Bilan 2018
Bilan 2018 - Barhain-Merida : une saison sans grand relief Photo : Sirotti

Bilan 2018 - Barhain-Merida : une saison sans grand relief

"Pas trop mal, mais peut faire beaucoup mieux" ! C'est la mention qu'obtient l'équipe Bahrain-Merida au terme de sa deuxième année passée au sein de l'élite professionnelle. Cette note théorique s'explique avant tout en raison des résultats en dents de scie malgré un effectif cinq étoiles. Néanmoins, la majorité de la lumière n'est pas venue comme l'an dernier d'un seul et même coureur, quand en 2017 Vincenzo Nibali grimpait sur la boîte du Giro et de La Vuelta avant de garnir le panier d'une fort belle victoire sur Il Lombardia. Non, quand elle a brillé durant cet exercice 2018, la formation originaire du Moyen-Orient l'a fait collectivement, avec sa pléthore de leaders qui ont chacun leur tour attiré le feu des projecteurs. Signe que chacun a eu sa chance, Mohoric et consorts totalisent 28 victoires...pour 13 vainqueurs différents. Soit un de moins que Quick Step Floors et sa meute. Pas mauvais, ces résultats sont quelque peu ternis par le manque de prestige de ceux-ci. Hormis le triomphe de Nibali sur la Via Roma en mars, seules trois autres victoires sont à classer dans la catégorie WorldTour. Le reste n'est bien entendu pas à jeter, mais ne possède pas le même pédigree. Focus sur les bons, et moins bons, moments d'une équipe encore à la recherche de certitudes.

Nibali après Milan-San Remo : "Cette victoire est unique"

 

Le jour de gloire

Après deux podiums en Grands Tours et un superbe solo victorieux sur les routes lombardes, c'est avec le statut d'empereur que Nibali a terminé 2017. C'est aussi avec la même toge de lumière que le Sicilien est revenu sur le devant de la scène à l'occasion du deuxième Monument transalpin, le premier de la saison 2018, en s'imposant avec le même brio sur Milan-San Remo. Ce coup de maître sur le Primavera, le Requin de Messine l'avait déjà tenté sans réussite. Mais en ce 17 mars, la confiance cumulée ainsi que l'audace - face à un peloton hésitant - paye pour l'ancien coureur d'Astana qui saute dans la roue de Krists Neilands lorsque celui-ci accélère à 1,7 km du sommet du Poggio. La suite est tout aussi limpide : Nibali contre le champion de Lettonie d'alors et entame son bras de fer avec les autres prétendants. Tous regardent Sagan qui refuse de travailler pour les autres et de se faire berner au sprint après avoir lâché beaucoup de force dans la bataille. Cette mésentente sacre l'Italien en Ligurie malgré un fort rapproché des sprinteurs dans les derniers hectomètres. En plus de remplir son palmarès déjà immense, ce succès sur la Classissima justifie pleinement le titre, plus honorifique qu'officiel, de coureur le plus complet de sa génération qu'attribuent régulièrement les spécialistes en parlant du natif de Messine.

 

La confirmation

24 ans à peine et un statut de jeune pousse prometteuse déjà pleinement assumé. Matej Mohoric a confirmé cette saison un talent déjà démontré ces dernières années notamment lors des championnats du monde (champion du monde junior en 2012 et champion du monde U23 en 2013) en réalisant sa saison la plus accomplie jusqu’ici. Dans la besace du Slovène retrouve-t-on une étape du Tour d’Italie (la 10e), la 1ère étape du Tour d’Autriche, la 3e étape du Tour de Slovénie, le Grand Prix de Larciano, les classements généraux des Tour d’Allemagne (+ 1 étape) et du BinckBank Tour ainsi que son championnat national. Excusez du peu ! Au total, ces huit succès font de Mohoric l’homme le plus prolifique de l’équipe. Ces prouesses ne sont pas anodines. Elles en appellent d’autres. Plus importantes encore, qui sait ? Mais clairement, l’homme originaire de Kranj a franchi un palier que tous n’arrivent pas à passer. L’avenir nous dira s’il est en mesure de poursuivre sa progression. Si tel est le cas, attention à la naissance d’un grand champion !

 

Les déconvenues

1) Jusqu’au bout, le Giro 2018 nous aura tenu en haleine. Alors que l’on pensait Simon Yates intouchable, il s’est effondré. Alors que l’on pensait Chris Froome battu dans la course à la victoire finale, il s’est imposé. Alors que l’on pensait Domenico Pozzovivo capable de monter pour la première fois sur le podium de SA course, il s’est aussi délité. D’ailleurs, le petit grimpeur n’avait jamais semblé aussi près d’y parvenir. De façon inexorable, la 19e étape lui a été fatale alors que la concurrence (Carapaz, Pinot et Lopez) parvenait à suivre Dumoulin au moment d'engager la poursuite sur le Kenyan Blanc. Dans son commentaire d'après-course, Pozzo se contentait "de ne pas avoir subi de grosse défaillance". Et pourtant cette débâcle lui sera fatale à deux jours de l'arrivée. Entre apercevoir une chance de podium et finalement monter dessus, il y a une marge énorme. Demandez à Thibaut Pinot. Au final, l'ancien d'AG2R La Mondiale s'est classé 5e au bout de trois semaines éprouvantes. Soit, tout de même, son meilleur résultat en Grand Tour. Performance qu'il n'avait réalisé qu'une seule fois en 2014 sur ce même Tour d’Italie.

 

2) Vincenzo Nibali ne visait rien d'autre cette année qu'un deuxième sacre sur le Tour de France (en plus de l'arc-en-ciel délivré à Innsbruck). Mais une chute dans l'ascension de l'Alpe d'Huez en décida autrement alors que le Sicilien semblait monter en puissance au fur et à mesure que les étapes s'égrénaient. Pire encore ! Blessé au dos et dans l'obligation de se faire opérer, le leader naturel de l'écurie voyait la suite de sa saison plus que compromise. Un temps seulement. Récupérant plus vite que prévu, Nibali tenta en vain de préparer l'échéance mondiale sur les routes espagnoles de La Vuelta. Mais à court de compétition et de forme celui-ci ne retrouva qu'un niveau digne de ce nom sur le Tour de Lombardie où il fût le dernier à résister à Thibaut Pinot.

 

La démonstration

Le bucolique Tour d'Autriche s'est révélé le terrain de chasse de prédilection de la structure articulée en partie autour de l'ancienne équipe Lampré (Merida était l'un des sponsors). Sur les huit étapes au programme, cinq sont tombées dans l'escarcelle des hommes de Brent Copeland. Une véritable razzia effectuée en grosse partie par Giovanni Visconti. L'ancien champion d'Italie décrochant pas moins de trois fois la timbale. Seule ombre au tableau, la victoire au classement leur échappe pour 18 petites secondes. Soit l'écart entre Ben Hermans, lauréat, et l'Autrichien Hermann Pernsteiner... lui aussi membre de la formation bahreïnie. Petit cadeau de consolation : le collectif aligné a remporté le classement par équipe avec... presque 11 minutes d'avance. Ce chiffre résume à lui seul la démonstration réalisée.

 

La valeur sûre 

Sonny Colbrelli a été le premier, mais aussi le dernier, à lever les bras cette saison. À la fin de celle-ci, l'Italien affichait 4 succès au compteur. Soit un de plus que l'an passé. S'il n'est pas un Alejandro Valverde, qui claque chaque saison ou presque plus de 10 briques, l'ancien de Bardiani CSF fait montre d'une régularité certaine. Quantité assurée donc, mais aussi qualité, puisqu’en plus des lauriers il engrange également de nombreuses places d'honneur. Rien que cette année, l'homme de 28 ans s'est classé 2e de la Flèche brabançonne, 2e du GP de Montréal, 2e de la Coppa Sabbatini, 3e de Kuurne-Bruxelles-Kuurne ou encore 8e du Het Nieuwsblad et 9e de Milan-San Remo. Bref, un homme de Classique à qui il manque encore un Monument pour changer de dimension.

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Publié le par Matthieu HENROTEAUX