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Giro - Majka, et si c'était lui le plus dangereux ? Photo : Sirotti

Giro - Majka, et si c'était lui le plus dangereux ?

 

Rafal Majka à Oropa - Giro d'Italia 2014

C’est un coureur discret. L’an passé, quand son équipe, la Saxo – Tinkoff à l’époque, avait annoncé son line-up pour le Giro, avec en tête d’affiche, Rafal Majka, certains se sont dit : « c’est bien faible ! ». Et pourtant, le jeune prodige Polonais finira septième du classement général et deuxième du classement des jeunes après avoir longtemps bataillé avec Carlos Betancur. Cette année, c’est lui qui a le maillot blanc pour l’instant. Et pour cause, il est actuellement troisième du général. Et pour le premier grand test montagneux, avec l’arrivée samedi à Oropa, le leader de la Tinkoff – Saxo désormais, s’en sort plutôt très bien. Alors, peut-il jouer la gagne ?

 

La lacune du contre-la-montre balayée

 

Si on ne se réfère qu’au classement, il est clairement l’un des mieux placés pour gagner. Troisième du classement général à 1’35’’ de Rigoberto Uran. Il fait pour l’instant un sans faute. Toujours avec les favoris dans les étapes difficiles, il prend la quatrième place du chrono’ de Barolo, à cinq petites secondes de Cadel Evans. Si le chrono’ n’est en théorie pas son point fort, en passant celui-là aussi bien, il a vaincu son principal point faible. De plus il ne reste qu’un seul contre-la-montre, celui de la Cima Grappa. Et c’est un chrono’ en col. Un exercice donc comparable à celui de Polsa l’an passé, où il avait justement pris la… cinquième place ! 1’’ devant Rigoberto Uran à l’époque. Bref tous les voyants sont au vert pour le maillot blanc.

Il n’est pas des plus causant. Rafal Majka est un coureur sympathique qui a souvent un mot pour rire, mais il ne faut pas s’attendre à de grandes déclarations… « C’est encore un long Giro qui nous attend. La semaine qui arrive promet d’être très dure. (Vous êtes dans la bataille pour la victoire désormais ?) Non, il reste encore beaucoup à faire. Il faut attendre. Je pense que je ne suis pas trop mal ».

 

La montagne, son terrain

 

Quatrième du Tour de Pologne l’an passé, il avait surtout, dans la même semaine fait deux du très difficile Milan – Turin et trois du Tour de Lombardie. Bref, il sait très bien grimper ! Et si c’est sur la montagne l’an passé, que Carlos Betancur avait réussi à creuser l’écart sur Majka dans la lutte au maillot blanc (mais au final, Betancur n’avait que 41’’ d’avance à Brescia), cette année Majka semble s’être améliorer. Il n’a pour l’instant jamais été décramponné. Et quand Pozzovivo et Quintana sont partis, il n’a pas de suite réagi, mais est finalement revenu 8’’ de Quintana et 4’’ de Pozzovivo. Pas de quoi le mettre en danger pour l’instant donc. Au départ de la quinzième étape, il dispose de 36’’ d’avance sur son poursuivant direct, Domenico Pozzovivo.

 

Courir pour gagner ?

 

Alors est-il dans la bataille pour la gagne ou dans celle pour un accessit, quand il se trouve être devant Pozzovivo et Quintana qui sont les plus cités pour la victoire finale avec le leader, Rigoberto Uran ? Pas pour lui… Manque d’ambition ? Prudence ? Manque de réalisme ? Le problème de Majka, c’est que ça n’est pas un pur grimpeur. Il est très bon en montagne, mais comme un Cadel Evans, il monte plutôt régulièrement.  S’il supporte néanmoins pas trop mal les à-coups, il ne semble pour l’instant pas en mesure d’attaquer. A l’écouter, la principale préoccupation est de ne pas perdre de temps. L’arrivée au sommet de Montecampione, ce dimanche, sera une montée sèche. Mais il reste trois étapes avec de grosses successions de difficultés, notamment celles de Val Martello (avec le Gavia et le Stelvio) et celle du Monte Zoncolan. On le sait maintenant, et depuis ce samedi, la parole est aux grimpeurs sur ce Giro. Et des Domenico Pozzovivo ou Nairo Quintana, qui est le moins bien classé des leaders, doivent reprendre du temps s’ils veulent espérer gagner. Des opérations de grande envergure sur ces étapes peuvent donc être une possibilité. Et dans ce cas Majka saura-t-il suivre les attaquants ? Il semble pour l’instant plus dans une position de suiveur, mais il est jeune et la découverte de ses nouvelles aptitudes va peut-être lui donner « la grinta ». Mais attention, on ne connaît pas ses limites. A Oropa samedi, il était visiblement très épuisé. Normal après une étape aussi dur, direz-vous, mais peut-être un peu plus que les autres. Le Giro de l’an passé avait été amputé de plusieurs sommets (ce qui peut aussi arriver cette année). On ne connaît donc pas vraiment la faculté de récupération de Majka sur l’enchaînement de plusieurs étapes très dures.

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Publié le par Antoine PLOUVIN