Chronique
Chronique - Mangeas : 'Alaphilippe va faire bouger ce Tour' Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Chronique - Mangeas : "Alaphilippe va faire bouger ce Tour"

Avant le Grand Départ du Tour de France ce samedi, l'ancien speaker de la Grande Boucle Daniel Mangeas livre son analyse des forces en présence pour Cyclism'Actu. Le Normand évoque ainsi le classement du dossier Christopher Froome, qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers jours. Il se prononce également sur les principaux favoris au maillot jaune, les possibles révélations de ce mois de juillet et la non-sélection de Nacer Bouhanni par l'équipe Cofidis.

Chris Froome : "Le plus grand défi de ma carrière"

 

Daniel, qui est votre favori pour ce 105e Tour de France ? 

J'ai envie de mettre Romain Bardet. Depuis le début de l'année, je dis qu'il n'a jamais eu une approche aussi bien programmée et vraiment axée vers le Tour. Je pense qu'il est à 150% dans le Tour depuis le début de saison. Donc j'en fais mon favori. Je le sens bien et il a une très belle équipe autour de lui. Il arrive dans son objectif et je pense que cette obsession du Tour va peut-être porter ses fruits. Il faudra bien qu'un jour il y ait un successeur à Bernard Hinault ! Autrement, je mets Froome et Tom Dumoulin. Après le Giro, il y a une semaine de récupération en plus que les années précédentes avec le décalage du Tour, donc je les mets là. Je mets bien sûr aussi les valeurs sûres comme Quintana, Nibali, Uran... Richie Porte, je le vois dans le top 5. L'année dernière, il avait chuté et il avait dû abandonner. Dans le Tour de France, il faut conjuguer régularité et expérience, et Richie Porte a les deux. Mais je pense qu'il risque d'être barré par quelqu'un.

 

Certains spectateurs ont hué Christopher Froome et la formation Sky lors de la présentation des équipes. Craignez-vous un mauvais geste de la part d'un spectateur pendant la course, comme Eddy Merckx en avait été victime en 1975 ?

Tout est envisageable. Je souhaite que non pour le sportif, qui mérite le respect. C'est un sport tellement exigeant et je pense qu'il faut passer à autre chose et entrer de plein pied dans le Tour de France. On se rappelle de ce qu'avait vécu Eddy Merckx et j'espère que c'est un geste qu'on ne reverra pas, j'espère suffisamment de contrôle parmi les spectateurs qui ne l'aiment pas pour ne pas arriver à ces extrêmités. Ce serait dommage. C'est un sport populaire où le coureur et le public se tutoient parce qu'il y a une vraie proximité, donc il ne faut surtout pas détruire cela. Cela aurait été beaucoup mieux si le résultat de l'enquête était arrivé beaucoup plus tôt, il y aurait eu le temps de refroidir un petit peu, de faire retomber le soufflet.

 

On parle beaucoup de l'étape des pavés entre Arras et Roubaix le dimanche 15 juillet. Quelle étape attendez-vous le plus cette année ?

C'est la 17e étape, longue de 65 kilomètres entre Bagnères-de-Luchon et le Col du Portet. On va être en fin de Tour de France et c'est un peu une nouveauté, il peut y avoir des choses inédites. Je pense que tous les coureurs au départ vont avoirt le couteau entre les dents pour réussir cette étape.

 

Ce samedi, la première étape devrait être favorable aux sprinteurs. Qui voyez-vous s'imposer à Fontenay-le-Comte ?

Je pense que Peter Sagan va être là mais je joue Arnaud Démare ! Un maillot jaune français pour démarrer ce Tour de France serait idéal. Il y a du beau monde mais avec ce qu'a fait Arnaud Démare sur les routes du Tour de Suisse, quand il bat Sagan, Gaviria, Kristoff... Il a perdu son maillot tricolore, peut-être qu'il va retrouver un autre maillot distinctif dès la première étape.

 

L'un des grands absents de ce Tour de France est Nacer Bouhanni. Avez-vous été surpris par sa non-sélection ?

Non, pas du tout. Je pense que c'était difficile d'aligner et Laporte et Nacer Bouhanni. Je sais que Nacer sera sur le Tour d'Espagne, cela va être son objectif. On sait que c'est actuellement tendu, je souhaite simplement que les relations entre son équipe et lui redeviennent plus sereines.

 

Quelles seront les révélations de ce Tour de France selon vous ?

Je donnerais David Gaudu, qui est vraiment le type même du grimpeur d'exception. Il n'a pas encore 22 ans, il est très jeune, mais c'est un coureur qui n'est jamais perturbé par le stress. On le sent heureux d'être là, il vit pleinement chaque jour sans se poser de question. Cette liberté d'esprit peut lui permettre de réaliser des choses intéressantes, et pourquoi pas se battre pour le maillot de meilleur jeune. Je donnerais aussi Bernal. Je pense que ce sont deux coureurs capables de signer des exploits. Guillaume Martin pourrait aussi être là au général. Je pense que le maillot blanc peut être envisageable pour lui. Il passe bien la montagne, on l'a vu sur le Dauphiné, où il a fait de nombreux top 10. A lui de cibler ses objectifs mais Guillaume Martin a disputé son premier Tour l'année dernière et il arrive cette année au départ avec plus d'assurance, donc obligatoirement des ambitions. Et je rajouterais Julian Alaphilippe. Il est très remuant et il va faire bouger ce Tour de France. Je l'attends notamment à Mûr-de-Bretagne.

 

Un mot sur Sylvain Chavanel pour finir. Il va disputer son 18e et dernier Tour de France, un record.

Sylvain Chavanel, c'est une carrière exceptionnelle. Il est né en 1979, je me souviens de sa première victoire dans le Tour à Montluçon face à Jérémy Roy, sous le regard de Roger Walkowiak, qui avait gagné le Tour en 1956. Je me souviens de ses débuts, on le considérait comme un coureur capable de briller sur le Tour, cela va être son 18e, il a été maillot jaune, il a gagné trois étapes. Sa carrière est marquée de beaux succès. C'est un homme à l'aise sur tous les terrains, capable d'être champion de France de poursuite sur piste comme d'être sur le podium du Tour des Flandres. On a l'impression que le temps n'a pas eu de prise sur lui. C'est la passion, il a le même tempérament qu'un cadet première année qui se présente sur la ligne de départ. La même fougue, la même envie, il est heureux dans ce qu'il fait, et je crois que c'est aussi ça qui lui a permis cette belle longévité. Et même quand il était au sommet de son art, il a toujours été très proche du public. On le sentait heureux à chaque fois qu'il se présentait sur la ligne de départ, il a toujours eu un rapport privilégié avec les spectateurs. Il est resté d'une grande simplicité et d'une grande disponibilité auprès du public, et je crois que c'est aussi ça qui l'a rendu très populaire.

Vous avez aimé cet article, partagez le ! 

Publié le par Quentin BALLUE