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Chronique - Bouhanni, Froome, le Tour : l'analyse Mangeas ! Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Chronique - Bouhanni, Froome, le Tour : l'analyse Mangeas !

Le Tour de France 2018 approche à grands pas avec le Grand Départ prévu le 7 juillet prochain. Daniel Mangeas, ancien speaker de l'épreuve durant une quarantaine d'années, est revenu avec Cyclism'Actu sur différents sujets brûlants de ces dernières semaines : le "duel" Bouhanni-Laporte chez Cofidis, l'affaire Froome, l'éternelle jeunesse d'Alejandro Valverde ou encore la belle forme des Français comme Arnaud Démare ou Romain Bardet.

Nacer Bouhanni : "Il faut gagner en 2018"

 

Daniel, quel bilan pouvez-vous tirer des différentes courses préparatoires au Tour de France, à moins de trois semaines du Grand Départ ?

Le Dauphiné, on ne peut pas dire que ce soit une science exacte, il y a des coureurs qui ne marchaient pas sur le Dauphiné mais qui faisaient un bon Tour de France. L'exemple le plus flagrant c'est Joop Zoetemelk, qui était vers la 30e place sur le Dauphiné mais qui jouait toujours le podium sur le Tour. Cette année, ce que je retiens, c'est que Romain Bardet semble être tout à fait dans son tableau de marche, quand on regarde la manière dont il a préparé sa saison, tout est axé sur le Tour de France. On a l'impression qu'il est dans les starting-blocks, et il a dû sortir rassuré du Dauphiné, s'il avait besoin d'être rassuré. Un coureur comme Dan Martin aussi donne la même impression. Ce sont des coureurs d'expérience, qui se connaissent bien, qui savent comment gérer une saison. Dans l'ensemble, la majorité des favoris pour le Tour qui étaient sur le Dauphiné ou en Suisse ont dû sortir rassurés et confiants. Primoz Roglic sur le Tour de Slovénie a aussi été bon, il sera un client en juillet. Enfin, même si Warren Barguil ne réalise pas une saison extraordinaire et qu'il n'était pas encore au top sur le Dauphiné, je pense qu'il sera bien sur le Tour et qu'il va monter en pression au fil des jours. Cette année, le Tour traverse la Bretagne, et Barguil, il est Français, mais il est avant tout Breton. Je ne me fais pas de soucis pour lui.

 

Vous étiez présent sur la Route d'Occitanie. Qu'avez-vous pensé de la performance d'Alejandro Valverde, vainqueur final de l'épreuve, mais qui a surtout attaqué lors de la dernière étape très loin de l'arrivée ? Êtes-vous encore surpris par ce coureur ?

C'est un immense champion. Quand on regarde son palmarès, il a été 6 fois dans le top 10 du Tour. Sur la Route d'Occitanie, il attaque avec Luis Leon Sanchez alors qu'il a le maillot de leader sur le dos... Il se bat comme s'il était encore cadet. C'est ça qui m'impressionne, car il a tout connu, la gloire, les succès, même s'il n'a pas gagné le Tour il a déjà fait 3e. Quand il vient à la signature le matin, on a le sentiment de voir un coureur qui n'est pas blasé et qui est heureux de faire le job. Sa forme m'a épaté, mais aussi sa sérénité. Après, est-ce qu'il sera plus qu'un lieutenant pour Landa et Quintana sur le Tour ? Movistar a un aigle à deux têtes, mais vu sa forme et son parcours en 2018, il est époustouflant. Je disais qu'il avait fait 6 top 10 sur le Tour, et je crois qu'il en fera un 7e cette année. Il peut même rentrer dans le top 5. Il a l'expérience, il saura gérer, et sur les étapes piégeuses de la première semaine qui ressemblent à des Classiques, il sera à son avantage. Il pourrait très bien gagner à Mur-de-Bretagne par exemple, même s'il aura fort à faire contre Alaphilippe et Vuillermoz notamment.

 

Sur cette Route d'Occitanie, on a également assisté à un duel 100 % Cofidis entre Christophe Laporte et Nacer Bouhanni. Malgré les tensions, ce dernier doit-il être sur le Tour de France ?

C'est difficile de se prononcer car on ne sait pas ce qu'il se passe à l'intérieur de l'équipe. Bouhanni et Laporte marchent très bien. L'an passé, Bouhanni avait été déstabilisé par sa chute sur le Tour de Yorkshire, mais là il a retrouvé sa vitesse de croisière en allant chercher des belles victoires. Christophe Laporte fait une saison d'enfer. C'est maintenant à l'encadrement de gérer tout ça et de voir si les deux peuvent cohabiter.

 

Justement, cette cohabitation est-elle possible ?

Une cohabitation est toujours possible. Je pense que deux coureurs qui, l'un comme l'autre, ont vraiment envie d'être sur le Tour de France vont tout faire pour que tout s'arrange bien.

 

Arndaud Démare, dont on attend beaucoup sur le Tour, s'est aussi illustré récemment en remportant une belle étape sur le Tour de Suisse...

Sa victoire m'a fait très plaisir, il a battu Sagan, Gaviria, Kristoff... Psychologiquement c'est important, juste avant le départ du Tour, de gagner de cette manière. Il a fait une saison différente de l'an passé, donc je pense qu'il est plus fort cette année. Tous les voyants sont au vert pour lui, et pour le cyclisme français en général. Si on avait un Tour de France par équipe nationale, on serait pas trop mal. Quand on voit Bardet, Alaphilippe, Barguil, Vuillermoz... J'attends aussi avec une certaine impatience David Gaudu, qui a un immense talent à seulement 21 ans. Il est habité d'une totale décontraction, j'ai l'impression qu'il ne va pas perdre de jus à cause du stress. Il peut être une vraie révélation. Et Guillaume Martin aussi peut faire de belles choses. L'an passé il avait fait un bon Dauphiné, cette année un très bon, et il attend avec impatience le départ du Tour. Il sera le leader de son équipe, et tous ses résultats obtenus annoncent une belle performance de sa part.

 

Pour Bernard Hinault, les coureurs "devraient faire grève" pour que Chris Froome ne prenne pas le départ du Tour de France. Êtes-vous d'accord avec lui ?

Alors ça, il faut le demander aux coureurs. Plus sérieusement, c'est très difficile de porter un jugement sur l'affaire Froome, ça fait neuf mois que ça dure. Je ne sais pas trop quoi en penser, j'attends comme tout le monde que les instances se prononcent. S'il n'y a aucune raison pour qu'il ne soit pas au départ, alors il sera au départ. Mais un jour ou l'autre il va falloir trancher.

 

Pour conclure, si vous deviez citer deux ou trois favoris pour le podium à Paris, de quels coureurs s'agirait-il ?

Je le dis depuis le début de l'année, ça va être l'année d'un Français, et je crois en Romain Bardet. On va bien avoir un jour un successeur à Bernard Hinault, et Bardet a toutes les qualités pour être celui-là. Il a fait 2e, 3e, 6e et 9e du Tour, 4 top 10 à 27 ans c'est énorme. Mentalement, il est prêt, il fait le métier à 150%, donc j'en fais mon favori. Ensuite, il ne faut évidemment pas oublier Froome. Quand on en a gagné quatre... Et puis Tom Dumoulin sera aussi à surveiller, il semble avoir bien récupéré du Tour d'Italie. Après il y a les clients habituels, les Quintana, Valverde... Sinon chez les plus jeunes je pense que Bernal sera dans le coup, et Gaudu pourrait viser le maillot de meilleur jeune, même s'il est très jeune. Il pourrait aussi aller chercher une victoire en montagne, mais il ne faut pas lui mettre la pression. On va lui demander de savourer, il a la chance de faire son premier Tour de France, et en plus le Tour passe chez lui. C'est pour lui Noël au mois de juillet. On va lui laisser vivre cela, mais il peut avoir des beaux objectifs, et il faut en avoir.

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Publié le par François BONNEFOY

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