Giro
Giro - Arredondo et l'explosion du cyclisme colombien Photo : Sirotti

Giro - Arredondo et l'explosion du cyclisme colombien

 

Julian Arredondo gagne la 18e étape du Giro d'Italia 2014

Joli Tour de Colombie… euh pardon, Tour d’Italie ! Auquel nous assistons. Le Giro est devenu depuis l’an passé la terre d’expression des Colombiens. Rigoberto Uran deuxième l’an passé, Carlos Betancur, cinquième et meilleur jeune, avaient ouverts la voie, avant la deuxième place de Nairo Quintana au Tour de France. Cette année le Giro n’est pas terminé et nous en sommes à trois victoires d’étapes Colombiennes avec trois coureurs différents, et un maillot rose, relativement solide, sur les épaules de l’un de ces trois vainqueurs d’étape, Nairo Quintana. Ce jeudi, sur les pentes de Rifugio Panarotta, c’est Julian Arredondo, âgé de 25 ans, qui a pris l’échappée puis est allé s’imposer en solitaire, dans cette nouvelle arrivée en haute altitude. 

« C’était mon objectif depuis le début de l’année que de gagner une étape sur ce Giro. Je voulais attaquer dès le pied de la dernière montée, après avoir passé les premiers cols en tête pour les points. Mais Josu Larrazabal, mon entraîneur, m’a dit de rester tranquille et d’attendre. Quand je me suis retrouvé à l’avant avec Fabio Duarte (ndlr : un autre Colombien, de l’équipe Colombia), il m’a demandé de rouler à un rythme régulier. Mais dans l’oreillette, Josu m’a dit « Maintenant Julian ! » Alors je l’ai fait en me disant que je verrai ce qu’il se passerait. Et je suis arrivé seul sur la ligne d’arrivée… c’est un rêve qui se réalise. Josu m’a donné la patience et la maîtrise nécessaire. Je lui dédie cette victoire. »

 

Un Giro pas toujours simple… et finalement une double récompense 

 

En plus de la victoire d’étape, Arredondo, pour sa première année en World Tour et son premier grand Tour, porte également le maillot bleu de leader de classement de la montagne avec une très solide avance sur son poursuivant direct. « C’est une double célébration pour moi. Avant aujourd’hui, on m’avait demandé ce que je voulais le plus, la victoire d’étape ou le maillot bleu, j’ai répondu les deux ». Pourtant tout n’a pas toujours été « rose »… « Il y a deux jours au Stelvio, j’ai failli abandonner. J’étais tellement mal, je pensais que je finirai dernier. Alors Josu m’a mis dans la voiture, m’a réchauffé et m’a donné le courage de repartir. »

 

« Personne ne me voulait dans son équipe »

 

C’est son premier grand Tour et pour cause… Il n’a jamais été, avant cette année, dans une équipe participant à un grand Tour. « J’ai eu des moments difficiles dans ma carrière. J’étais sixième du classement Espoirs en Italie mais personne ne me voulait dans son équipe. J’ai appelé l’équipe Colombia qui m’a dit qu’elle rappellerait. J’attends toujours… Et puis Andrea Tonti m’a appelé. Il m’a dit de lui faire confiance et de courir pour son équipe (ndlr : le Team Nippo). Petit à petit, j’ai grimpé, j’ai travaillé très dur et finalement l’équipe Trek m’a offert le calme et la sécurité. Maintenant j’ai démontré que je pouvais performer et que j’avais su placer ma confiance dans les bonnes personnes. Mais cette victoire n’est pas un achèvement. C’est le début de bonnes choses à venir ! »

 

L’explosion du cyclisme Colombien

 

Sur ce Giro, on parle presque plus Espagnol qu’Italien. C’est bien sûr un peu exagéré, mais le nombre de médias Colombiens est assez impressionnant. Une émulation globale. En Colombie, ça fait les gros titres de l’actualité en même temps que nous sommes dans l’entre deux-tours de l’élection présidentielle. Bien sûr, les succès Colombiens ont aussi été repris par la classe politique, notamment le camp du gouvernement en place qui met en avant cette réussite. Mais c’est surtout, une grande source de fierté et des moments d’émotions pour la Colombie. La course n’est diffusée que par ESPN Argentine, qui est payante et loin d’être diffusée sur tout le territoire. Avec le décalage horaire, les étapes ont lieues dans la matinée, donc à une heure de travail. C’est donc via la radio que se fait le plus gros de la retransmission. Chaque jour sur la ligne d’arrivée, Hector Urrego (également fondateur du site et magazine Mundo Ciclistico) retransmet la coure en direct (voir ici), « à l’ancienne », dans tout le pays pour la radio nationale (RCN), tandis que la Télé nationale interview ses champions pour le journal du midi.

Le cyclisme est depuis longtemps la plus grosse source de récompenses internationale sportives en Colombie. Et l’éclosion de ces nouveaux champions Colombiens n’est pas dû au hasard, comme nous l’explique Arredondo : « C’est le résultat d’un processus. Le gouvernement a mis de l’argent pour développer le cyclisme Colombien, avec des coureurs comme moi, Rigoberto Uran, Carlos Betancur, Sergio Henao… et Nairo Quintana qui est sur la voie pour la victoire. Il y a aussi l’équipe Colombia. Tout cela est le résultat de ce programme dont j’ai pleinement profité. Je dédie donc cette victoire aussi à tous ceux qui ont cru en moi quand je n’étais personne. »

Vous avez aimé cet article, partagez le ! 

Publié le par Antoine PLOUVIN