Dopage
UCI/AFLD : Un conflit sans fin ?
posté par Pierre-Marie Tricaud le 10/03/2010 à 19h59

Depuis quelques années, une constante de la saison cycliste est le conflit que se livrent l’UCI (Union Cycliste Internationale), dirigée par Pat Mc Quaid, et l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage), dirigée par Pierre Bordry, et le dernier épisode en date est le refus de l’AFLD de coopérer avec l’UCI sur Paris-Nice.
Une collaboration difficile
L’AFLD a prouvé rapidement son efficacité, notamment sur le Tour de France 2008, lorsque le conflit entre ASO et l’UCI lui permettait d’agir seule, et a contrôlé positivement à l’EPO Cera 6 coureurs, dont 3 après l’arrivée du Tour de France, grâce à l’arrivée d’un nouveau test.
Lors de la saison 2009, la situation entre les deux institutions semble s’améliorer, avec un partenariat sur Paris-Nice et sur le Tour de France notamment, Pat Mc Quaid soulignant « la volonté commune d’un sport propre » pendant que Pierre Bordry « se réjouit de cette collaboration ».
Mais sur le Tour de France 2009, de nouveaux sujets de désaccord vont apparaître, Pierre Bordry reprochant aux contrôleurs de l’UCI un « traitement privilégié concernant l’équipe Astana », ce que l’UCI a bien entendu démenti, reprochant déjà à l’AFLD la recherche de visibilité médiatique. En octobre 2009, l’UCI évoque alors la possibilité de faire appel à un partenaire neutre pour effectuer les contrôles sur le Tour 2010, quand Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Sports souhaite encore un rapprochement entre les deux instances.
L'échec du rapprochement
En ce début 2010, les espoirs de rapprochement sont permis, lorsque l’UCI propose une collaboration sur Paris-Nice en ces termes : « si l’AFLD dispose d’informations justifiant le contrôle d’un coureur particulier, il suffira de le signaler à l’UCI ». L’AFLD propose alors une « convention assurant la confidentialité et le bon usage de ces informations », et donc de réaliser des contrôles supplémentaires sur Paris-Nice, ce qui est refusé par Pat Mc Quaid, estimant que le dispositif proposé par l’UCI serait suffisant. Pat Mc Quaid a d’ailleurs profité de cette occasion pour égratigner sérieusement l’AFLD et son président Pierre Bordry reprochant un manque de professionnalisme, par exemple une fuite d’informations, ou un anonymat des échantillons pas respecté, et une constante recherche de visibilité médiatique.
L’AFLD a donc fait savoir, par son communiqué de presse du 5 mars dernier, qu’elle ne collaborerait pas avec l’UCI sur Paris-Nice, et que les informations sur les contrôles effectués sur Paris-Nice seront transmises « aux autorités judiciaires compétentes, conformément à la loi du 3 juillet 2008 relative à la lutte contre le trafic de produits dopants ». Paris-Nice s’ouvre donc déjà dans un climat antidopage tendu, cet énième conflit entre les deux instances stigmatisant les difficultés qu’elles ont à travailler ensemble depuis plusieurs saisons.
Un climat tendu en 2010
Cette saison 2010 s’annonce donc très tendue à ce niveau, l’AFLD ayant exprimé son souhait de saisir l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) afin « d’amorcer une réflexion de fond sur la différence d’approche dans la lutte antidopage entre les organisations nationales et certaines fédérations internationales », l’UCI étant bien entendu la fédération principalement visée par l’AFLD. Pierre Bordry, que nous avons joint hier est d’ailleurs convaincu que l’AMA appuiera la démarche de l’AFLD. De plus, le Tour de France se fera sans l’AFLD, ASO ayant conclu un accord avec l’UCI qui assure à l’UCI d’être la seule autorité compétente sur le prochain Tour de France. Pierre Bordry nous confiait ceci : « Il n’y a pas de problème de personne avec Pat Mc Quaid, nous agissons dans le respect de la loi et du code mondial antidopage. L’action antidopage de l’UCI est différente de la nôtre. Il n’y aura pas de nouvel essai pour conclure une convention avec l’UCI ».
Les derniers cas de dopage révélés sur le Tour de France l’ont été surtout grâce aux tests de l’AFLD, notamment ceux sur l’EPO Cera, et on peut donc se demander si les prochains tests sur le Tour de France seront aussi efficaces, sans une collaboration entre les deux instances. Le divorce entre l’UCI et l’AFLD semble définitivement consommé, les deux parties multipliant les petites phrases et les reproches, pas toujours de façon très professionnelle, et il est clair que ce manque de collaboration ne sert pas l’image du cyclisme, et ne sert pas non plus la lutte antidopage, rien n’assurant que les contrôles antidopage soient faits de la meilleure manière possible. C’est sans doute sur le Tour de France, qui se déroulera donc sans l’AFLD - à moins d’un énième rebondissement - que nous nous rendrons compte réellement de l’évolution de cette lutte antidopage, et du bien-fondé ou non de laisser l’UCI travailler seule au mois de juillet.
Merci à Emmanuel Israel et à Pierre Bordry pour leur collaboration et leur temps. Propos recueillis par Pierre-Marie Tricaud le 09/03.
crédit photo : flickr
Une collaboration difficile
L’AFLD a prouvé rapidement son efficacité, notamment sur le Tour de France 2008, lorsque le conflit entre ASO et l’UCI lui permettait d’agir seule, et a contrôlé positivement à l’EPO Cera 6 coureurs, dont 3 après l’arrivée du Tour de France, grâce à l’arrivée d’un nouveau test.
Lors de la saison 2009, la situation entre les deux institutions semble s’améliorer, avec un partenariat sur Paris-Nice et sur le Tour de France notamment, Pat Mc Quaid soulignant « la volonté commune d’un sport propre » pendant que Pierre Bordry « se réjouit de cette collaboration ».
Mais sur le Tour de France 2009, de nouveaux sujets de désaccord vont apparaître, Pierre Bordry reprochant aux contrôleurs de l’UCI un « traitement privilégié concernant l’équipe Astana », ce que l’UCI a bien entendu démenti, reprochant déjà à l’AFLD la recherche de visibilité médiatique. En octobre 2009, l’UCI évoque alors la possibilité de faire appel à un partenaire neutre pour effectuer les contrôles sur le Tour 2010, quand Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Sports souhaite encore un rapprochement entre les deux instances.
L'échec du rapprochement
En ce début 2010, les espoirs de rapprochement sont permis, lorsque l’UCI propose une collaboration sur Paris-Nice en ces termes : « si l’AFLD dispose d’informations justifiant le contrôle d’un coureur particulier, il suffira de le signaler à l’UCI ». L’AFLD propose alors une « convention assurant la confidentialité et le bon usage de ces informations », et donc de réaliser des contrôles supplémentaires sur Paris-Nice, ce qui est refusé par Pat Mc Quaid, estimant que le dispositif proposé par l’UCI serait suffisant. Pat Mc Quaid a d’ailleurs profité de cette occasion pour égratigner sérieusement l’AFLD et son président Pierre Bordry reprochant un manque de professionnalisme, par exemple une fuite d’informations, ou un anonymat des échantillons pas respecté, et une constante recherche de visibilité médiatique.
L’AFLD a donc fait savoir, par son communiqué de presse du 5 mars dernier, qu’elle ne collaborerait pas avec l’UCI sur Paris-Nice, et que les informations sur les contrôles effectués sur Paris-Nice seront transmises « aux autorités judiciaires compétentes, conformément à la loi du 3 juillet 2008 relative à la lutte contre le trafic de produits dopants ». Paris-Nice s’ouvre donc déjà dans un climat antidopage tendu, cet énième conflit entre les deux instances stigmatisant les difficultés qu’elles ont à travailler ensemble depuis plusieurs saisons.
Un climat tendu en 2010
Cette saison 2010 s’annonce donc très tendue à ce niveau, l’AFLD ayant exprimé son souhait de saisir l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) afin « d’amorcer une réflexion de fond sur la différence d’approche dans la lutte antidopage entre les organisations nationales et certaines fédérations internationales », l’UCI étant bien entendu la fédération principalement visée par l’AFLD. Pierre Bordry, que nous avons joint hier est d’ailleurs convaincu que l’AMA appuiera la démarche de l’AFLD. De plus, le Tour de France se fera sans l’AFLD, ASO ayant conclu un accord avec l’UCI qui assure à l’UCI d’être la seule autorité compétente sur le prochain Tour de France. Pierre Bordry nous confiait ceci : « Il n’y a pas de problème de personne avec Pat Mc Quaid, nous agissons dans le respect de la loi et du code mondial antidopage. L’action antidopage de l’UCI est différente de la nôtre. Il n’y aura pas de nouvel essai pour conclure une convention avec l’UCI ».
Les derniers cas de dopage révélés sur le Tour de France l’ont été surtout grâce aux tests de l’AFLD, notamment ceux sur l’EPO Cera, et on peut donc se demander si les prochains tests sur le Tour de France seront aussi efficaces, sans une collaboration entre les deux instances. Le divorce entre l’UCI et l’AFLD semble définitivement consommé, les deux parties multipliant les petites phrases et les reproches, pas toujours de façon très professionnelle, et il est clair que ce manque de collaboration ne sert pas l’image du cyclisme, et ne sert pas non plus la lutte antidopage, rien n’assurant que les contrôles antidopage soient faits de la meilleure manière possible. C’est sans doute sur le Tour de France, qui se déroulera donc sans l’AFLD - à moins d’un énième rebondissement - que nous nous rendrons compte réellement de l’évolution de cette lutte antidopage, et du bien-fondé ou non de laisser l’UCI travailler seule au mois de juillet.
Merci à Emmanuel Israel et à Pierre Bordry pour leur collaboration et leur temps. Propos recueillis par Pierre-Marie Tricaud le 09/03.
crédit photo : flickr
Mots-clés associés : UCI - AFLD - dopage

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Très bon article !