grosse opération !

 

Une ombre qui fera tâche

 

Nairo Quintana se serait bien passé de cette polémique… Comme nous vous l’expliquions après la course (lire ici), la confusion a régné dans la descente du Stelvio à la suite d’un message ambigu diffusé sur les ondes de Radio Corsa. Radio Corsa, c’est cette fréquence de l’organisation qui sert à indiquer les physionomies de course pour les directeurs sportifs, l’organisation, les télés, la presse… et qui donne aussi les instructions de course aux directeurs sportifs qui sont chargés de les répercuter aux coureurs via les oreillettes. Le message que vous pouvez lire ici évoque la dangerosité de la descente du Stelvio et la mise en place d’un dispositif visant à préserver la sécurité et « éviter les attaques ». Problème, c’est dans cette descente que Nairo Quintana est parti.

 

« Le peloton était groupé dans l’ascension du Stelvio, puis il y a eu des attaques. Un coureur de Colombia, deux d’AG2R, un de la Sky. Ils ont commencé une descente rapide. Moi je suis juste resté dans la roue de mon coéquipier. Jamais moi ou mes équipiers n’ont entendu parler d’une quelconque neutralisation. J’ai réalisé à la fin de la descente que nous étions un groupe de six avec un peu d’avance sur le peloton maillot rose. Mais dans tous les cas, une grosse partie de l’écart que j’ai creusé s’est fait dans le plat et dans l’ascension de Val Martello. Je ne vois vraiment pas où il doit y avoir une polémique là dedans ».

 

Forcément la joie du Colombien est ternie par cette histoire, dont il n’a jamais entendu parler. Après nous être renseigné auprès de plusieurs directeurs sportifs, il semble en effet que peu ait compris qu’on parlait d’une neutralisation. L’organisation elle même se défend d’avoir parlé de neutralisation. Reste que le message de Radio Corsa est assez confus. Et quand on y regarde de plus près, seuls les directeurs sportifs Italiens ont pensé que la course était neutralisée. C’est un peu comme sur l’étape de Bastia sur le dernier Tour de France, où l’arrivée avait été décalée à 3 kilomètres avant puis remise à sa place initiale en l’espace de quelques minutes, à cause de l’histoire du pullman Orica bloqué sous le portique. Seul les directeurs sportifs Francophones avaient répercuté ces informations contradictoires à leurs coureurs, semant la confusion. Un tel dispositif (la neutralisation) est si peu banal que ceux qui ne parlent pas ou ne parlent pas bien Italien ne peuvent l’imaginer. Par conséquent, seuls les Italiens, sûre de comprendre leur langue, ont compris « éviter les attaques » comme une neutralisation.

 

Et maintenant ?

 

Maintenant que Nairo Quintana a fait son grand numéro, il va lui falloir assumer un nouveau statut. Celui de leader ! « Je ne suis pas encore totalement guéri de ma grippe. J’ai encore de grosses quintes de toux ». En effet, le jeune leader de l’équipe Movistar avait parfois du mal à parler après l’arrivée tellement ses quintes de toux étaient violentes. « Mais je sens que je récupère peu à peu et que mon corps est des mieux en mieux. Alors oui, c’est sûr, je vais être attaqué. Mais je me sens de mieux en mieux et je sens aussi que l’équipe autour de moi monte en puissance et va grandement m’aider à protéger ce maillot rose jusqu’à Trieste ».

 

Confiance et combativité

 

« J’ai confirmé que ma deuxième place sur le dernier Tour de France n’était pas due à la chance. Je m’entraîne très dur ! Cette année j’ai gagné le Tour de San Luis, j’étais deuxième de TIrreno Adriatico, cinquième du Tour de Catalogne à quelques secondes du vainqueur. Mon objectif ici est clairement de gagner. J’ai cette grippe dont je me remets et dont on a beaucoup parlé, mais vous ne perdez pas votre classe pour ça ».

 

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Publié le par Antoine PLOUVIN