Dauphiné
Dauphiné - Thomas Damuseau : 'Viser les étapes' Photos : Giant-Shimano / Sirotti

Dauphiné - Thomas Damuseau : "Viser les étapes"

 

Thomas Damuseau, qui a connu un hiver difficile à cause d'un problème postural qui lui handicapait la vie, reprend petit à petit le bon chemin. En difficulté lors du début de la saison à cause de ses problèmes, Damuseau a su redresser la barre depuis le début de mai, au cours duquel il a réalisé de belles performances en terminant notamment 18ème de classement général final du Tour de Californie. Une bonne performance qui l'encourage pour la suite de sa saison. Cyclism'Actu est allé prendre des nouvelles du meilleur grimpeur du Dauphiné 2013. Dans cet entretien, réalisé avant le Tour de Bavière, qu'il a terminé à la 43ème place finale, Thomas Damuseau revient d'abord, en détails, sur son hiver catastrophique. Ensuite, il nous parle de son début de saison et évoque les prochaines échéances, qui seront le Dauphiné et normalement la Vuelta. Enfin, il nous parle un peu de son équipe, la Giant-Shimano.


Thomas, nous sommes désormais à la mi-saison. Quel bilan tirez-vous de cette première partie de la saison ?

Le bilan est plutôt mitigé... En fait, j'ai eu un hiver compliqué. J'avais un problème postural depuis plusieurs années. Celui-ci s'est aggravé. Depuis quelques années j'avais une rotation du bassin sur le vélo qui me faisait vraiment souffrir, qui m'handicapait. J'avais des douleurs musculaires et une différence de force très importante entre le coté droit et le coté gauche. On a fait de très nombreux examens, avant de s’apercevoir que j'avais une malocclusion dentaire, c’est-à-dire un mauvais équilibre de la mâchoire. On a mis du temps à cerner l’origine. Du coup, j'ai pris du retard. Mais une fois qu'on a découvert cela, j'ai commencé un traitement orthodontique. Je peux maintenant dire que c'est presque miraculeux ! C'est tellement efficace. Je suis suivi par un expert, qui exerce dans le monde du sport avec l'OL, avec des skieurs, des rugbymen et maintenant des cyclistes ! Par contre, il y a une contre partie de ça : la fatigue. Elle s'est installée pendant plusieurs mois. C'est un gros changement pour l’organisme ! Imaginez-vous être bancale depuis 6 ans. Se retrouver presque droit en quelques semaines, ça fait un gros bouleversement pour le corps. Sinon, j'ai été moyen depuis janvier. Je n'ai jamais été mal, mais je n'ai jamais été bien. Je n’ai pas abandonné une seule course, mais je n'ai jamais joué les premiers rôles. Mais ceci était prévisible car le traitement orthodontique réalisé m'a beaucoup fatigué... J'ai commencé à être bien en mai. Maintenant tout ça, c'est derrière moi. Je me sens bien sur le vélo, j’ai coupé après les Ardennaises, et ça m’a fait du bien !

 

"J'ai vécu une galère aux Pays Basque... "

 

Vous avez débuté votre saison sur le Grand Prix La Marseillaise. Par la suite, vous avez notamment participé à deux épreuves par étapes dans le Wolrd Tour : le Tour de Catalogne et le Tour du Pays Basque. Comment se sont-elles déroulées pour vous ?

Comme je l'ai dit précédemment, je n'ai pas énormément de jours de course car je n'ai pas pu m'entraîner comme je le voulais cet hiver... Je n’ai pas couru pendant un mois après La Marseillaise, afin de régler mes problèmes. Ensuite j’ai pris le train en route comme on dit. Ce n'est jamais évident. Les bases du travail, réalisées pendant l'hiver, sont une étape importante de la saison. Moi je les ai faites, mais avec du retard, et tout en courant. J'ai plutôt bien négocié le Tour de Catalogne. C'était ma première course par étapes de l'année. Je me suis cantonné à faire mon travail d'équipier et à continuer ma préparation. Ensuite ma chute au Tour du Limbourg, alors que j’étais dans le groupe qui se disputait la victoire, m'a pénalisé pour le Tour du Pays Basque. En plus, je suis tombé malade juste avant. J'ai vécu une galère aux Pays Basque... J'étais tous les jours dans le gruppetto, sauf un ... le jour du chrono (rires) ! Mais bon il s'agit de la course la plus dure de l’année. En World Tour, j'ai aussi fait la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne.

 

Justement, vous avez enchaîné avec deux Ardennaises : la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. Vous y étiez pour aider vos coéquipiers ?

Oui tout à fait. La stratégie de l'équipe était claire. De plus, il faut être réaliste, avec mes prestations du début de l'année, je ne pouvais tout de même pas jouer ma carte personnelle... L'équipe a énormément grandi depuis 4 ans. Avant l'objectif chez Skil-Shimano, c'était de prendre l’échappée, maintenant on a des leaders capables de jouer les premiers rôles !

 

Quelle expérience tirez-vous de ces deux courses ?

C'était très enrichissant. Ce sont des courses mythiques ! Il faut véritablement apprendre à gérer ce genre de courses. Il faut connaître la manière de courir, le parcours, les moments-clés, comment se ravitailler...etc.

 

"Les sensations et la forme évoluent positivement ces derniers temps"

 

Ensuite, vous êtes allé sur le Tour de Californie. Là-bas, vous avez fait de belles performances en montagne, en prenant la 15ème place au sommet du Mount Diablo et la 24ème place au sommet de Mountain High.

Après les Ardennaises, j'ai coupé et j'ai refait des bases d'endurance et de force. Ça m'a fait le plus grand bien ! J'ai récupéré de tous les efforts fournis en début d’année. En plus de cela, j'ai perdu quelques kilos. Donc les sensations et la forme évoluent positivement ces derniers temps.

 

"J'ai du remonter au moins 200 bidons sur le Tour de Californie, ça fait déjà du travail !"

 

Votre équipe, la Giant-Shimano a réalisé un bon Tour de Californie, puisque Lawson Craddock a terminé sur le podium, Daan Olivier a pris la 15ème place et vous la 18ème.

L’équipe et les sponsors étaient très satisfaits du comportement des coureurs. Cette course était très importante pour eux. Nos deux Américains avaient pour objectif de briller. Moi je visais quelques étapes, notamment celle où je termine 7ème, enfermé au sprint. Mais j'avais surtout un rôle d'équipier. Dès la première étape j'ai fait mon job, afin de contrôler l’échappée. Avec la chaleur, il fallait de nombreux bidons. J'ai dû en remonter au moins 200 bidons sur la semaine, ça fait déjà du travail ! Je ne visais pas du tout le classement général. Je n'avais même pas de vélo de contre-la-montre. C'est un peu dur sur 20 kilomètres (rires). Surtout avec peu de repères !

 

"De nombreux organisateurs européens devraient s’inspirer des courses US !"

 

Ce Tour de Californie, c'était une bonne expérience humaine à vivre ?

C'était vraiment une bonne expérience oui. C'est ma 3ème course aux USA, après la Californie en 2012 et le Colarado l’an dernier. J'affectionne ces courses. L'organisation est irréprochable. Le public est enthousiaste. Les parcours sont splendides. Pour moi le cyclisme aux USA est moderne. De nombreux organisateurs européens devraient s’en inspirer !

 

Vous terminez 18ème du classement général du Tour de Californie. Est-ce que ce résultat vous donne des idées pour viser les classements généraux pour la suite ?

Non, je ne suis pas un coureur de classement général. Je suis un équipier qui prend sa chance, quand c’est possible et sur des étapes accidentées. Peut-être que ça évoluera un jour !

 

Justement, en parlant de la suite, quel sera votre programme de courses pour la deuxième partie de la saison ?

J'ai fait le Bayern Rundfahrt la semaine dernière. Ensuite, je vais sur le Dauphiné. Puis j'enchaînerai avec le Halle-Ingooigem et le Championnat de France.

 

"L'équipe a une stratégie claire pour le Tour les sprinteurs"

 

L'an dernier vous aviez fait votre premier Grand Tour avec le Giro. Cette année, allez-vous découvrir un autre Grand Tour ?

Sûrement la Vuelta. L'équipe a une stratégie claire pour le Tour. La stratégie sera axée autour des sprinteurs.

 

"C'est une période qui me convient"

 

Dans un peu moins d'une semaine, vous allez prendre part au Dauphiné. Cette course est votre objectif numéro un de la saison ?

Oui je l'avoue. C'est une période qui me convient. C'est un parcours dans mes cordes. Je cours à domicile, puisque je suis né à Grenoble. Et comme il y a peu de sprints en vue, je peux saisir des opportunités !

 

L'an dernier, vous aviez remporté le classement de la montagne. Cette année, quel sera votre objectif ?

Cette année je vais viser les étapes. Notamment celle du Col du Béal (pour lire notre reconnaissance de cette montée, c'est ici, Ndlr) ! Je serai le local de l’étape, comme je suis de Roanne. Je connais cette montée. Et je l'ai déjà monté en compétition, lors du Tour de l'Avenir 2010.

 

Sur ce Dauphiné, quel sera votre rôle au sein de l'équipe Giant-Shimano ?

J’espère être libre, afin de jouer ma carte personnelle sur certaines étapes. Évidemment, s'il y a lieu de me mettre au service d'un coureur, je le ferai sans état d’âme. Mais je pense qu'on aura plus pour consigne d'être actif dans les échappées.

 

"Le Dauphiné ? C'est une course prestigieuse qui offre un terrain de jeu incomparable"

 

Le parcours est taillé pour les grimpeurs avec pas moins de 3 arrivées au sommet. Quel est votre avis sur le parcours ?

Comme tous les ans, le Dauphiné est une course de grimpeurs. Les meilleurs coureurs s'y donnent rendez-vous, afin de peaufiner la forme. Personnellment, je trouve que c'est une très bonne organisation. C'est une course prestigieuse qui offre un terrain de jeu incomparable !

 

Selon vous, quelles seront les étapes décisives pour le classement général ?

Les prologues sont toujours très importants sur une course d’une semaine. Les écarts seront toutefois faibles. Après, je ne pense pas qu'il puisse y avoir de grosses différences dans le Col du Béal. Ce n'est pas assez long. En tout cas, il y aura du suspense jusqu'à l’arrivée à Courchevel.

 

Que serait un Dauphiné réussi pour vous ?

Une victoire d’étape ou un deuxième maillot de la montagne !

 

Parlez-nous un peu de l'équipe Giant-Shimano.

C’est une équipe qui grandit depuis plusieurs années. L'équipe s'est spécialisée dans le sprint. Elle a une très bonne philosophie. Elle compte de nombreux talents. les méthodes sont modernes et surtout il y a une très bonne ambiance au sein de l'effectif !

 

"J'ai grandi et évolué un peu de la même manière que mon équipe"

 

Vous avez débuté votre carrière pro dans cette équipe et vous y êtes toujours. Vous avez donc fait le bon choix pour débuter votre carrière ?

Oui je pense. J'ai grandi et j'ai évolué un peu de la même manière que mon équipe.

 

"La Giant-Shimano, c'est l'équipe idéale pour un jeune qui débute"

 

L'équipe a un bon fonctionnement pour la formation des jeunes.

C’est l’équipe idéale pour un jeune qui débute ! C'est un peu comme la FDJ.fr. Ils arrivent à bien gérer les entraînements, les programmes de course, la pression. C'est un tout.

 

Est-ce que c'est vrai que l'équipe a des difficultés financières et qu'elle a du mal à payer les salaires des coureurs et du staff ?

Je peux vous garantir à 100 % que nous sommes tous payés. On a des garanties, même si les problèmes rencontrés par l’équipe cet hiver, à cause du sponsoring, pèsent un peu. Et notamment pour l'avenir de la structure. Mais à ce jour tout va bien. Moi j'ai un contrat qui se termine à la fin de l’année.

 

"L’équipe devrait continuer, sauf coup de théâtre !"

 

Est-ce que vous savez si l'équipe va continuer après 2014 ?

L’équipe devrait continuer, sauf coup de théâtre ! Giant est satisfait. Imaginez qu'elle disparaisse, ça serait un gâchis énorme pour tout le monde...

 

Pour finir, que peut-on vous souhaiter pour la suite de la saison ?

Continuer d'être en bonne santé, pour développer toutes mes capacités et pratiquer le métier que j’aime !

 

Propos recueillis par Alexis ROSE 

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Publié le par Alexis ROSE