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Chronique - Guimard : 'Fabian Cancellara ? L'UCI n'a rien fait' Photo : @cyclismactu / CyclismActu.net

Chronique - Guimard : "Fabian Cancellara ? L'UCI n'a rien fait"

Consultant de luxe pour Cyclism'Actu, Cyrille Guimard est revenu avec nous sur l'actualité chaude de ces derniers jours : les accusations qui planent sur Fabian Cancellara, accusé par Phil Gaimon d'avoir utilisé un moteur lors du Tour des Flandres 2010 qu'il a remporté. Le sélectionneur de l'équipe de France a également fait un bilan de sa première année passée à la tête des Bleus et se projette déjà sur 2018.

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Cyrille, les accusations autour de Fabian Cancellara qui aurait utilisé un moteur refont surface ces derniers jours. Que pensez-vous de cette affaire ?

Ce que je regrette d'abord, c'est que rien n'ait été fait avant. Il y avait tous les éléments pour ouvrir une enquète, que ce soit sur le Tour des Flandres ou sur Paris-Roubaix. Et pourtant il n'y a rien eu. On peut se poser des questions sur la façon dont l'UCI a traité cette affaire. C'était déjà la même chose avant avec l'EPO par exemple. l'UCI nous disait qu'elle cherchait, mais qui cherchait ? C'est le médecin de l'UCI qui cherchait, or c'est aussi celui qui a mis au point les protocoles d'utilisation de l'EPO. Cela montre qu'on ne voulait pas chercher. Il a fallu un élément déclencheur pour que ça démarre et au final l'utilisation de l'EPO n'a pas été endiguée par les fédérations mais parce qu'il y a eu une enquète de police. Avec Cancellara on est dans le même cas de figure. Si on reprend tout en détail, y compris le vélo qui disparait dans les 20 secondes après l'arrivée et qui n'est jamais retrouvé... Et personne ne cherche ce vélo.

 

Pour vous, l'UCI a donc une grande responsabilité dans cette histoire ?

J'ai eu l'occasion d'en parler avec le président de l'UCI de l'époque Pat McQuaid pour lui demander pourquoi il ne déclenchait aucune enquète. Personnellement je ne dis pas qu'il y a eu triche ou qu'il n'y a pas eu, je dis qu'on ne peut pas savoir parce que personne n'a cherché. Compte tenu de la suspicion qu'il y avait après avoir vu la vitesse avec laquelle Cancellara a monté le Mur de Grammont, il fallait absolument que l'UCI déclenche une enquète. Cela aurait permis d'éteindre toutes les suspicions, mais l'UCI n'a pas fait son devoir. C'est facile de mettre des amendes aux coureurs pour des petites choses, mais dès qu'il s'agit des gros dossiers, il n'y a plus personne. Il y a d'un côté ceux qui ont envie de savoir et de l'autre ceux qui veulent étouffer les affaires. L'EPO, ils n'étaient soit-disant que quelques-uns à en prendre, et finalement on s'est rendus compte qu'ils étaient très nombreux. Aujourd'hui, il aura fallu attendre 7 ans et quelqu'un qui se met à table. Il s'en est passé des choses en 7 ans.

 

L'affaire Cancellara est-elle comparable à l'affaire Lance Armstrong ?

On est dans la même problématique. Alors je ne sais pas sur quoi ça va déboucher mais si tout le monde se met à table ce sera aussi important voire plus important que l'affaire Armstrong. Mais d'abord faisons les enquètes et j'espère qu'elles permettront de dire qu'il ne s'est jamais rien passé. Mais aujourd'hui qui peut dire qu'il ne s'est rien passé ? De tous ceux qui étaient impliqués dans l'affaire Cancellara, pas un seul n'a fait un procès. Si tu n'as rien à te reprocher et qu'on t'accuse de tricher de cette façon, fais un procès ! Cancellara a été cité des milliers de fois, mais s'il faisait un procès, il déclencherait une enquète. S'il veut se disculper de tout, il faut qu'il demande une enquète, mais qu'elle soit faite par des experts pas désignés par lui.

 

L'élection de David Lappartient à la présidence de l'UCI va-t-elle faire bouger les choses ?

Il y a les mots et les actes. Il y a beaucoup de lobbys qui ont de l'influence. Est-ce que le nouveau président de l'UCI va mettre les moyens qu'il faut ? Pour l'instant je n'ai pas d'informations officielles disant que l'UCI a ouvert une enquète. Il y a juste des intentions. La nomination de Jean-Christophe Péraud au sein de l'UCI est quand même un signe très positif, parce que c'est vraiment son domaine de compétence. Mais il faudra que Lappartient aille au bout pour faire la lumière sur cette affaire.

 

Parlons maintenant de l'équipe de France, dont vous êtes le sélectionneur depuis six mois. Quel bilan tirez-vous après votre première année passée à la tête de la sélection ?

Le bilan est plutôt très positif. Nous avons aussi eu une réunion avec les managers des différentes équipes françaises. Les perspectives d'avenir sont intéressantes, et pour l'ensemble du cyclisme français. Je n'ai pas de bilan personnel à faire, parce qu'à partir du moment où j'ai pris la direction de l'équipe de France j'ai voulu que cette direction ne soit pas verticale mais transversale, j'ai voulu que tout le monde soit impliqué dans le fonctionnement de l'équipe de France. Tout le monde adhère à cette philosophie pour l'instant et c'est ce qui fait que ça se passe très bien.

 

Vous nous aviez dit lors de votre nomination que votre objectif était de mettre en place un "esprit commando" au sein de cette équipe de France. Pensez-vous avoir réussi ?

Les mots sont une chose et les actes en sont une autre. Je n'avais absolument aucune appréhension sur l'engagement des coureurs lorsqu'ils portent le maillot de l'équipe de France. La seule chose qu'il faut faire c'est donner le la, c'est comme ça qu'on a une équipe de guerriers. Il ne faut pas se la raconter. On sait très bien que les coursiers ont envie de gagner, de se battre. Il faut faire attention à ne pas leur faire perdre cette envie, cette motivation. Pour tous ceux qui étaient présents aux championnats d'Europe ou aux Mondiaux, l'envie existait, elle était palpable. Elle a aussi été visible en course. L'état d'esprit a été tel que j'avais envie qu'il soit et tel qu'il est nécessaire qu'il soit. En continuant dans ce sens-là ça va finir par payer. Et ça a aussi un effet boule de neige sur les autres Français.

 

Quelles sont les perspectives pour l'année 2018 ?

Lors de la réunion que j'ai eu avec les managers d'équipe nous avons déjà lancé les Europes et les Mondiaux 2018. L'aventure ne s'est pas arrêtée au soir des championnats du monde. Sur les Mondiaux d'Innsbruck, le parcours sera très exigeant et on aura d'autres adversaires, des Mikel Landa, Fabio Aru ou Chris Froome. Mais les gens ont tendance à s'enflammer, et je ne suis pas certain qu'on sera aussi près de la victoire qu'on ne l'a été cette année. Sur un parcours comme celui de Bergen cette année, à un moment donné la cohésion et le mental du groupe peuvent faire la différence, c'est ce qu'il s'est passé pour nous. Si Moscon ne revient pas sur Alaphilippe en ne passant aucun relai je pense que personne ne l'aurait revu. A Innsbruck ça va vraiment se jouer à la pédale, si tu n'as pas le plus fort ça sera difficile de faire quelque chose.

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Publié le par François BONNEFOY


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